Au-delà des mots: les origines cognitives du sens linguistique
Publié par Adrien le 11/06/2019 à 08:00
Source: CNRS
"Marc n'achèvera pas l'écriture de son livre". Nous ne vous l'avons jamais dit, mais cela vous paraît évident que Marc a commencé à écrire un livre. Deux chercheurs du CNRS et leur collègue australienne viennent de démontrer que ce type de raisonnement inconscient est également réalisé à partir de messages non-linguistiques, faits de gestes ou d'animations stylisées et abstraites. Ces travaux, combinant linguistique et psychologie expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique. En science, il s'agit d'approches de...), ouvrent un nouveau domaine de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) sur les origines cognitives de phénomènes linguistiques. Ils sont publiés dans la revue PNAS.

Les langues mettent à notre disposition de nombreux moyens pour transmettre de l'information. Prenons, par exemple, la phrase: "Marc achèvera l'écriture de son livre" et sa négation "Marc n'achèvera pas l'écriture de son livre". Dans les deux cas, nous comprenons que Marc a déjà commencé son livre. Cette information est transmise de façon indirecte et on voit qu'elle échappe à la négation: ceci est caractéristique de ce que les linguistes appellent une "présupposition". La linguistique moderne étudie les présuppositions et d'autres façons de transmettre de l'information sous le terme générique "d'inférences": elle en répertorie les différentes espèces pour comprendre comment nous les traitons et quelles sont leurs fonctions.

Comment donc calcule-t-on ces inférences ? La présupposition ci-dessus, par exemple, est-elle liée à notre connaissance du fait que pour "achever", il faut d'abord "commencer" ou à ce que nous avons appris du mot "achever" en apprenant le français ? Très souvent, les linguistes situent l'origine de ces inférences dans les mots qui les déclenchent, comme si notre dictionnaire mental, construit en apprenant notre langue, indiquait que "achever" engendre une présupposition.

Pour évaluer ceci, deux chercheurs du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique (CNRS/ENS Paris/EHESS) et à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter...) Jean-Nicod (CNRS/ENS Paris), et leur collègue australienne de Western Sydney University, ont essayé de faire comprendre à des participants naïfs des phrases hybrides faites de mots ordinaires mélangés à d'autres types de matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.) porteurs de sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du...) tels que des gestes (ex: action de retirer des lunettes) ou des animations visuelles (une barre changeant de couleur).

Ils ont d'abord démontré que les participants comprennent ces gestes/animations inconnus au premier coup d'oeil. Plus important, ces matériaux se fondent dans le langage, et ils ont donc pu reproduire les tests linguistiques traditionnels, comme celui de la négation pour la présupposition. Leur étude a alors permis de prouver que gestes et animations engendrent une riche gamme d'inférences linguistiques. Ces inférences apparaissent ici spontanément, sans apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs...) et même sans mots.

Ce travail montre donc comment utiliser les méthodes puissantes de la linguistique moderne sur des supports autres que la langue. L'étude de ces matériaux non linguistiques peut permettre de comprendre les origines cognitives d'inférences variées, des origines qui vont au-delà des mots.

L'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) de New-York a également publié un communiqué de presse (Un communiqué de presse est un document court envoyé aux journalistes dans le but de couvrir un événement.) sur ces résultats (en anglais).

Bibliographie

Linguistic inferences without words. Lyn Tieu, Philippe Schlenker et Emmanuel Chemla. PNAS, le 24 avril 2019. DOI: 10.1073/pnas.1821018116.
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