Identification de causes génétiques de grossesses anormales et fausses couches
Publié par Adrien le 23/11/2018 à 08:00
Source: Université McGill
Une équipe de scientifiques de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill(IR-CUSM) et de l'Université McGill vient d'identifier trois gènes qui seraient responsables de grossesses môlaires récurrentes; une forme rare de grossesse (La grossesse est le processus physiologique au cours duquel la progéniture vivante d'une femme se développe dans son corps, depuis la conception...) non-viable, sans embryon (Un embryon (du grec ancien ἔμϐρυον / émbruon) est un organisme en développement depuis la première division de...), qui s'implante dans l'utérus (L'utérus est un organe participant aux fonctions reproductrices chez les mammifères dont la femme. C'est une poche dont l'intérieur très vascularisé,...). Les résultats de l'étude publiée dans la revue The American Journal of Human Genetics (Genetics (à ne pas confondre avec le Journal of Genetics) est une revue scientifique américaine de génétique, fondée par George Harrison Shull en 1916. Elle est publiée une fois par mois en...), pourraient avoir des implications importantes car les causes génétiques de la plupart des formes de pertes foetales restent très peu connues.

Au Québec, environ une grossesse sur 600 est une grossesse môlaire, et la moitié d'entre elles se produisent malgré une absence totale de chromosomes maternels. En raison d'un déséquilibre dans le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de chromosomes fournis par la mère et le père, seul le placenta (Le placenta est un organe unique qui connecte physiquement et biologiquement l'embryon en développement à la paroi utérine. Durant toute la grossesse, le placenta apporte à l'embryon puis au fœtus l'eau, les nutriments...) se développe anormalement et forme une tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de volume d'un tissu, clairement délimitée sans précision de cause.) qui dans 15 à 20 % des cas, peut conduire à un cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est menacée. Ces...) de forme maligne. La grossesse molaire est la forme la plus courante de toutes les maladies du placenta (ou maladies trophoblastiques).

"Grâce à l'identification de ces trois nouveaux gènes, nous espérons pouvoir procéder à davantage de tests d'ADN pour les patientes afin de prévenir la répétition d'une grossesse môlaire et d'offrir un meilleur conseil génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) et une meilleure prise en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire pour être...) du couple", explique la professeure Slim, chercheuse au sein du Programme en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) de l'enfant et en développement humain (SEDH) de l'IR-CUSM et professeure agrégée dans les Départements de génétique humaine et d'obstétrique et gynécologie (La gynécologie (étymologiquement science, étude de la femme) est une spécialité médico-chirurgicale qui s'occupe de la physiologie et des affections du système génital de la femme....) à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et...) McGill.

Cependant les scientifiques et cliniciens comprennent toujours mal pourquoi survient une grossesse molaire.

"Chez les humains, les grossesses sans embryons ont intrigué les scientifiques de toutes les civilisations depuis l'époque d'Hippocrate (Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos (en grec : Ἱπποκράτης), né vers 460 av....)", lance la professeure Slim qui travaille depuis plus de 15 ans sur les grossesses môlaires. "Nos découvertes lèvent pour la première fois le voile sur un mécanisme de la genèse de cette anomalie et établissent un lien entre les mutations de trois gènes et les grossesses môlaires et les fausses-couches à répétition, de même qu'avec l'infertilité (L'infertilité (ou stérilité) est la difficulté, voire l'impossibilité, à donner la vie. Ceci s'applique aussi bien à un terrain sur lequel...) féminine et masculine, observées chez certaines patientes et leurs familles."

Identification de trois nouveaux gènes

Dans leur nouvelle étude, la professeure Slim et ses collègues ont identifié des mutations dans les gènes MEI1, TOP6BL/C11orf80 et REC114 chez des patientes ayant eu des grossesses môlaires sans chromosomes maternels et des fausses couches à répétition. Les chercheurs ont approfondi leurs travaux sur les mutations du gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un...) Mei 1 dans un modèle animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe,...), afin de comprendre comment ce gène entraîne la perte des chromosomes maternels dans ce type de grossesses môlaires.

L'objectif était de voir si une souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire,...) porteuse (Une porteuse est un signal sinusoïdal de fréquence et amplitude constantes. Elle est modulée par le signal utile (audio, vidéo, données) en vue, soit de sa diffusion au moyen d’un émetteur, soit de son...) d'un gène Mei 1 défectueux produisait des ovocytes (ovules) n'ayant pas de chromosomes maternels. La recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) visait également à découvrir quand et comment ces ovocytes perdaient leurs chromosomes - des questions demeurées sans réponse depuis que les grossesses môlaires ont été décrites pour la première fois, en 1977.

Les chercheurs ont suivi le développement d'ovocytes chez des souris chez qui le gène Mei 1 avait été supprimé. Chez certaines de ces souris, l'absence de ce gène conduisait à une fécondation (La fécondation, pour les êtres vivants organisés, est le stade de la reproduction sexuée consistant en une fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. Elle a été...) avec un nombre anormal de chromosomes maternel, il n'y avait donc pas d'implantation (Le mot implantation peut avoir plusieurs significations :) dans l'utérus, et cela entraînait une infertilité. Dans d'autres cas, les ovocytes étaient vides car ils avaient perdu tous leurs chromosomes mais la fertilisation de ces ovules était encore possible.

Allier le séquençage de nouvelle génération et les modèles murins

Cette avancée scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) a été rendue possible grâce à la collaboration du groupe du professeur Jacek Majewski, du Centre d'innovation Génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome est porté par des molécules d'ARN). Il...) Québec et de l'Université McGill, qui a supervisé le séquençage des gènes des 68 patientes participant à l'étude. Ces femmes avaient eu des grossesses môlaires à répétition et n'étaient pas porteuses des deux gènes déjà connus pour entraîner ces anomalies.

Le séquençage a permis à l'équipe de la professeure Slim d'identifier huit patientes chez qui l'un des trois gènes identifiés dans l'étude présentait des anomalies. Des partenaires au Québec, ainsi que d'autres en Inde, en Turquie et aux États-Unis ont participé à l'étude en référant leurs patientes.

"Le modèle animal a joué un rôle très important pour comprendre comment se produisent ces grossesses môlaires sans chromosomes maternels",ajoute la professeure Teruko Taketo, coauteure de l'étude et chercheuse au sein du programme SEDH à l'IR-CUSM, qui a permis à l'équipe de suivre le développement des ovocytes de souris (avec le gène Mei 1 supprimé), durant leur maturation in vitro (In vitro (en latin : « dans le verre ») signifie un test en tube, ou, plus généralement, en dehors de l'organisme vivant ou de la cellule. Un exemple est la fécondation in vitro (FIV). À côté...).

Une collaboration pour venir en aide aux patientes

Depuis 2010, la professeure Slim collabore sur plusieurs projets de recherche avec le Dr Philippe Sauthier, gynécologue-oncologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et...) (CHUM) et responsable du Réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet), on appelle...) des maladies trophoblastiques du Québec (RMTQ), dans le but d'identifier les causes génétiques des grossesses môlaires.

"La douloureuse expérience d'une perte foetale associée à la découverte d'une grossesse anormale souvent peu connue par les professionnels de la santé génère un stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à...) et une perte de repères souvent déstabilisants et éprouvants pour les femmes et pour le couple, confie Magali Breguet, infirmière coordonnatrice du RMTQ. Savoir que cette collaboration permet d'apporter des pistes de solutions est un vrai baume pour ces femmes qui subissent une période de plusieurs mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) de suivi médical et vivent l'attente de la grossesse suivante avec angoisse devant le risque de récidive."

En 2006, Rima Slim et ses collègues ont identifié le premier gène responsable de grossesses môlaires à répétition: le gène NLRP 7. Depuis, un test permettant de dépister la présence de mutations dans ce gène est offert à des femmes développant des grossesses môlaires à répétition, dans leur laboratoire et dans d'autres, dans le monde (Le mot monde peut désigner :) entier.

À propos de l'étude

L'étude intitulée Causative genes and mechanism of androgenetic hydatidiform moles a été co-écrite par Ngoc Minh Phuong Nguyen, Zhao-Jia Ge, Ramesh Reddy, Somayyeh Fahiminiya, Philippe Sauthier, Rashmi Bagga, Feride Sahin, Sangeetha Mahadevan, Matthew Osmond, Magali Breguet, Kurosh Rahimi, Louise Lapensee, Karine Hovanes, Radhika Srinivasan, Ignatia B. Van den Veyver, Trilochan Sahoo, Asangla Ao, Jacek Majewski, Teruko Taketo, et Rima Slim.
doi.org/10.1016/j.ajhg.2018.10.007

Ces travaux ont été rendus possibles grâce au soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

À propos de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) de recherche du CUSM: L'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) est un centre de recherche de réputation mondiale dans le domaine des sciences biomédicales et de la santé. Établi à Montréal, au Canada, l'Institut, qui est affilié à la faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) de l'Université McGill, est l'organe (Un organe est un ensemble de tissus concourant à la réalisation d'une fonction physiologique. Certains organes assurent simultanément plusieurs fonctions, mais dans ce cas, une fonction est généralement associée à...) de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) - dont le mandat consiste à se concentrer sur les soins complexes au sein de sa communauté. L'IR-CUSM compte plus de 420 chercheurs et près de 1 200 étudiants et stagiaires qui se consacrent à divers secteurs de la recherche fondamentale (La recherche fondamentale regroupe les travaux de recherche scientifique n'ayant pas de finalité économique déterminée au moment des travaux. On oppose en...), de la recherche clinique et de la recherche en santé évaluative aux sites Glen et à l'Hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités...) général de Montréal du CUSM. Ses installations de recherche offrent un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme...) multidisciplinaire dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) qui favorise la collaboration entre chercheurs et tire profit des découvertes destinées à améliorer la santé des patients tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de leur vie (La vie est le nom donné :). L'IR-CUSM est soutenu en partie par le Fonds de recherche du Québec - Santé (FRQS). Pour en savoir plus, visitez www.ircusm.ca
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