🧠 Une nouvelle théorie pour expliquer la conscience

Publié par Adrien,
Source: Neuroscience & Biobehavioral Reviews
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Et si notre compréhension de la conscience passait à côté de l'essentiel en cherchant à la comparer à un logiciel ?

La réflexion sur les origines de la pensée oppose depuis longtemps deux écoles. D'un côté, le fonctionnalisme computationnel envisage l'esprit comme une forme de traitement de l'information, indépendante de son substrat physique. De l'autre, le naturalisme biologique considère que la conscience est indissociable de la matière vivante du cerveau.


Image d'illustration Pixabay

Il existe pourtant une voie médiane, qualifiée de 'computationalisme biologique', expliquée dans une publication dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews. L'idée principale repose sur l'inadéquation du modèle classique du calcul informatique pour décrire les opérations cérébrales. Contrairement aux machines conventionnelles qui séparent nettement le logiciel du matériel, cette distinction s'estompe dans l'organe cérébral. Plutôt que de plaquer une analogie informatique, il semble indispensable d'élargir notre conception de ce que constitue une opération de calcul pour comprendre comment l'esprit pourrait émerger d'autres substrats.

Le calcul biologique possède trois traits fondamentaux. Il est d'abord hybride, mélangeant des événements discrets, comme la décharge des neurones, et des processus continus, tels que les champs électriques ou les gradients chimiques. Le cerveau n'est ni purement numérique ni simplement analogique. Il forme un système où les dynamiques continues influencent les événements discrets, lesquels modifient à leur tour les processus continus par rétroaction, créant une boucle permanente d'interactions.

En outre, ce calcul est inséparable des échelles. Dans un ordinateur classique, on peut tracer une frontière nette entre le logiciel et le matériel. Dans le cerveau, cette frontière n'existe pas. Les interactions causales s'étendent simultanément sur de nombreux niveaux, des canaux ioniques aux circuits neuronaux, jusqu'aux dynamiques cérébrales globales. Modifier ce qu'on appellerait l'implémentation physique altère directement le calcul lui-même, car les deux sont étroitement entrelacés.


Dans le calcul conventionnel, on peut tracer une ligne nette entre logiciel et matériel. Dans le cerveau, il n'y a pas une telle séparation des différentes échelles. Tout influence tout, des canaux ioniques aux champs électriques, des circuits aux dynamiques cérébrales globales.
Crédit: Borjan Milinkovic

Pour terminer, le calcul biologique est ancré dans le métabolisme. Le cerveau fonctionne sous des limites énergétiques strictes qui influencent son organisation à tous les niveaux. Ces contraintes ne sont pas un simple détail technique. Elles affectent ce que le cerveau peut représenter, comment il apprend, quels schémas restent stables, et comment l'information est coordonnée et acheminée. Le couplage étroit entre les échelles apparaît ainsi comme une stratégie d'optimisation énergétique, permettant une intelligence flexible et robuste malgré ces limites sévères.

Cette perspective montre les limites des modèles actuels d'intelligence artificielle. Même les systèmes d'IA les plus performants simulent principalement des fonctions par des procédures numériques sur du matériel conçu pour un style de traitement très différent. Dans le cerveau, le calcul s'effectue dans le temps physique réel. Les champs continus, les flux d'ions, l'intégration dendritique ou les interactions électromagnétiques ne sont pas de simples détails biologiques qu'on peut ignorer. Selon cette approche, ces processus sont les éléments de base du calcul cérébral, permettant l'intégration en temps réel, la robustesse et le contrôle adaptatif.

Cette proposition ne défend pas l'idée que la conscience soit réservée à la vie carbonée. L'argument est plus nuancé. Si la conscience dépend de ce type particulier de calcul, alors elle pourrait nécessiter une organisation computationnelle de style biologique, même si elle est implémentée dans de nouveaux supports. La question n'est pas de savoir si un système est littéralement biologique, mais s'il réalise le bon type de calcul hybride, inséparable des échelles et ancré dans des contraintes énergétiques. Cela redéfinit l'objectif de création d'esprits synthétiques, en orientant la recherche vers la conception de machines physiques où le calcul est intrinsèque à la dynamique du système, et non une couche abstraite ajoutée par-dessus.
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