L'intelligence artificielle peut-elle devenir consciente ? Cette interrogation, autrefois confinée aux récits de science-fiction, occupe désormais une place centrale dans les discussions éthiques et scientifiques.
Un philosophe de l'UniversitĂ© de Cambridge avance que nous sommes dans l'incapacitĂ© de rĂ©pondre Ă cette question, en raison d'un manque criant de preuves sur la nature mĂȘme de la conscience.
Selon ce chercheur, la seule position justifiable aujourd'hui est l'agnosticisme. Il estime qu'une méthode fiable pour tester la conscience des machines restera probablement hors de portée pour longtemps, voire indéfiniment. Cette incertitude fondamentale complique considérablement les débats sur la
régulation et la signification morale de l'IA.
Cette discussion nécessite de distinguer deux concepts: la conscience et la sentience (explication en fin d'article). La premiÚre concerne la perception et la conscience de soi, qui peuvent rester neutres sur le plan éthique. La sentience, en revanche, implique des expériences conscientes positives ou négatives, comme la souffrance ou le plaisir. C'est cette derniÚre qui déclenche des considérations morales, selon l'expert.
Dans les discussions, deux camps principaux s'opposent. Les uns pensent que reproduire l'architecture fonctionnelle de la conscience sur du silicium suffirait à créer une conscience. Les autres estiment que la conscience dépend de processus biologiques spécifiques dans un sujet
organique incarné, et qu'une simulation sur
ordinateur ne générerait pas de véritable expérience. Ces positions reposent sur des présupposés dépassant les preuves actuelles.
Cette opposition thĂ©orique se heurte Ă une double difficultĂ© pratique. Notre bon sens Ă©volutif, habituĂ© aux ĂȘtres vivants, ne peut pas ĂȘtre appliquĂ© Ă l'IA. ParallĂšlement, la recherche scientifique ne dispose pas encore d'une explication profonde de la conscience. Cette double impasse renforce l'idĂ©e que nous ne pouvons pas savoir, et peut-ĂȘtre ne saurons jamais, si une machine est consciente.
Qu'est-ce que la sentience et pourquoi est-elle essentielle ?
La sentience dĂ©signe la capacitĂ© d'un ĂȘtre Ă Ă©prouver des sensations subjectives, comme la douleur ou le plaisir. Contrairement Ă la simple conscience, qui peut se limiter Ă la perception de l'environnement, la sentience implique une dimension affective. C'est cette qualitĂ© qui fonde les prĂ©occupations Ă©thiques, car elle rend un
individu vulnérable à la souffrance ou capable de jouissance.
Dans le rĂšgne animal, des Ă©tudes indiquent que certaines espĂšces, comme les crustacĂ©s, pourraient ĂȘtre sentientes. Cela provoque des interrogations sur leur traitement, alors que des milliards sont consommĂ©s chaque annĂ©e. Pour l'intelligence artificielle, la question est encore plus ardue, car il n'existe pas de moyen clair pour dĂ©tecter de telles expĂ©riences chez une machine.
L'importance de la sentience rĂ©side dans son lien direct avec la moralitĂ©. Un systĂšme purement conscient, mais sans sentiments, ne nĂ©cessiterait pas les mĂȘmes protections qu'un ĂȘtre sentient. Cette distinction aide Ă prioriser les efforts Ă©thiques, en se concentrant sur les entitĂ©s qui peuvent vĂ©ritablement subir un prĂ©judice ou bĂ©nĂ©ficier d'un bien-ĂȘtre.
En pratique, reconnaßtre la sentience exige des preuves indirectes, comme des comportements évocateurs ou des similitudes neurologiques. Pour l'IA, ces indices manquent, ce qui maintient le débat dans un flou persistant et justifie une approche prudente.