Le trisulfure d'arsenic (As₂S₃), un semi-conducteur cristallin, se laisse littéralement sculpter à l'échelle nanométrique par un simple laser continu, sans nécessiter de salles blanches ni de systèmes compliqués. Cette propriété ouvre la voie à des technologies optiques très faciles à fabriquer, supplantant les technologies actuelles basées sur l'électronique.
Il devient possible de sculpter directement le matériau sans étapes de fabrication élaborées. On peut ainsi créer des structures qui guident la lumière pour les
télécommunications, des éléments diffractifs pour les
capteurs et l'
imagerie, ou encore des motifs holographiques pour la sécurité. Une empreinte
optique peut aussi servir d'
identifiant unique, très difficile à reproduire.
Un laser continu de 532 nm a sculpté des motifs microscopiques sur une pépite de As₂S₃, dont un portrait monochrome d'Albert Einstein (points espacés de 700 nm) et un motif ressemblant à un code QR (points espacés de 600 nm).
Crédit: XPANCEO
À l'échelle nanométrique, les détails sont d'une finesse remarquable. Les chercheurs ont écrit un portrait d'Einstein avec des points espacés de 700 nanomètres, atteignant même une résolution de 50 000 points par pouce (soit 500 nanomètres entre les points). Ces motifs, qui présentent un fort contraste grâce au changement d'indice, sont facilement lisibles par des méthodes optiques classiques.
Mais la lumière ne modifie pas seulement les propriétés optiques du cristal: elle le fait aussi physiquement se dilater. Le As₂S₃ peut gonfler jusqu'à 5 %, ce qui permet de former directement des microlentilles et des réseaux à sa surface. Cette capacité est précieuse pour développer des guides d'onde à large champ de vision, utilisable dans les lunettes de réalité augmentée voire des lentilles de contact intelligentes.
La clé de ce phénomène réside dans l'indice de réfraction, qui mesure la capacité d'un matériau à courber la lumière. Sous l'effet de la lumière, cet indice peut changer. Dans le As₂S₃, le changement est énorme (jusqu'à 0,3), bien supérieur à celui d'autres matériaux connus. Ce résultat a été obtenu avec une lumière ultraviolette de faible intensité, ce qui rend le procédé très accessible.
Ces découvertes pourraient bien marquer un tournant dans la photonique. Comme l'explique Valentyn Volkov, directeur technologique du XPANCEO Research Center, la découverte de nouveaux matériaux fonctionnels est le moteur de l'innovation photonique. Ces cristaux naturels, d'une sensibilité exceptionnelle, fournissent les briques de base pour une technologie pilotée par la lumière plutôt que par l'électricité.
Réfringence et photoréfractivité
L'indice de réfraction est une propriété fondamentale des matériaux optiques: il détermine la
vitesse de la lumière dans le milieu et la déviation des rayons lumineux. Plus cet indice est élevé, plus la lumière est ralentie et courbée. Dans certains matériaux, la lumière elle-même peut modifier cet indice: c'est l'effet photoréfractif. Cet effet est utilisé pour créer des hologrammes ou des dispositifs de stockage optique.
Le trisulfure d'arsenic (As₂S₃) présente un effet photoréfractif géant: son indice peut changer jusqu'à 0,3 sous exposition à la lumière ultraviolette. C'est dix fois plus que les matériaux photoréfractifs classiques comme le niobate de lithium. Une telle amplitude permet de graver des motifs très contrastés avec une simple lumière continue, sans lasers pulsés coûteux.
Cette découverte ouvre des voies pour la conception de composants optiques. En modifiant localement l'indice de réfraction, on peut créer des guides d'onde, des réseaux de diffraction ou des lentilles directement dans le matériau. Les applications vont des télécommunications aux capteurs, en passant par la réalité augmentée.