Covid-19: les variants sont-ils vraiment arrivés sans prévenir ?

Publié par Adrien le 07/03/2021 à 09:00
Source: ASP
Les variants du SRAS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19, se propagent à travers le monde et sèment l'inquiétude. Pourtant, ces mutations sont un phénomène normal et prévisible. Explication.

Image: Viktor Bondariev / Dreamstime.com

L'origine de la question

Le 3 février 2021, la directrice du programme de dépistage (Le dépistage, en médecine, consiste en la recherche d'une ou de plusieurs maladies ou...) et de traçage du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) au ministère britannique de la Santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) a été prise à partie par les scientifiques pour avoir affirmé que "personne n'aurait pu prévoir" que le virus de la COVID pourrait engendrer des variants plus contagieux.

Sans aller aussi loin que la fonctionnaire britannique, plusieurs personnes ont laissé entendre ces dernières semaines qu'on n'aurait pas pu prédire l'émergence des variants actuels.

Pourquoi y a-t-il des mutations ?

Tous les virus mutent et évoluent avec le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...). Le SRAS-CoV-2 ne fait pas exception, avec environ une mutation tous les dix jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...). Ces mutations sont des erreurs de copie qui se produisent de façon aléatoire lorsque le virus infecte les cellules d'un hôte et se réplique.

Il faut savoir que les virus ne peuvent se reproduire par eux-mêmes (au contraire des bactéries). Ils transportent leur "manuel d'instruction (Une instruction est une forme d'information communiquée qui est à la fois une commande et une...)" qu'ils imposent aux cellules de l'être vivant qu'ils infectent. Ce sont donc ces cellules de "l'hôte" qui vont fabriquer de nouvelles copies des virus.

Et c'est en faisant ces copies que les cellules font parfois des erreurs, en général sous la forme d'une seule fausse "lettre" parmi les dizaines de milliers qui constituent le code génétique (Le code génétique désigne le système de correspondance mis en jeu lors de la...) du virus. Ces fautes de frappe sont appelées mutations. Le virus porteur d'une ou plusieurs nouvelles mutations est un "variant" du virus initial.

Des variants plus contagieux, tôt ou tard

Il était donc inévitable qu'apparaissent des variants du SRAS-CoV-2. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) comme il était inévitable que, tôt ou tard, un de ces variants, ou plusieurs d'entre eux, soient plus contagieux que les autres. C'est dans la logique (La logique (du grec logikê, dérivé de logos (λόγος),...) de l'évolution biologique: de la même façon que chez les animaux, depuis des millions d'années, ceux qui étaient mieux adaptés à leur environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...) changeant ont survécu, un virus doit lui aussi s'adapter pour survivre. Et dans ce cas-ci, l'environnement changeant, c'est nous: notre système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de...), nos confinements, nos médicaments. Plus il y a de gens qui ont développé des anticorps contre ce virus, ou plus il y a de gens qui évitent les rassemblements, et plus les chances du virus de se reproduire s'amenuisent. Sauf si un variant se montre soudain plus coriace que les autres.

On peut toutefois donner en partie raison à ceux qui prétendent qu'on ne pouvait pas prédire les actuels variants plus contagieux: la nuance est qu'on ne pouvait pas prédire à quel moment de telles mutations se produiraient.

La majorité des mutations n'ont en effet aucun impact sur le développement de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...), parce qu'elles ne modifient pas les capacités du virus. Ces mutations sont dites silencieuses. Et dans le cas du SRAS-CoV-2, elles vont généralement être corrigées dans les générations suivantes du virus grâce au "correcteur" qu'il possède. D'autres types de mutations sont considérés comme des tares qui vont nuire au virus. Par exemple, les mutations vont modifier les composantes de base des protéines encodées dans l'ADN ou l'ARN, ce qui altère la forme finale de la protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs...) et l'empêche de fonctionner normalement ou de se transmettre.

À l'opposé ( En mathématique, l'opposé d’un nombre est le nombre tel que, lorsqu’il est à...), quelques mutations vont donner un "avantage" au virus: lui permettre de se répliquer et de se propager plus rapidement, de s'attaquer plus sévèrement à l'organisme ou d'infecter de nouveaux organes. Chez le virus de la grippe (La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par...), la mutation d'un gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la...) qui commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un...) la production d'une protéine présente à la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a...) du virus peut lui permettre de se fixer plus facilement sur les cellules à infecter.

Au final, la sélection naturelle (En biologie, la sélection naturelle est l'un des mécanismes qui guident l'évolution...) fait en sorte que les mutations les plus avantageuses pour le virus ont plus de chances de se fixer définitivement dans son génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une...) pour former un nouveau variant.

Un autre problème est que le rythme auquel les mutations surviennent est difficile à établir et dépend du virus. Même une fois qu'on le connaît (environ une mutation par 10 jours dans le cas de ce coronavirus) le rythme auquel surviennent des mutations "dangereuses" est impossible à déterminer. Mais il reste que, dans le cas du SRAS-CoV-2, plusieurs études menées en 2020 avaient repéré des mutations capables de le rendre plus contagieux.

Depuis le premier décodage complet du génome du SRAS-CoV-2, en janvier 2020, plus de 80 000 mutations différentes ont été répertoriées et au moins trois variants ont été identifiés. Ces informations se retrouvent sur Nextstrain, un site Web (Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une...) public qui permet de suivre la progression des variants de ce coronavirus dans le monde (Le mot monde peut désigner :).

Verdict

Les virus mutent constamment. Et aussi longtemps qu'il y aura un nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) élevé de gens qui ne seront pas immunisés, le virus aura un nombre élevé de chances de se reproduire et d'engendrer une mutation -qui pourrait être favorable pour lui et néfaste pour nous.
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