Des drones pour étudier les oiseaux ?
Publié par Adrien le 28/01/2019 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval

Photo: Peter Paton
Les espèces de milieux ouverts, comme le pluvier siffleur, peuvent être facilement localisées à l'aide de relevés télémétriques VHF effectués à partir du sol. Pour des espèces qui vivent dans des milieux difficiles d'accès pour les humains, les drones pourraient être appelés en renfort.
Ces appareils pourraient assister les chercheurs dans l'étude d'espèces qui vivent dans des habitats hostiles ou inaccessibles.

Les drones pourraient donner un coup de pouce aux chercheurs qui étudient des espèces fauniques vivant dans des habitats difficiles d'accès ou dangereux, mais il faudra attendre encore avant de leur confier certaines missions qui requièrent une grande précision. Voilà le constat qui se dégage d'une étude publiée dans la revue Drones par une équipe dirigée par André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense, constituée d'un ou plusieurs peuplements d'arbres et...) et du Centre d'étude de la forêt. Les chercheurs arrivent à cette conclusion après avoir testé la précision de relevés télémétriques effectués à partir d'un drone (Un drone ("faux bourdon" en anglais) ; ou UAV (Unmanned Aerial Vehicle) est un aéronef sans pilote humain à bord. Il emporte une charge utile destinée, le plus souvent, à des missions de type surveillance,...).

Le professeur Desrochers a eu l'idée de faire appel à des drones pour faciliter ses travaux de recherches sur la grive de Bicknell. Cet oiseau (Un oiseau (ou classe des Aves) est un animal tétrapode appartenant à l'embranchement des vertébrés. S'il existe près de 10 000 espèces d'oiseaux, très différentes tant par leur écologie que...), qui a le statut d'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il existe une multitude de...) vulnérable au Québec, fréquente de jeunes forêts très denses où il est difficile de circuler à pied ou encore de vieilles forêts situées au sommet de montagnes ou sur des crêtes battues par les vents. "Trouver les nids de cet oiseau est un exercice pénible qui peut même être dangereux", résume le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...).

En général, il est possible de déduire l'emplacement des nids d'une espèce en faisant, à partir du sol, un suivi télémétrique des déplacements d'oiseaux équipés d'émetteurs VHF. Cette approche n'est pas adaptée au cas de la grive de Bicknell en raison du caractère inaccessible des habitats qu'elle fréquente. C'est ce qui a conduit le professeur Desrochers à envisager l'installation d'un récepteur VHF sur un drone. "Il fallait toutefois savoir si les relevés ainsi obtenus étaient suffisamment précis", souligne-t-il.

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont placé cinq émetteurs VHF à 1,5 mètre (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international (SI). Il est défini, depuis 1983, comme la...) du sol dans un secteur de la Forêt Montmorency, la forêt-école de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) Laval située dans la réserve faunique des Laurentides. La position exacte de chaque émetteur a été déterminée à l'aide d'un GPS. Un drone équipé d'un récepteur VHF a ensuite effectué sept vols de repérage dans le secteur.

Les 669 lectures ainsi obtenues montrent que cette méthode permet de repérer les émetteurs à des distances allant jusqu'à quelques centaines de mètres. Par contre, la précision des relevés laisse à désirer; l'écart moyen entre la position réelle et la position estimée des récepteurs était de 134mètres ou de 70mètres, selon la méthode de localisation utilisée.

"C'est insuffisant pour nous aider à repérer des nids de grive de Bicknell, conclut André Desrochers. Par contre, ce niveau de précision nous permettrait d'étudier des sujets comme l'utilisation d'habitats par cette espèce. On pourrait aussi y faire appel pour localiser des nids de buses, de grands-ducs ou d'autres oiseaux de proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.), qui sont plus volumineux et plus faciles à trouver sur le terrain."

Malgré l'avancée du GPS, les émetteurs VHF n'ont pas dit leur dernier mot dans l'étude de la faune, estime le chercheur. "La technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) GPS a révolutionné la façon de localiser les animaux, mais parce qu'elle est énergivore, elle requiert des batteries relativement lourdes. Pour les oiseaux chanteurs, les amphibiens ou les petits mammifères, les émetteurs VHF sont encore préférables en raison de leur poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale à l'opposé de la...) réduit. Lorsque ces espèces se retrouvent dans des zones difficiles d'accès, le recours à des drones équipés de récepteurs VHF peut constituer une approche efficace, économique et sécuritaire de recueillir des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.)."

Les autres auteurs de l'étude parue dans Drones sont Junior A. Tremblay et Yves Aubry, d'Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre une...) et Changement climatique Canada, Dominique Chabot, de la firme droneMetrics, Paul Pace, de Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) et développement pour la défense Canada, et David Bird, de l'Université McGill.
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