Saviez-vous que certains cancers peuvent ĂȘtre transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration ? GrĂące aux avancĂ©es en gĂ©nĂ©tique, il est dĂ©sormais possible de dĂ©tecter des variations dans l'ADN qui augmentent le risque de dĂ©velopper certains cancers, permettant ainsi un dĂ©pistage et une prĂ©vention mieux ciblĂ©s pour les familles Ă risque.
Dans une étude récente, les chercheurs William Foulkes, Simon Gravel et leurs collÚgues ont mis en lumiÚre une variation génétique du gÚne PMS2, associée au syndrome de Lynch - une forme héréditaire de cancer causée par un défaut dans la réparation de l'ADN. Cette variation augmente significativement le risque de cancer colorectal.

Initialement dĂ©couverte en 2008 chez plusieurs membres d'une mĂȘme famille atteints du syndrome de Lynch, cette variation a depuis Ă©tĂ© identifiĂ©e chez de nombreuses personnes issues de familles originaires de diffĂ©rentes rĂ©gions du QuĂ©bec.
En combinant les donnĂ©es gĂ©nĂ©tiques de la cohorte CARTaGENE avec les donnĂ©es gĂ©nĂ©alogiques du fichier BALSAC, les chercheurs ont pu retracer cette variation jusqu'Ă un ancĂȘtre unique arrivĂ© au QuĂ©bec il y a environ 11 gĂ©nĂ©rations. Il s'agit, Ă ce jour, de la variation gĂ©nĂ©tique associĂ©e au cancer hĂ©rĂ©ditaire la plus frĂ©quente identifiĂ©e dans la population canadienne-française.
"Cette étude illustre comment les données cliniques peuvent enrichir notre compréhension de l'histoire génétique du Québec, et comment les données historiques peuvent éclairer les risques génétiques actuels", explique le Dr Simon Gravel, professeur à l'Université McGill et expert en génétique des populations. "C'est grùce à des ressources uniques comme CARTaGENE et le projet BALSAC que nous pouvons retracer l'origine et la distribution de variantes responsables de maladies rares."
Le Dr William Foulkes, clinicien-chercheur Ă l'Institut de recherche du Centre universitaire de santĂ© McGill (IR-CUSM), ajoute: "Le fait qu'une variante pathogĂšne - une "mutation" - soit aussi frĂ©quente dans la population canadienne-française suggĂšre qu'un dĂ©pistage gĂ©nĂ©tique Ă grande Ă©chelle pourrait ĂȘtre rĂ©alisĂ© Ă faible coĂ»t. En combinant cette dĂ©couverte Ă d'autres variantes fondatrices identifiĂ©es dans des populations spĂ©cifiques du QuĂ©bec, il serait possible de dĂ©tecter un risque Ă©levĂ© pour environ 50 % des formes hĂ©rĂ©ditaires de cancers courants Ă l'aide d'un simple test ciblant une douzaine de variantes."
Selon les données de CARTaGENE, environ 1 personne sur 800 d'origine canadienne-française est porteuse de cette variation, avec une fréquence plus élevée dans certaines régions comme Charlevoix, la CÎte-de-Beaupré, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Beauce et la CÎte-du-Sud.
Le dépistage précoce du cancer colorectal est essentiel, car il est souvent associé à un bon pronostic lorsqu'il est détecté à temps. Cette découverte ouvre donc la voie à des stratégies de prévention plus efficaces et personnalisées pour les familles québécoises à risque.
