Une étude dirigée par une professeur de géographie de McGill au Canada montre que l'écart entre riches et pauvres en matière de santé s'établit tôt et perdure toute la vie.
"Personne ne peut échapper au vieillissement, affirme Nancy Ross, professeur de géographie à McGill. À mesure que nous avançons en âge, nous éprouvons des problèmes de vision, une perte d'ouïe ou de mobilité - le vieillissement agit en quelque sorte comme un égalisateur social."
Nancy Ross est l'auteur principale d'une nouvelle étude portant sur l'influence, chez les canadiens, et ce, tout au long de leur vie, des conditions socioéconomiques et de l'instruction sur la qualité de vie liée à la santé. "Ma recherche examine comment la pauvreté et le désavantage social influent sur l'état de santé d'une personne. Dans nos travaux, nous avons étudié, sous l'angle des conditions sociales, l'évolution de la qualité de vie des gens, à mesure qu'ils vieillissent", précise-t-elle.
La bonne nouvelle, selon Mme Ross, c'est que rien n'indique une accélération du processus de vieillissement chez les personnes dont le niveau de vie se situe au bas de l'échelle sociale. "Les trajectoires du déclin de la santé chez la personne vieillissante sont assez semblables dans toutes les sphères sociales. Cela m'a étonnée. Je m'attendais à ce qu'il y ait des différences plus marquées entre les groupes sociaux", ajoute-t-elle.
La mauvaise nouvelle, c'est que les canadiens moins instruits et disposant d'un revenu plus faible sont au départ en moins bonne santé que leurs compatriotes plus riches et plus instruits, et que cette tendance se maintient pendant toute leur vie. "Nous avons découvert que plus les personnes sont instruites et disposent d'un revenu élevé, plus elles jouissent d'une qualité de vie supérieure sur le plan de la santé, et ce, toute leur vie durant. Nous avons par ailleurs constaté que cette corrélation en matière de santé se maintient au fil du temps."
"Le message qui se dégage est le suivant: si une personne démarre dans la vie dans de moins bonnes conditions de santé et avec une faible instruction, il lui sera impossible de combler l'écart plus tard, indique Mme Ross. Les canadiens plus pauvres ont une moins bonne santé et une espérance de vie plus courte que leurs compatriotes mieux nantis. Par ailleurs, dès qu'elle a atteint 20 ans, la tendance d'évolution de la qualité de vie sur le plan de la santé pendant le vieillissement d'une personne est déjà établie.
"On peut présumer que le programme universel d'assurance maladie et d'autres mesures sociales destinées aux adultes et aux personnes âgées ont contribué à prévenir un déclin accéléré de la qualité de vie quant à la santé chez les canadiens plus pauvres et moins instruits. Cela dit, il faudrait mener des recherches comparatives dans d'autres pays pour vérifier cette hypothèse. La présente étude met cependant en lumière la nécessité d'établir des politiques visant à donner aux enfants et aux adolescents la chance de niveler les inégalités socioéconomiques qui nuiront à leur santé lorsqu'ils vieilliront", conclut la chercheuse.
Au cours de l'étude, on a analysé des données recueillies auprès de 17 000 canadiens interrogés à sept reprises à propos de leur santé sur une période de 16 ans entre les années 1994-1995 et 2006-2007, dans le cadre de l'Enquête nationale sur la santé de la population.
La recherche a été financée par l'Institut national sur le vieillissement, les Instituts nationaux de santé et l'Institut national sur le diabète et les maladies digestives et rénales des États-Unis ainsi que par le Fonds de la recherche en santé du Québec.