🧠 Quand une petite fibre synthĂ©tique s’auto-rĂ©plique dans le cerveau

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L'atrophie multisystématisée (MSA) est une maladie neurodégénérative rare et sévÚre, provoquée par l'accumulation massive et rapide de fibrilles d'α-synucléine dans le cerveau. Cette accumulation est observée dans d'autres synucléinopathies comme la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy, mais avec un rythme de progression beaucoup plus lent.

La question clé qui demeure: qu'est-ce qui confÚre à certaines fibrilles la capacité de se propager avec la rapidité d'agents infectieux, tandis que d'autres évoluent beaucoup plus lentement pendant de nombreuses années ?

Pour y répondre, des scientifiques ont créé en laboratoire une fibrille spécifique d'α-synucléine, baptisée 1B, et l'ont injectée dans le cerveau de souris. Cette entité synthétique a induit l'apparition trÚs rapide d'inclusions pathologiques similaires à celles observées dans la MSA. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Nature, apportent un éclairage inédit sur les mécanismes de propagation des synucléinopathies.

L'autoréplication observée à l'échelle atomique

À l'aide de la cryomicroscopie Ă©lectronique, qui permet d'Ă©tudier la structure des protĂ©ines Ă  l'Ă©chelle de l'atome, les scientifiques ont observĂ© les fibrilles synthĂ©tiques avant inoculation (1B) et celles produites dans le cerveau sous l'effet de l'inoculation (1BP). Les deux structures se rĂ©vĂšlent presque identiques.

1BP, conserve la mĂȘme architecture de repliement, d'appariement et d'empilement qu'1B. Cette similaritĂ© dĂ©montre que la fibrille synthĂ©tique 1B a engendrĂ© sa propre copie dans l'organisme, un processus qui correspond Ă  une vĂ©ritable auto-rĂ©plication in vivo. L'existence d'un tel phĂ©nomĂšne n'avait jusqu'Ă  prĂ©sent jamais Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e Ă  l'Ă©chelle atomique chez l'animal, pas mĂȘme pour les prions. Les homogĂ©nats diluĂ©s de cerveau de souris contenant ces fibrilles 1BP peuvent d'ailleurs Ă  leur tour transmettre la pathologie Ă  d'autres animaux par rĂ©injection.

Vers une meilleure compréhension et de nouvelles stratégies thérapeutiques

Les scientifiques ont également identifié des régions structurales particuliÚres qui semblent jouer un rÎle central dans la capacité de ces fibrilles à se multiplier et à échapper aux systÚmes cellulaires de dégradation.

"Ces travaux apportent la preuve expérimentale qu'un mécanisme réplicatif conformationnel - de type prion - est à l'oeuvre dans les synucléinopathies", souligne François Ichas. "Ils ouvrent des perspectives pour comprendre comment certaines formes d'assemblage de l'alpha-synucléine deviennent pathogÚnes et pour concevoir des stratégies visant à interrompre ce processus."

Ce travail fournit un modÚle expérimental robuste des mécanismes prion-like qui sous-tendent la MSA et d'autres synucléinopathies, telles que la maladie de Parkinson ou la démence à corps de Lewy. Il met également en lumiÚre les bases structurales supramoléculaires qui différencient ces pathologies.

À plus long terme, l'identification des interfaces critiques exposĂ©es par les fibrilles 1B pourrait guider la conception d'inhibiteurs capables d'empĂȘcher leur propagation. Cette dĂ©couverte invite Ă©galement Ă  repenser les frontiĂšres entre entitĂ©s biologiques et agents pathogĂšnes d'origine artificielle.

Les fibrilles d'α-synuclĂ©ine 1B (synthĂ©tiques) et 1BP (formĂ©es dans le cerveau de souris injectĂ©es) partagent une structure quasi identique, preuve que 1B s'auto-rĂ©plique in vivo. Les structures tridimensionnelles de 1B et 1BP peuvent ĂȘtre explorĂ©es sur le site www.rcsb.org avec les codes 9EUU et 9RZF respectivement.
© François Ichas