Le combat du cerveau pour sortir du canapé
Publié par Isabelle le 25/09/2018 à 12:00
Source: Université de Genève (UNIGE)

Des chercheurs de l'UNIGE ont observé que le cerveau tend naturellement à la minimisation de l'effort et qu'il doit utiliser beaucoup de ressources pour contrer ce penchant à la sédentarité.

Aujourd'hui, environ 30% des adultes et 80% des adolescents n'atteignent pas le niveau minimum d'activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison, jardinage, commissions, travail, marche usage des...) quotidien recommandé par l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) (OMS) pour demeurer en bonne santé. Le décalage entre l'intention de faire du sport et le passage à l'acte chez les personnes tendant à la sédentarité a déjà été démontré par des études précédentes. Mais que se passe-t-il dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et...) pour que l'intention ne soit pas suivie de l'action ? Des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont étudié l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) neuronale de personnes devant choisir entre l'activité physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la physique...) et la sédentarité. Ils ont observé que le cerveau sollicite des ressources beaucoup plus importantes pour s'échapper d'une attirance générale vers la minimisation de l'effort. Un combat s'engage alors entre l'envie de ne rien faire et l'activité physique. Ces résultats, à lire dans la revue Neuropsychologia, sont en accord avec l'idée selon laquelle nos ancêtres devaient éviter les efforts physiques inutiles afin d'augmenter leurs chances de survie, ce qui n'a plus lieu d'être dans nos sociétés modernes.

Nombreux sont ceux qui achètent un abonnement de fitness et ne s'y rendent jamais. Ce comportement, appelé par les chercheurs le paradoxe (Un paradoxe est une proposition qui contient ou semble contenir une contradiction logique, ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à une...) de l'activité physique, a été démontré par des études précédentes qui opposent le système contrôlé fondé sur la raison – je dois faire du sport pour être en bonne santé – au système automatique (L'automatique fait partie des sciences de l'ingénieur. Cette discipline traite de la modélisation, de l'analyse, de la commande et, de la régulation des systèmes dynamiques. Elle a pour fondements théoriques les...) fondé sur l'affect – les sensations d'inconfort et de fatigue ressenti pendant l'activité physique. Lorsque la raison et l'affect sont en conflit, l'implémentation (Le mot implantation peut avoir plusieurs significations :) du comportement d'activité physique ne se fait pas et la personne tend à la sédentarité. Mais que se passe-t-il au niveau neuronal qui fait que l'affect l'emporte sur l'intention ?

Pour répondre à cette question, les équipes de Boris Cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au cours des...), chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines...) à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) de l'UNIGE, aux HUG et dans le PRN LIVES, et de Matthieu Boisgontier, chercheur à l'université KU Leuven (Belgique) et à l'Université de British Columbia (UBC, Canada), ont étudié l'activité neuronale de 28 personnes, toutes voulant être actives dans leur quotidien, sans l'être forcément. Les participants devaient ensuite choisir entre l'activité physique et la sédentarité, pendant que les chercheurs sondaient leur activité cérébrale à l'aide d'un électro-encéphalographe muni de 64 électrodes.

Moins de temps, mais plus de ressources

"Nous avons soumis les participants au jeu du mannequin, qui consiste dans un premier temps à diriger un mannequin vers des images représentants une activité physique et de l'éloigner d'images représentants la sédentarité, puis dans un deuxième temps d'effectuer l'action contraire", explique Boris Cheval. Les chercheurs ont ensuite comparé la différence de temps pour approcher la sédentarité et pour l'éviter. "Nous avons constaté que les participants mettaient 32 millisecondes de moins à s'éloigner de la sédentarité, ce qui est important dans une telle tâche", s'étonne Boris Cheval, ce résultat allant à l'encontre de la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une...) et du paradoxe de l'activité physique. Mais alors, comment l'expliquer ?

Il s'agit ici de la force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les articles « force...) de la raison. Les participants fuient la sédentarité plus vite qu'ils ne l'approchent, parce que cette action est non seulement en accord avec la consigne donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un événement, etc.) par les chercheurs, mais surtout avec leur intention d'être actif physiquement. Ils font alors appel aux ressources nécessaires pour fuir leur penchant naturel qui les poussent à la minimisation de l'effort et réagissent rapidement pour contrer cet "instinct".

"Par contre, nous avons observé que l'activité électrique associée à deux zones cérébrales en particulier, le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) fronto-medial et le cortex fronto-central, était beaucoup plus élevée que lorsque le participant devait choisir la sédentarité", constate Boris Cheval. Ces deux zones représentent respectivement le combat qui s'instaure entre la raison et les affects, et la capacité d'inhibition des tendances naturelles. "Le cerveau doit donc solliciter beaucoup plus de ressources pour s'éloigner des comportements sédentaires, plutôt que de suivre son penchant pour la minimisation de l'effort", continue le chercheur.

Lutter contre un héritage de l'évolution

D'où vient ce penchant pour la sédentarité? "La minimisation de l'effort était capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel, économique ou sportif, dans ce cas on parle aussi de...) pour l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept...) humaine au cours de l'évolution. Cette tendance à l'économie et à la conservation des ressources augmentait les chances de survie et de reproduction", explique Boris Cheval. "Mais aujourd'hui, nos sociétés modernes rendent cette optimisation énergétique caduque. Il faudrait au contraire encourager l'activité physique au lieu d'offrir des tentations à en faire moins, comme les escalators ou les ascenseurs. Il s'agirait par exemple de modifier l'espace public pour réduire les opportunités des individus de s'engager spontanément dans des comportements associés à une minimisation de l'effort."

Référence publication:
Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) est publiée dans Neuropsychologia - DOI: 10.1016/j.neuropsycholgia.2018.07.029

Contact chercheur:
- Boris Cheval - Post-doctorant, Faculté de médecine, UNIGE
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