Voici un paradoxe étonnant: tandis que la surface de la Terre se réchauffe, la haute atmosphère, elle, se refroidit depuis des décennies. Ce phénomène, pourtant l'un des signes les plus nets du changement climatique, était connu mais jusqu'ici mal compris. Aujourd'hui, des chercheurs de l'université Columbia ont identifié le principal mécanisme derrière ce refroidissement stratosphérique.
Contrairement à ce qui se passe près du sol, où le dioxyde de carbone (CO2) agit comme une couverture qui emprisonne la chaleur, dans la stratosphère (entre 11 et 50 km d'altitude), il se comporte comme un système de refroidissement. Les molécules de CO2 absorbent l'énergieinfrarouge montant de la Terre et la réémettent en grande partie vers l'espace. Avec l'augmentation du CO2, la stratosphère devient plus efficace pour évacuer la chaleur, ce qui fait baisser sa température.
Vue de la Terre depuis la Station spatiale internationale lors de l'expédition 66. Crédit: NASA
Cette découverte, publiée dans Nature Geoscience, repose sur des modèles mathématiques affinés. Les chercheurs ont identifié une zone particulière de longueurs d'onde infrarouges, qu'ils nomment "zone Boucle d'or", où l'interaction avec le CO2 est la plus efficace pour refroidir l'atmosphère. À mesure que les niveaux de CO2 augmentent, cette zone s'étend, renforçant le refroidissement. Les effets de l'ozone et de la vapeur d'eau sont négligeables en comparaison.
L'étude montre aussi que le refroidissement s'intensifie avec l'altitude: il est faible en bas de la stratosphère mais atteint environ 8 degrés Celsius de baisse à la stratopause (la limite supérieure) pour chaque doublement de la concentration de CO2. Ce refroidissement a un effet de rétroaction inattendu: en permettant à la stratosphère de rayonner plus de chaleur, il aggrave aussi le réchauffement en surface. Depuis les années 1980, la stratosphère s'est ainsi refroidie d'environ 2 degrés Celsius, soit plus de dix fois ce qui se produirait sans les émissions humaines.
Selon les auteurs, ces travaux ne visent pas à prouver le réchauffement climatique, déjà bien établi. Ils offrent plutôt une compréhension fine d'un processus atmosphérique majeur. Les équations développées pourraient aussi servir à étudier les stratosphères d'autres planètes ou d'exoplanètes.