Les émotions pour lutter contre le changement climatique

Publié par Adrien le 03/03/2021 à 09:00
Source: Université de Genève
Un chercheur de l'UNIGE a compilé toute la littérature des cinq dernières années liant émotion et changement climatique, faisant ressortir les leviers principaux qui permettront de renforcer les comportements en faveur du développement durable.

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Souvent victimes de leur mauvaise réputation, car jugées "irrationnelles", les émotions jouent toutefois un rôle majeur dans l'évaluation du monde (Le mot monde peut désigner :) et l'orientation (Au sens littéral, l'orientation désigne ou matérialise la direction de l'Orient (lever du soleil...) du comportement des êtres humains. Quel est leur rôle dans la perception et l'action climatique ? Pour répondre à cette question, un chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE) a revu systématiquement toute la littérature de ces cinq dernières années traitant des émotions et du changement climatique, afin de mettre en évidence les principaux leviers d'action et orienter les politiques dans leur prise de décision.

Il ressort de cette étude que la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle,...) fondée sur la peur ou l'espoir doit être dosée avec minutie afin d'éviter tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) immobilisme de l'action citoyenne, et que les actes en faveur du développement durable (Le développement durable (traduction de Sustainable development) est une nouvelle conception...) peuvent enclencher un cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale...) vertueux du comportement en faisant ressentir à leurs auteur-es un sentiment de fierté qui les poussent à continuer sur cette voie. Des résultats à lire dans la revue Current Opinion in Behavioral Sciences.

Comment le changement climatique est-il perçu d'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et...) émotionnel ? Que faire pour encourager la population à adapter son comportement en faveur du développement durable, qui seul peut contrer le réchauffement climatique (Le réchauffement climatique, également appelé réchauffement planétaire, ou...) ? Une centaine d'études se sont penchées sur ces questions ces cinq dernières années. C'est pourquoi Tobias Brosch, professeur de psychologie du développement durable à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Éducation (FPSE) et au Centre Interfacultaire en Sciences Affectives (CISA) de l'UNIGE, a effectué une revue systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour...) de la littérature de 2015 à 2020 traitant du rôle des émotions dans la perception et l'action envers le changement climatique, qu'il soit positif ou négatif, afin d'en faire ressortir les principaux leviers d'action sur lesquels doivent s'appuyer les décisions politiques.

Les émotions, prédicatrices les plus puissantes des comportements durables

Sur quels paramètres se fonder lorsque l'on souhaite communiquer sur la question du changement climatique et encourager les comportements de développement durable: le sexe (Le mot sexe désigne souvent l'appareil reproducteur, ou l’acte sexuel et la...) ? L'âge ? La situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un...) socio-économique ? Le parti politique ? Les valeurs ? Ou faut-il au contraire mettre ces catégories au second plan et interroger la population sur ses émotions ?

Les récentes études se sont justement intéressées à l'affect des personnes au sujet du changement climatique en leur posant une question simple: quel est leur sentiment face à cette situation ? "Les réponses les plus souvent données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) font ressortir la peur, la préoccupation, la culpabilité, mais aussi l'espoir et parfois la fierté", récapitule Tobias Brosch. L'objectif était de pouvoir mesurer quel facteur permettrait de prédire avec le plus de précision possible les réponses touchant à la perception du risque, au comportement d'atténuation (Perte d'intensité et amplitude d'un signal...) pour réduire le changement climatique, au comportement d'adaptation aux conséquences du réchauffement climatique, au soutien politique et enfin à l'acceptation des technologies renouvelables.

"Il ressort que ce sont les réactions affectives ressenties qui prédisent le mieux ces réponses, et non pas des facteurs générationnels comme l'âge ou le parti politique, comme l'on aurait pu s'y attendre", relève Tobias Brosch. Les émotions capturent et permettent de mieux expliquer les différences de comportement que les autres facteurs, il faut donc les utiliser pour encourager l'action citoyenne à l'aide d'une communication adaptée.

Trouver le juste milieu entre peur et espoir

La communication sur le changement climatique est principalement fondée sur un vocabulaire alarmiste cherchant à faire ressentir la peur et la culpabilité chez les citoyens et citoyennes. Mais est-ce la bonne manière de communiquer ? "A trop insister sur la catastrophe (Une catastrophe est un événement brutal, d'origine naturelle ou humaine, ayant généralement la...) climatique, les personnes pourraient ressentir un sentiment d'impuissance qui les pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) à se dire qu'il est de toute façon déjà trop tard, donc à quoi bon changer ses habitudes?", explique Tobias Brosch. "Par contre, jusqu'à présent, cet effet négatif de la peur n'a pas encore été réellement observé dans le contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le...) du changement climatique, il semble que les messages négatifs renforcent plutôt la volonté d'agir", précise-t-il.

Et que se passerait-il s'il l'on transmettait de l'espoir ? "Il a été constaté que les communications très positives porteuses d'espoir pouvaient également aboutir à l'immobilisme, les personnes renonçant à changer de comportement, puisqu'au final nous allons vers le mieux", poursuit le psychologue genevois.

Il s'agit donc de trouver un juste milieu, afin d'éviter tant les effets pervers de la peur que ceux de l'espoir. Il convient dès lors que les politiques travaillent avec des psychologues de l'émotion sur le design (Le design (la stylique en français) est un domaine visant à la création d'objets,...) des interventions pro-environnementales, afin de définir les bons messages.

Le cercle vertueux du comportement durable

On a déjà observé en science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire...) sociale l'effet de l'anticipation (Au sens général du terme, une anticipation correspond à une phase où sont...) du warm glow, l'émotion positive qui suit un comportement positif. "Ce warm glow joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les...) un rôle capital dans le mécanisme de renforcement d'un comportement vertueux", appuie Tobias Brosch. Est-ce que cela marche (La marche (le pléonasme marche à pied est également souvent utilisé) est un...) pour le développement durable ? "En fait, oui, les gens qui s'attendent à se sentir bien lorsqu'ils agissent en faveur de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...) font preuve d'un comportement plus durable. Il faut alors renforcer ce warm glow comme levier chez les personnes qui y sont sujettes, car cela va renforcer leurs bonnes habitudes et enclencher un cercle vertueux d'actions favorables au développement durable sur le long terme", se réjouit Tobias Brosch. "De plus, nous devrions essayer de déclencher ce cercle vertueux chez des personnes qui ne le ressentent pas encore."

L'enjeu réside dans la mise en place de stratégies et d'opportunités qui permettront aux citoyens et citoyennes d'expérimenter positivement ce sentiment lors d'une action en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, afin qu'ils et elles veuillent le ressentir à nouveau. "Par exemple, placer son mégot de cigarette dans le compartiment "Messi est le meilleur joueur de football" ou au contraire "Ronaldo est le meilleur joueur" est un exemple tout bête de ce renforcement positif: on s'amuse (Amuse est un préparateur automobile tout comme HKS ou Blitz, qui prépare des voitures.) à voter tout en jetant son mégot à la poubelle", conclut le chercheur genevois.
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