La paramyotonie congénitale - Une mutation dans l'engrenage

Publié par Isabelle le 11/02/2012 à 12:00
Source: Jean Hamann - Université Laval

Mohamed Chahine, chercheur à la Faculté de médecine: "La paramyotonie congénitale fait partie des maladies orphelines. Peu de personnes en souffrent et il n'y a pas de regroupement de malades ni de fondation pour sensibiliser la population et appuyer la recherche."
Photo: Marc Robitaille
Des chercheurs démontrent comment une mutation causant une maladie génétique (Les maladies génétiques sont des maladies dues à une ou plusieurs anomalies sur un ou plusieurs chromosomes qui sont transmises à la descendance et qui entrainent un défaut de fonctionnement de cellules...) rare enraye la mécanique (Dans le langage courant, la mécanique est le domaine des machines, moteurs, véhicules, organes (engrenages, poulies, courroies, vilebrequins, arbres de transmission, pistons, ...), bref, de tout ce qui produit ou transmet un mouvement,...) neuromusculaire.

Imaginez une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) qui cause des crampes aux muscles du visage et des mains à un point (Graphie) tel qu'il est temporairement impossible d'ouvrir les paupières après les avoir fermées ou de relâcher la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe destiné à saisir et manipuler des objets....) d'une autre personne après l'avoir serrée. Imaginez que cette excitabilité musculaire est exacerbée par l'activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison, jardinage, commissions, travail, marche usage des escaliers déplacements transports, l'activité physique de loisirs, et la...) ou par le froid (Le froid est la sensation contraire du chaud, associé aux températures basses.). Enfin, imaginez que vous vivez dans un pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus souvent...) où le mercure plonge sous zéro (Le chiffre zéro (de l’italien zero, dérivé de l’arabe sifr, d’abord transcrit zefiro en italien) est un symbole marquant une position vide dans l’écriture des nombres...) la moitié de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.). Voilà ce que vivent les Québécois atteints de paramyotonie congénitale, une maladie neuromusculaire rare sur laquelle on sait encore peu de choses. "Elle fait partie des maladies orphelines, dit le professeur Mohamed Chahine, de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) de l'Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue ainsi le plus ancien établissement d’enseignement...). Peu de personnes en souffrent et il n'y a pas de regroupement de malades ni de fondation pour sensibiliser la population et appuyer la recherche."

La paramyotonie congénitale apparaît dès l'enfance. Elle n'a pas d'incidence sur la longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence de...), mais les personnes qui en souffrent doivent composer avec les sérieux désagréments qu'elle entraîne sur le plan personnel et professionnel. Elle a été décrite pour la première fois en 1886, mais il a fallu attendre un siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une...) avant qu'on découvre le gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide ribonucléique (ARN) fonctionnel. On peut également...) défectueux (SCN4A) qui la cause. Depuis, les recherches ont établi qu'il existe plusieurs mutations de ce gène qui provoquent la maladie. "On ne connaît pas la prévalence de cette maladie dans le monde (Le mot monde peut désigner :), souligne Jack Puymirat, spécialiste des myotonies. Au Québec, nous avons trouvé des cas dans 45 familles élargies, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus. Comme la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) des symptômes est très variable (En mathématiques et en logique, une variable est représentée par un symbole. Elle est utilisée pour marquer un rôle dans une formule,...), certains porteurs de la maladie ne vont jamais consulter de médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses patients. Son métier est intimement...) à ce propos."

En 2007, une équipe de chercheurs québécois, dont faisait partie Jack Puymirat, Nicolas Dupré et Nicolas Chrestian, de la Faculté de médecine, annonçait la découverte d'une nouvelle mutation (M1476I) responsable de deux tiers des cas de paramyotonie dans les familles de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. "Il s'agit d'une mutation fondatrice, c'est-à-dire qu'elle a été apportée par les premières personnes qui ont colonisé la région", précise le professeur Puymirat. La semaine dernière, le professeur Chahine et Juan Zhao (Institut universitaire en santé mentale (La santé mentale est un terme relativement récent et polysémique. Habituellement elle est vue comme l'« aptitude du psychisme à fonctionner de façon...) de Québec), Jack Puymirat (CHUQ) et Nicolas Dupré (CHA) écrivaient un nouveau chapitre sur la paramyotonie en publiant, dans The Journal of Physiology, un article qui expliquait comment cette mutation enraye la mécanique neuromusculaire.

La contraction normale d'un muscle (Les muscles sont une forme contractile des tissus des animaux. Ils forment l'un des quatre types majeurs de tissus, les autres étant le tissu épithélial, le tissu conjonctif, le tissu nerveux....) dépend de la circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) d'ions entre l'intérieur et l'extérieur des cellules musculaires. Cette circulation est contrôlée par l'ouverture et la fermeture (Le terme fermeture renvoie à :) de canaux ioniques, dans lesquelles intervient le gène SCN4A. "Chez les personnes qui ont la mutation M1476I, les canaux qui assurent le passage des ions sodium (Le sodium est un élément chimique, de symbole Na et de numéro atomique 11. C'est un métal mou et argenté, qui appartient aux métaux alcalins. On ne le trouve pas à l'état de corps pur dans...) sont défectueux. La fermeture du canal est incomplète de sorte que la cellule demeure excitée plus longtemps qu'elle le devrait, explique le professeur Chahine. Les muscles se décontractent mal et la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le qualifier...) empire lorsqu'il y a répétition d'un mouvement ou exposition au froid."

Le médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrée en vue d'établir un...) le plus souvent prescrit pour traiter les personnes atteintes de paramyotonie (mexiletine) est efficace pour les porteurs de la mutation M1476I. Ce médicament, également utilisé contre l'arythmie cardiaque, bloque les canaux sodiques, stoppant ainsi le courant produit par la circulation des ions sodium. Son efficacité dans le traitement de la paramyotonie viendrait du fait qu'il a 20 fois plus d'affinité pour les canaux sodiques ouverts que pour les canaux fermés.

Grâce à la découverte de la mutation M1476I, il est maintenant possible d'établir un diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers, séparation, distinction“ et γν?ση, gnósi,...) génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) - et d'écarter ainsi d'autres maladies produisant des symptômes similaires - à un prix raisonnable, souligne le professeur Puymirat. "Le gène SCN4A est très long et le séquençage (En biochimie, le séquençage consiste à déterminer l'ordre linéaire des composants d'une macromolécule (les acides aminés d'une...) coûtait près de 4000 $. Maintenant que l'on sait ce qu'on cherche, on peut obtenir un diagnostic pour 150 $."
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