La fragmentation des habitats est-elle nécessairement mauvaise pour la biodiversité ?
Publié par Isabelle le 23/01/2019 à 14:00
Source: CNRS-INEE
Un consortium d'écologues (Canada, Mexique, Brésil, U.K., USA, France^1, Australie) montre dans Biological Conservation pourquoi la fragmentation des habitats n'est pas nécessairement mauvaise pour la biodiversité. En effet, les impacts négatifs attendus sur la base de ce qui est observé à l'échelle des fragments ne se retrouvent pas à l'échelle du paysage (Étymologiquement, le paysage est l'agencement des traits, des caractères, des formes d'un espace limité, d'un...). A cette échelle, l'accroissement de la diversité des habitats, la dilution (La dilution est un procédé consistant à obtenir une solution finale de concentration inférieure que celle de départ, soit par...) des risques, les effets de complémentation entre types d'habitats, sont susceptibles de contrecarrer les effets négatifs observés à l'échelle des fragments individuels.


Pour une quantité d'habitat donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un événement, etc.) (ici 30% dans les paysages A et B et 15% dans les paysages C et D), la fragmentation de l'habitat per se augmente avec l'accroissement du nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de fragments dans un paysage de taille donnée. (de 3 à 12 fragments pour A versus. B, et C versus. D). A noter que la taille du paysage et la qualification de l'habitat vont être contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui...) et espèces focales dépendant. Différents mécanismes liés soit au fragment (F) soit au paysage (P) peuvent avoir des effets positifs ou négatifs sur les espèces. Les résultats de notre étude suggèrent qu'à l'échelle du paysage les mécanismes positifs compensent voire peuvent excéder les effets négatifs.

La perte de superficies de nombreux milieux naturels s'accompagne d'une forte érosion de la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des...) abritée par ces milieux et par le morcellement de ce qui reste en fragments de taille variable (En mathématiques et en logique, une variable est représentée par un symbole. Elle est utilisée pour marquer un rôle dans une formule, un prédicat ou un...). Les années 1970 ont vu se cristalliser l'idée que cette fragmentation avait par elle-même des effets négatifs sur la biodiversité à l'échelle des paysages et que nos efforts de conservation devaient privilégier les grands fragments. Récemment une approche séparant les effets dus à la perte d'habitat de ceux liés à la fragmentation en tant que telle a pu montrer que la fragmentation per se n'avait dans la majorité des cas pas d'effets négatifs significatifs sur la biodiversité, voire des effets positifs (Fahrig, 2017). Ce résultat contraire aux idées reçues a été accueilli avec réserve (Fletcher et al. 2018). L'article publié dans Biological Conservation montre que ces réserves sont infondées et que l'idée d'un effet nécessairement négatif résultait d'un biaisméthodologique qui consistait à extrapoler à l'échelle des paysages des résultats obtenus à l'échelle d'un fragment.

Ce résultat, orthogonal à ce qui était couramment admis ne doit pas, contrairement aux craintes énoncées par Fletcher at al. (2018), être interprété comme un permis de fragmenter. La perte importante de superficie (L'aire ou la superficie est une mesure d'une surface. Par métonymie, on désigne souvent cette mesure par le terme « surface » lui-même (par exemple, on parle de la « surface d'un...) des habitats naturels reste un facteur considérable d'érosion de la biodiversité. Mais, le grand mérite de ce travail est de souligner la forte valeur que gardent les fragments d'habitats restants pour la préservation de ce qui reste de cette biodiversité, et ceci quelle que soit leur taille ou le niveau de fragmentation des taches résiduelles à l'échelle du paysage. L'élément déterminant est la quantité totale d'habitat restant à cette échelle du paysage, quantité à laquelle chaque fragment apporte une contribution essentielle. Le fait qu'à l'échelle du paysage, le niveau de fragmentation a le plus souvent un impact neutre et quelquefois un effet positif pour la biodiversité, y compris pour les espèces natives ou remarquables qui ont survécu à la perte d'habitat, est lui aussi un résultat important pour la conservation. Il montre que, contrairement à la perte d'habitats, la fragmentation, en soi, n'est pas nécessairement mauvaise pour la biodiversité.


Vue aérienne actuelle de la même portion du plateau de Kellerberrin (sud-ouest de l'Australie), paysage dans lequel le milieu naturel d'origine (vert foncé) a été réduit à l'état de fragments par le défrichement. Les symboles verts représentent les fragments mis en réserve naturelle.

Note:
Equipe française impliquée: équipe "Dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) des paysages et de la biodiversité" du Centre d'Écologie Fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le...) et Évolutive (CEFE - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE/IRD) de Montpellier.


Référence:
Fahrig L., Arroyo-Rodríguez V., Bennett J.R., Boucher-Lalonde V., Cazetta E., Currie D.J., Eigenbrod F., Ford A (La Ford A était un modèle du constructeur automobile Ford dont les premiers prototypes roulèrent en 1927.).T., Harrison S.P., Jaeger J.A.G., Koper N., Martin A.E., Martin J.L., Metzger J.P., Morrison P., Rhodes J.R., Saunders D.A., Simberloff D., Smith A.C., Tischendorf L., Vellend M., Watling J.I. 2019. Is habitat fragmentation bad for biodiversity? Biological Conservation 230: 179-186

Contact chercheur:
Jean-Louis MARTIN - Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE/IRD)
Page générée en 0.571 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique