Diabète: le rôle protecteur des œstrogènes enfin compris
Publié par Isabelle le 06/04/2018 à 12:00
Source et illustration: Université de Genève (UNIGE)
Des chercheurs de l'UNIGE et des HUG montrent comment les œstrogènes protègent du diabète de type 2 en influant sur la production d'hormones clés de la régulation du sucre dans le sang.


Les œstrogènes ont une influence sur l'ensemble du métabolisme (Le métabolisme est l'ensemble des transformations moléculaires et énergétiques qui se déroulent de manière ininterrompue dans la cellule ou l'organisme vivant. C'est un processus ordonné, qui...) impliqué dans la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se rattache au plan scientifique à l'automatique.) de la glycémie (La glycémie (du grec glukus = doux et haima = sang) désigne la concentration de glucose dans le sang ou plus exactement dans le plasma.), agissant aussi bien sur les cellules pancréatiques productrices du GLP1 que sur des cellules de l'intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des mammifères, il est divisé en deux parties appelées l'intestin...) dites L, dont la principale fonction est également de produire du GLP1.

Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) épidémiologiques révèlent une explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement sous forme de gaz. Plus cette transformation s'effectue rapidement, plus la matière...) des cas de diabète de type 2 (Cet article traite du « diabète de type 2 », une forme de diabète sucré. Mais il existe d'autres diabètes : voir la page d'homonymie Diabète .) chez les femmes après la ménopause (La ménopause, du grec méno, règles et pause, arrêt, appelée aussi âge climatérique, est l'arrêt des règles....). En cause? Le rôle étonnamment protecteur des œstrogènes: une femme ménopausée sous traitement hormonal de substitution a jusqu'à 35% de risques en moins de développer un diabète (Le diabète présente plusieurs formes, qui ont toutes en commun des urines abondantes (polyurie). Le mot « diabète » vient du grec ancien...) de type 2 qu'une femme sans traitement. En révélant comment les œstrogènes agissent sur deux des hormones impliquées dans l'équilibre glycémique, le glucagon et le GLP1, des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) prouvent l'intérêt d'une supplémentation (La supplémentation est le fait d'utiliser un supplément (ou complément alimentaire) pour pallier une carence. Elle peut avoir un intérêt...) en œstrogènes dès l'apparition de la ménopause. Ces recherches, à lire dans la revue JCI Insight, montrent également qu'un seul des trois récepteurs aux œstrogènes semble impliqué dans ce mécanisme. Cela permettrait, à terme, de proposer des thérapies beaucoup plus ciblées grâce à une molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente...) spécifique qui éviterait aux patients les effets secondaires parfois gênants liés à une hormonothérapie (En médecine, l'hormonothérapie est un traitement médicamenteux à base de différentes hormones parmi lesquelles les hormones de croissance et les hormones sexuelles, les hormones thyroïdiennes et...) trop puissante.

Les spécialistes du diabète savent que les femmes non encore ménopausées ont moins de risques que les hommes de développer un diabète de type 2. Par contre, après la ménopause, la tendance s'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y...) très clairement, mettant en lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La lumière...) le rôle protecteur des hormones sexuelles féminines et surtout des œstrogènes. Mais quel est leur effet précis sur le métabolisme ? C'est à cette question qu'a répondu l'équipe dirigée par Jacques Philippe, spécialiste du diabète à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant à restaurer...) de l'UNIGE et chef du Service d'endocrinologie, diabétologie, hypertension et nutrition (La nutrition (du latin nutrire : nourrir) désigne les processus par lesquels un être vivant transforme des aliments pour assurer son fonctionnement. La nutrition est également une science pluridisciplinaire, comportant deux...) des HUG.

"Un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de scientifiques travaillent sur l'effet des œstrogènes sur les cellules pancréatiques productrices d'insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les cellules β des îlots de Langerhans du pancréas. Elle a, avec le glucagon, un...)", souligne Sandra Handgraaf, chercheuse à la Faculté de médecine et première auteure de ces travaux. "Mais leur effet sur les cellules productrices de glucagon, une autre hormone (Une hormone est un messager chimique véhiculé par le système circulatoire qui agit à distance de son site de production par fixation sur des récepteurs spécifiques.) régulatrice de la glycémie, n'avait jamais été exploré." En effet, si le pancréas (Le pancréas est un organe abdominal, une glande annexée au tube digestif. Il est rétropéritonéal, situé derrière l'estomac, devant et au-dessus des reins. Ses...) sécrète de l'insuline, il sécrète aussi du glucagon, une hormone à l'effet opposé ( En mathématique, l'opposé d’un nombre est le nombre tel que, lorsqu’il est à ajouté à n donne zéro. En botanique, les organes d'une plante sont dits opposés lorsqu'ils sont insérés au même niveau, l'un en...): alors que l'insuline capte le sucre (Ce que l'on nomme habituellement le sucre est, dès 1406, une "substance de saveur douce extraite de la canne à sucre" (Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion). Il est majoritairement formé d'un...), le glucagon le libère. C'est donc un déséquilibre entre ces deux hormones contrôlant le taux de sucre dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux....) qui est à l'origine du diabète.

