Comprendre la résistance aux traitements du cancer du sein

Publié par Isabelle le 23/06/2016 à 12:00
Source: UNIGE - Université de Genève
Les oestrogènes sont responsables de la survie et de la prolifération des cellules tumorales chez 70% des personnes souffrant d'un cancer du sein. Le Tamoxifène, un anti-oestrogènes, constitue le traitement phare contre ce type de cancer. Près d'un tiers des patientes développent toutefois une résistance à ce type de thérapie (Une thérapie est un ensemble de mesures appliquées par un thérapeute à une personne souffrant d'un problème de santé, dans le but de l'aider à guérir, de minimiser ou de soulager ses...) après quelques années. Dans une étude publiée dans la revue Nucleic Acids Research, des biologistes de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'Académie de Genève,...) (UNIGE) dévoilent comment les cellules tumorales deviennent réfractaires au traitement. En effet, ils sont parvenus à identifier huit facteurs impliqués dans le processus de résistance au médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou...). Les chercheurs proposent par ailleurs des pistes précises à suivre pour la mise au point (Graphie) de nouvelles thérapies.

Des protéines, appelées récepteurs, se lient aux oestrogènes et régulent l'expression des gènes nécessaires à la survie et à la prolifération de certaines cellules mammaires. Lorsque des cellules tumorales mammaires sont pourvues de récepteurs aux oestrogènes de type ? (ER?), soit dans 70% des cas, ces récepteurs constituent un moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à partir d'une énergie...) de croissance cancéreuse. Les traitements à base d'anti-oestrogènes, tels que le Tamoxifène, ont justement pour fonction d'inhiber l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de ER? afin de réduire la prolifération des cellules cancéreuses. Ces thérapies hormonales se concluent toutefois par un échec chez plus d'un tiers des patientes, les cellules devenant progressivement réfractaires au traitement.

Pas moins de huit facteurs en jeu

Didier Picard, professeur au Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des...) cellulaire de la Faculté des sciences de l'UNIGE, étudie le fonctionnement d'ER? et son implication dans la résistance au Tamoxifène. "Par le passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le présent....), nous avions montré qu'ER? pouvait être activé de manière indirecte, en l'absence d'oestrogène, par une cascade de signalisation biochimique précise, dans laquelle intervient une protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons peptidiques. En général, on parle de protéine...) appelée CARM1". Toutefois, la liaison de cette protéine à ER? était, à elle seule, insuffisante pour activer le récepteur. Les biologistes ont alors cherché les autres facteurs cellulaires impliqués et ont découvert sept molécules supplémentaires.

"Plusieurs enzymes, dont un appelé LSD1, entrent en jeu pour permettre l'accès du récepteur aux gènes nécessaires à la croissance de la cellule. Divers complexes protéiques et cofacteurs sont également à l'oeuvre pour activer ER? ou réguler ces gènes", explique Marcela Bennesch, première auteure de l'étude. Jusqu'alors, aucun de ces éléments n'avait été rapporté comme exerçant une telle fonction. Il en va de même pour la protéine chaperon Hsp90, qui, en plus de ses rôles habituels d'assistance à d'autres protéines, participe à l'assemblage des facteurs impliqués dans le mécanisme de résistance au Tamoxifène. "La découverte d'un éventail de facteurs aux fonctions inattendues nous a incité à les tester comme cibles thérapeutiques potentielles", précise la chercheuse.

Implications pour le traitement antitumoral

Les biologistes ont testé in vitro (In vitro (en latin : « dans le verre ») signifie un test en tube, ou, plus généralement, en dehors de l'organisme...) différents composés sur des cellules cancéreuses mammaires devenues réfractaires au Tamoxifène. "Les inhibiteurs de LSD1, de Hsp90 ou de HDAC, un des autres facteurs découverts au cours de cette étude, freinent la prolifération des cellules cancéreuses. De plus, ils rendent les cellules malignes à nouveau sensibles au Tamoxifène", détaille Didier Picard.

La forme médicamenteuse de ces composés est actuellement employée dans différents essais cliniques chez l'humain. "L'inhibiteur de LSD1, utilisé contre certaines formes de leucémies et de cancers du poumon (Le poumon est un organe invaginé permettant d'échanger des gaz vitaux, notamment l'oxygène et le dioxyde de carbone. L'oxygène est nécessaire au métabolisme de l'organisme, et...), et celui d'Hsp90 pourraient être sérieusement envisagés contre le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de...) du sein", note Marcela Bennesch. Quant au traitement bloquant HDAC, il fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné...) de tests cliniques en cours portant sur ce genre de tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de volume d'un tissu, clairement délimitée sans précision de cause.). Les derniers résultats des chercheurs de l'UNIGE viennent de fournir l'explication du mode d'action de cet inhibiteur. "Avec ces travaux de recherche fondamentale (La recherche fondamentale regroupe les travaux de recherche scientifique n'ayant pas de finalité économique déterminée au moment des travaux. On oppose en général la recherche fondamentale à la recherche...) en biologie moléculaire (La biologie moléculaire (parfois abrégée bio mol ou BM) est une discipline scientifique au croisement de la génétique, de la biochimie et de la physique,...), nous avons inopinément ouvert la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques", conclut Didier Picard.
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