Selon une étude de l'Université McGill, les plantes récoltées il y a des siècles et conservées, aplaties, dans des herbiers partout dans le monde pourraient constituer de précieuses alliées pour la surveillance des changements génétiques et des risques d'extinction d'espèces végétales.
"En effet, en analysant plus de 51 millions de fiches d'herbiers numérisées, l'équipe de recherche a constaté que ces collections pouvaient servir à la reconstitution de plus de 16 000 populations végétales regroupant 41 000 espèces et remontant à plus de 250 ans. Ce constat donne à penser que les herbiers constituent de précieuses ressources permettant aux scientifiques de surveiller la diversité génétique sur une grande partie de la planète et de recueillir de l'information qui fait défaut depuis longtemps: des données de référence utiles à des fins de conservation.
Herbier ou jardin sec rangé par classe suivant l'ordre du Jardin de l'École Royale vétérinaire, conservé au Musée des Hospices civils de Lyon. Image Wikimedia
"Les innombrables spécimens végétaux de l'humanité constituent une véritable mine d'informations sur les changements génétiques populationnels intervenus au fil du temps, explique Isaac Eckert, doctorant au Département de biologie et auteur principal de l'étude. L'extraction et le séquençage des données génétiques que recèlent ces collections nous permettraient de trouver beaucoup plus facilement et de mieux comprendre les causes des changements génétiques."
Comme le souligne l'équipe de recherche, on s'entend de plus en plus sur l'importance de la surveillance des changements génétiques à des fins de conservation, car l'appauvrissement de la diversité génétique peut réduire la capacité d'une espèce à s'adapter et, ainsi, accroître le risque d'extinction. Pourtant, les données génétiques populationnelles nécessaires au suivi de ces changements demeurent une denrée rare pour la plupart des espèces végétales, et c'est encore plus vrai des données portant sur de longues périodes.
Afin de déterminer l'utilité des herbiers à cet égard, l'équipe de recherche a mis au point une méthode permettant de regrouper les spécimens en populations végétales historiques à partir d'informations telles que le lieu, la date de collecte et les caractères du cycle biologique de l'espèce. Les résultats obtenus montrent qu'il est possible de reconstituer des centaines de milliers de ces populations grâce aux collections numérisées existantes. Leur séquençage permettrait aux chercheurs d'estimer divers indicateurs génétiques pour des dizaines de milliers d'espèces s'étendant sur 86 % des régions botaniques de la planète.
Étonnamment, notre article montre que cela est tout à fait possible, affirme le doctorant, ajoutant que ces spécimens "peuvent servir à quantifier les paramètres génétiques de dizaines de milliers d'espèces".
L'étude fait également ressortir les avantages éventuels de la numérisation d'autres spécimens. Les auteurs estiment que la numérisation de tous les herbiers du monde permettrait aux chercheurs et chercheuses de quantifier la diversité génétique de plus de la moitié des espèces végétales connues.
Les résultats de cette étude montrent à quel point les herbiers sont précieux, fait remarquer l'équipe de recherche. Au Canada seulement, près de 10 millions de spécimens végétaux sont conservés dans plus de 80 établissements: ce sont là des ressources éducatives, culturelles et scientifiques. Or, bon nombre de ces établissements doivent aujourd'hui composer avec des restrictions budgétaires et des pénuries de personnel, et voient s'agiter devant eux le spectre d'une fermeture.
"Les herbiers font souvent office de passerelles absolument essentielles entre la science, les décideurs et le grand public, affirme Isaac Eckert. Un peu à la manière d'une capsule témoin, ils nous convient à un voyage dans le temps, nous permettent de retourner des dizaines, voire des centaines, d'années en arrière pour mieux comprendre comment les choses ont évolué et comment protéger les espèces, les collectivités et les écosystèmes de demain".