Des mosaïques de cultures plus complexes pour une plus grande biodiversité dans les paysages agricoles
Publié par Isabelle le 09/08/2019 à 14:00
Source: INRA
Des chercheurs de l'Inra et du CNRS(1), en collaboration avec des équipes allemandes, espagnoles, anglaises et canadiennes, ont examiné l'effet de la taille des parcelles et de la diversité des cultures sur la biodiversité des paysages agricoles. Publiés dans PNAS, leurs travaux montrent qu'augmenter la complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par exemple par Anthony Wilden ou Edgar Morin), en physique, en biologie (par exemple par Henri Atlan), en sociologie,...) de la mosaïque des cultures offre un levier d'action considérable (et largement sous-exploité) pour conserver et restaurer la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces, des populations et celle des gènes dans l'espace et dans...) des paysages agricoles tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en maintenant les surfaces de production agricole.


Mosaïque de cultures complexe, avec de petites parcelles et des cultures diversifiées
© Jordi Recasens

L'intensification de l'agriculture et la destruction des milieux semi-naturels (bosquets, haies, bandes enherbées) est une des principales causes de la perte de biodiversité actuelle. Tandis que reconvertir des terres cultivées en milieux semi-naturels reste souvent difficile dans de nombreux territoires, augmenter la complexité de la mosaïque des cultures, en diminuant la taille des parcelles et/ou en augmentant la diversité des cultures, a récemment été suggéré comme une alternative pour favoriser la biodiversité des paysages agricoles tout en maintenant les surfaces de production agricole.

C'est l'hypothèse qui vient d'être testée à travers une vaste étude(2) impliquant 30 laboratoires de 8 pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la...) et englobant 8 régions d'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire...) et du Canada. Cette étude est basée sur des observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré...) recueillies dans 1305 parcelles cultivées, situées dans 435 paysages agricoles de 1 km² dont la taille moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils...) des parcelles, la diversité des cultures et la proportion de milieux semi-naturels variaient de façon indépendante. Les chercheurs ont identifié plus de 167 000 individus de 2795 espèces appartenant à 7 groupes taxonomiques (oiseaux, papillons, abeilles, syrphes, araignées, carabes et plantes). Ils ont ensuite calculé un indice synthétique regroupant les informations sur ces 7 groupes taxonomiques afin d'estimer la biodiversité de chacun des 435 paysages étudiés.

Les chercheurs ont ainsi montré, pour la première fois à une telle échelle géographique, qu'augmenter la complexité de la mosaïque des cultures est aussi bénéfique pour la biodiversité qu'augmenter la proportion de milieux semi-naturels. Par exemple, une diminution de la taille moyenne des parcelles de 5 à 2,8 hectares génère une augmentation de la biodiversité comparable à celle observée lorsque la proportion de milieux semi-naturels augmente de 0,5 à 11 %. Cette étude montre également que les petites parcelles ont un effet positif sur la biodiversité y compris en l'absence de végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On...) semi-naturelle entre les parcelles (haies, bandes enherbées). La diversité des cultures a un effet positif sur la biodiversité parce que différents types de cultures hébergent souvent différentes espèces, mais aussi parce que différentes cultures fournissent des ressources complémentaires et nécessaires au maintien de certaines espèces dans les paysages agricoles. La diversification des cultures est surtout bénéfique dans les paysages agricoles contenant une proportion de milieux semi-naturels supérieure à 11 %, qui représentent la moitié des paysages agricoles échantillonnés dans cette étude.

Ces résultats révèlent que les paysages agricoles ayant des parcelles plus petites et des cultures plus diversifiées hébergent une biodiversité plus élevée. Augmenter la complexité des cultures représente donc un levier d'action méconnu et pourtant considérable pour conserver et restaurer la biodiversité des paysages agricoles. Des politiques agri-environnementales favorisant une réduction de la taille moyenne des parcelles cultivées et, dans certaines conditions(3), des cultures plus diverses, permettrait de conjuguer maintien d'une biodiversité élevée et maintien des surfaces de production agricole. Ces résultats contribuent à alimenter les débats en cours dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne (voir encadré ci-dessous).

Notes:
(1). Du Centre d'écologie fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été...) et évolutive (CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE/IRD), du Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/Université de La Rochelle) et du laboratoire Écosystèmes, biodiversité, évolution (CNRS/Université Rennes 1).
(2). Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de...) FarmLand financé par le programme Biodiversa (http://www.farmland-biodiversity.org)
(3). Lorsque la proportion de milieux semi-naturels est supérieure à 11% ou lorsque les cultures additionnelles sont associées à des pratiques relativement peu intensive
s.

Référence:
Increasing crop heterogeneity enhances multitrophic diversity across agricultural regions, Sirami C. & al. Proceedings of the National Academy of Sciences. 29 juillet 2019. https://doi.org/10.1073/pnas.1906419116

Contact(s) scientifique(s):
- Clélia Sirami - Unité Dynamiques et écologie des paysages agriforestiers (Inra, INP-ENSAT, INP-PURPAN)
- Nicolas Gross - Unité mixte de Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) sur l'Ecosystème Prairial (Inra, VetAgro Sup)

Contact(s) presse :
Inra service de presse

Département(s) associé(s):
Sciences pour l'action et le développement, Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques

Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse, Auvergne - Rhône-Alpes
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