Déchiffrer les bases génétiques des troubles alimentaires

Publié par Isabelle le 04/03/2021 à 13:00
Source: Université de Genève
En étudiant les génomes de plus de 20 000 personnes, une équipe met en lumière les liens génétiques entre les troubles alimentaires, les maladies mentales et la régulation du poids corporel.


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L'anorexie mentale (L'anorexie mentale (du grec ἀνορεξία...), la boulimie (La boulimie est un des troubles des conduites alimentaires, qui se caractérise par un rapport...) et les accès hyperphagiques sont les trois principaux troubles alimentaires touchant 4 personnes sur 10 en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...) occidentale à un moment ou à un autre de leur vie (La vie est le nom donné :). Ces dernières années, des études sur les bases génétiques de l'anorexie (L’anorexie (du grec ancien : ἀνορεξία...) mentale ont mis en évidence l'existence de marqueurs prédisposant à ces maladies, qui semblent partager un profil génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est...) commun avec d'autres troubles psychiatriques.

En analysant le génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une...) de dizaines de milliers d'individus, une équipe de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE), des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), du King's College de Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville...), du University College de Londres (University College London, couramment abrégé UCL, est le plus ancien collège...), de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) de Caroline du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) (UNC) et de l'Icahn School of Medicine du Mont Sinaï a découvert des similitudes entre les bases génétiques des troubles alimentaires et celles d'autres troubles psychiatriques. Par contre, les associations génétiques de ces différents troubles alimentaires divergent quand on les associe génétiquement à certains traits anthropométriques, comme le poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la...), le tour de taille ou l'indice de masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un...) corporelle. Ainsi, la prédisposition génétique (Une prédisposition génétique est la configuration génétique d'un organisme...) à certains traits corporels constitue une caractéristique qui permettrait de distinguer l'anorexie mentale, la boulimie et les accès hyperphagiques. Ces résultats sont à découvrir dans la revue International Journal of Eating Disorders.

"Des études antérieures, qui ont mis en évidence une association génétique entre un risque élevé d'anorexie mentale et un faible risque d'obésité (L'obésité est l'état d'une personne, ou d'un animal, souffrant d'une hypertrophie de...), ont commencé à lever le voile sur certains aspects de l'apparition des troubles alimentaires largement négligés jusqu'ici", explique Nadia Micali, professeure au Département de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des...) de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) de l'UNIGE et cheffe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent aux HUG, qui a dirigé ces travaux. "Cependant, le même travail n'avait pas été fait pour les deux autres grands troubles alimentaires: la boulimie et les accès hyperphagiques. Le but de notre étude était donc de comprendre le rôle des gènes régissant le poids corporel pour ces différents troubles, leurs similitudes et leurs différences."

Le génome de plus de 20'000 personnes examiné

Pour comprendre les similitudes et les différences entre les schémas génétiques de l'anorexie mentale, de la boulimie et des accès hyperphagiques, l'équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) a analysé le génome de plus de 20'000 personnes. Ces données proviennent de deux grandes études populationnelles menées au Royaume-Uni: la UK Biobank et la Avon Longitudinal Study of Parents and Children. "Nous avons pu accéder à l'ADN des volontaires, à leurs données de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) de base (poids, âge, etc.) et à leurs réponses à des questionnaires de santé traitant notamment d'éventuels troubles psychiatriques et de l'historique de leurs troubles alimentaires", indique Christopher Hübel, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) au King's College de Londres et premier auteur de ces travaux. "Sans ces données, il nous aurait été impossible d'effectuer nos analyses plurifactorielles et de calculer plus de 250 scores polygéniques pour chaque personne."

"Chaque score polygénique fait l'addition (L'addition est une opération élémentaire, permettant notamment de décrire la...) des gènes impliqués dans un trait spécifique, comme la dépression, par exemple", détaille Christophe Hübel. "Nous avons ainsi calculé les scores polygéniques pour des troubles psychiatriques, tels que la schizophrénie (Le terme de schizophrénie regroupe de manière générique un ensemble...) ou les troubles obsessionnels compulsifs, et les traits métaboliques et physiques, notamment la sensibilité à l'insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les...), l'obésité et un IMC élevé." Plus le score est élevé, plus le risque génétique de développer une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...) donnée (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) est important.

L'équipe de recherche a ensuite examiné les associations entre les scores polygéniques de ces volontaires - soit la responsabilité génétique des troubles psychiatriques et des traits métaboliques et physiques - et les troubles alimentaires.

Une combinaison de risques psychiatriques et de régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se...) du poids corporel

L'étude montre que s'il existe de grandes similitudes génétiques entre l'anorexie mentale, la boulimie et les accès hyperphagiques, il y a aussi des différences notables. "Les similitudes résident dans l'association avec les risques psychiatriques: l'anorexie mentale, la boulimie et les accès hyperphagiques partagent un risque génétique avec certains troubles psychiatriques, en particulier la schizophrénie et la dépression, confirmant la forte composante psychiatrique de ces maladies", précise Nadia Micali. "Cependant, la grande différence concerne les bases génétiques de la régulation du poids corporel, en totale opposition entre l'anorexie d'une part, et la boulimie et les accès hyperphagiques d'autre part, ces derniers étant liés à un fort risque génétique d'obésité et d'IMC élevé."

Une prédisposition génétique à un poids élevé par rapport à un poids faible peut ainsi constituer un facteur déterminant qui pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) les individus présentant un risque génétique psychiatrique similaire à des troubles alimentaires différents. "La composante métabolique et physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la...) orienterait donc l'individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux...) soit vers l'anorexie nerveuse, soit vers la boulimie ou les accès hyperphagiques", ajoute Nadia Micali. "De plus, cette étude confirme une relation génétique claire entre les accès hyperphagiques et le trouble de déficit de l'attention/hyperactivité (TDAH), déjà observé cliniquement, et qui pourrait être liée à une plus grande impulsivité."

La découverte du rôle des schémas génétiques dans la régulation du poids corporel permet de mieux comprendre les bases génétiques des troubles de l'alimentation et la façon dont ils diffèrent dans leur marquage génétique, malgré leurs similitudes. "Ces travaux nous permettent de progressivement mieux comprendre le développement des troubles de l'alimentation", conclut Nadia Micali.

Cette étude a reçu le soutien financier du United States National Institute of Mental Health et du Maudsley Biomedical Research Centre (BRC) du National Institute for Health Research (NIHR).

Publication:
Cette recherche est publiée dans International Journal of Eating Disorders DOI: 10.1002/eat.23481

Contact:
Nadia Micali - Professeure ordinaire au Département de psychiatrie - Faculté de médecine, UNIGE - Division (La division est une loi de composition qui à deux nombres associe le produit du premier par...) de la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, HUG - Nadia.Micali at unige.ch
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