"Docteur, euthanasiez mon chien !"
Publié par Adrien le 07/08/2016 à 00:00
Source: Université de Montréal

Photo: Thinkstock.
"Docteur, veuillez euthanasier mon chien  !" Les vétérinaires doivent-ils obéir à cette demande ? C'est la question que pose Dominick Rathwell-Deault dans le cadre de son doctorat à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du...).  "Un vétérinaire doit faire face presque quotidiennement à ce dilemme éthique : faut-il acquiescer ou non à la volonté d'un client (Le mot client a plusieurs acceptations :) qui veut se débarrasser de son animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances organiques. On réserve aujourd'hui le...) domestique ?", explique-t-elle en entrevue.

Pour y répondre, elle a interrogé 14 vétérinaires de différents âges et distribué un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la...) aux membres de l'ordre professionnel. L'analyse des entrevues et des 280 réponses obtenues n'est pas complétée, mais la chercheuse peut déjà dire que les professionnels sont divisés sur la question. "Sur le plan légal, il n'y a guère d'ambiguïté. Au Québec, les vétérinaires peuvent pratiquer ce qu'on appelle l'euthanasie (À l'origine, l'euthanasie (gr: ευθανασία - ευ, bonne, θανατ mort) désigne l'acte mettant fin à la vie d'une autre personne pour lui...) de convenance. Sur le plan moral, c'est une autre histoire."

Quand on a choisi un métier en fonction de son amour des bêtes et qu'on se retrouve à devoir mettre fin aux jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du...) d'animaux en pleine santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.), il arrive que des professionnels soient durement éprouvés émotivement. Incapables de procéder à l'injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :) fatale, neuf des répondants avaient choisi d'adopter l'animal de leurs clients pour leur sauver la vie (La vie est le nom donné :). La Dre Rathwell-Deault, qui a pratiqué dans des cliniques d'animaux domestiques pendant six ans, a elle-même "craqué" à plusieurs reprises, ramenant chez elle des chiens qu'elle avait pris en affection. "Mais il y a une limite à ce qu'un vétérinaire puisse faire", concède-t-elle.

Au cours de rencontres semi-dirigées, certains vétérinaires ont confié à la Dre Rathwell-Deault qu'ils refusent systématiquement d'euthanasier sur demande un animal en santé. D'autres l'acceptent pour des raisons commerciales; ils savent bien que le client insatisfait peut se présenter à la clinique voisine. "Certains m'ont dit que l'important, pour eux, était d'amener leur client à entamer une réflexion, explique la Dre Rathwell-Deault. Ils ne refusent pas de le faire, mais ils veulent que le client ait bien pris le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) de trouver une autre solution."

La thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est l'affirmation ou la prise de position d'un locuteur, à l'égard du sujet ou du thème qu'il évoque.) de doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le...) en cours porte sur l'évolution des mentalités chez les médecins des animaux. "L'euthanasie de convenance d'un animal de compagnie (Un animal de compagnie est un animal recevant la protection de l'homme en échange de sa présence, sa beauté, sa jovialité, ou pour ses talents...) soulève plusieurs questions d'ordre moral et éthique, écrit-elle dans son résumé. Comment les vétérinaires conceptualisent-ils l'animal, le propriétaire, leur propre rôle face au patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.), au propriétaire, à la profession et même à la société?  À qui doivent-ils accorder la priorité des intérêts?  Sur quels arguments moraux se basent-ils ?" Voilà certains des sujets abordés par l'étudiante qui a entamé des études en biologie médicale (La biologie médicale (France, Afrique du Nord et de l'Ouest), biologie clinique (Belgique, Pays-Bas), médecine de laboratoire (Allemagne et Suisse), pathologie clinique (Pays anglophones) ou encore biopathologie (Grèce) est une...) avant de bifurquer vers la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps...) vétérinaire.

Que dit la loi ?

Adoptée le 4 décembre 2015, la Loi 54 visant l'amélioration juridique de l'animal précise dans son premier article que "les animaux ne sont pas des biens. Ils sont des êtres doués de sensibilité et ils ont des impératifs biologiques".

L'article 12 dit que la personne qui procède à l'euthanasie doit "s'assurer que les circonstances entourant l'acte ainsi que la méthode employée ne soient pas cruelles et qu'elles minimisent la douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un...) et l'anxiété (L'anxiété est pour la psychiatrie phénoménologique biologique et comportementale, un état d'alerte, de tension psychologique et somatique,...) chez l'animal. La méthode employée doit produire une perte de sensibilité rapide, suivie d'une mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des...) prompte."

Quand elle a suivi sa formation à la fin des années 2000, peu de cours portaient sur le dilemme moral de l'euthanasie de circonstance. Et la formation sur les interactions psychologiques était également lacunaire. "Un vétérinaire soigne les animaux, mais c'est avec les humains qu'il transige", rappelle-t-elle. Si certains clients sont prêts à revoir leur décision à la lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm...) des propos tenus par le clinicien, d'autres sont imperméables aux arguments éthiques. Il arrive même que des animaux soient abandonnés à leur sort à l'entrée de la clinique. Le personnel doit comprendre qu'ils sont condamnés.

Bien-être en hausse

Ce n'est pas d'hier que la jeune femme s'intéresse à la triade vétérinaire-client-animal. Dès 2012, elle présentait au congrès de l'ACFAS un résumé de travaux portant sur la place de l'animal dans cette relation. S'appuyant sur la littérature scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.), elle avait mené des entrevues avec des praticiens.

Outre un doctorat sur le deuil chez les vétérinaires soutenu en 2005 au Département de psychologie de l'Université de Montréal par Anne-Marie Lamothe, peu d'études ont porté sur ce phénomène. La question du bien-être de l'animal est de plus en plus discutée, signale la doctorante. Les nouvelles dispositions législatives interdisent aux professionnels, par exemple, de couper les oreilles et la queue d'un chien (Le chien (Canis lupus familiaris) est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Autrefois regroupé dans une espèce à part entière, connue sous le nom scientifique de Canis...), ce qui était courant pour se conformer aux règles des concours esthétiques.

Pour la vétérinaire, les changements apportés à la loi depuis quelques mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) sont salutaires, même s'ils ne préviennent pas toutes les interventions malveillantes que les humains peuvent infliger aux animaux. Elle espère en tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) cas que ses résultats, qui paraîtront dans des revues scientifiques, aideront ses collègues à mieux cerner les dilemmes moraux qui les assaillent dans leur pratique.

Son doctorat, intitulé "L'euthanasie de convenance des animaux de compagnie. Conceptualisation par les vétérinaires de leurs responsabilités morales et professionnelles", est mené sous la direction de l'éthicienne Béatrice Godard, professeure au Département de médecine sociale et préventive, et de Diane Franck, professeure de médecine vétérinaire et spécialiste du comportement animal.
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