Des cellules du pancréas, mais aussi de l'intestin

En administrant des œstrogènes à des souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi...) femelles ménopausées, les scientifiques genevois ont fait un premier constat: elles retrouvaient une tolérance accrue au glucose (Le glucose est un aldohexose, principal représentant des oses (sucres). Par convention, il est symbolisé par Glc. Il est directement assimilable...) et présentaient donc moins de risques de diabète. Si l'effet observé sur l'insuline était attendu, celui sur le glucagon, et surtout sur le GLP1, une hormone intestinale et pancréatique qui permet d'augmenter la production d'insuline, l'était beaucoup moins. Ils ont ainsi pu confirmer la sensibilité aux œstrogènes des cellules alpha pancréatiques, qui sécrètent moins de glucagon mais plus de GLP1 lorsqu'elles y sont exposées. Libérée aussi par l'intestin lors de l'absorption ( En optique, l'absorption se réfère au processus par lequel l'énergie d'un photon est prise par une autre entité, par exemple, un atome qui fait une transition entre deux niveaux d'énergie électronique. Le photon est détruit...) de nourriture, cette hormone stimule la sécrétion d'insuline, inhibe la sécrétion du glucagon et induit (L'induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de recevoir l'induction de l'inducteur et de la transformer en électricité...) une sensation de satiété. Le manque de GLP1 est donc une pièce essentielle – et jusqu'ici peu connue – pour expliquer la survenue du diabète ; le rôle joué par cette hormone éclaire aussi la protection contre le diabète chez la femme avant la ménopause.

"Cette première observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande participation des...) était déjà intéressante", explique Sandra Handgraaf. "Mais il existe aussi dans l'intestin des cellules dites L, très similaires aux cellules alpha pancréatiques, dont la principale fonction est justement de produire du GLP1. Et nous avons aussi observé une forte augmentation de la production de cette hormone dans ces cellules intestinales, prouvant ainsi le rôle majeur de l'intestin dans la maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond à différents niveaux selon ceux-ci.) de l'équilibre glucidique et l'influence des œstrogènes sur l'ensemble du métabolisme impliqué." Ces résultats ont par ailleurs été confirmés sur des cellules et des échantillons de tissus humains.

Des traitements de substitution intéressants

Les traitements hormonaux de substitution ont souvent mauvaise presse, essentiellement à cause des risques cardiovasculaires qui y sont associés. "Il est important de rappeler qu'une substitution hormonale dès la ménopause et pour quelques années seulement n'engendre pas de risque particulier d'accidents cardiovasculaires", indique Jacques Philippe. "Par contre, si on prend un traitement hormonal plus de 10 ans après la ménopause, le risque cardiovasculaire est effectivement accru. Dans le cadre du diabète, un traitement oestrogénique s'avère dans tous les cas très intéressant afin d'éviter l'explosion des cas de diabète féminin. Ces traitements, bien administrés, peuvent réellement constituer un plus pour la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) des femmes."

Vers un traitement beaucoup plus ciblé

Dans leur étude, les chercheurs genevois ont aussi pu déchiffrer les mécanismes cellulaires fins: il existe en effet trois récepteurs aux œstrogènes, dont un seul est principalement impliqué dans cet effet protecteur. Il serait donc possible de développer une molécule n'activant que le récepteur intéressant, avec un effet beaucoup plus ciblé. "On pourrait ainsi imaginer un traitement qui s'adresserait également aux hommes car dépourvu des effets secondaires d'une hormonothérapie un peu trop puissante", conclut Sandra Handgraaf.

Contact chercheuse:
Sandra Handgraaf - Faculté de médecine - Université de Genève

Référence publication:
JCI Insight - DOI: 10.1172/jci.insight.98569
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