La psychothérapie est plus profitable que les somnifères
Publié par Adrien le 18/02/2014 à 12:00
Source: Université de Montréal

L'insomnie frappe à tout âge, mais elle touche particulièrement les personnes âgées. Et la prise de somnifères n'est pas la solution. (Photo: iStockphoto)
Le gouvernement gagnerait à rembourser les aînés qui suivent une psychothérapie de type cognitivo-comportemental pour traiter leur insomnie (L'insomnie est un terme créé au XVIe siècle sur la base du latin insomnia (du latin somniculus, « état de celui qui dort ») et signifie stricto sensu la privation de...), plutôt que de payer leurs somnifères.

C'est la conclusion à laquelle est parvenu Dharmender Singh dans ses travaux de maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond à...) effectués à la Faculté de pharmacie (La pharmacie (du grec φάρμακον/pharmakôn signifiant drogue, venin ou poison) est la science s'intéressant à la conception,...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du...) sous la direction de la Dre Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) et vieillissement (La notion de vieillissement décrit une ou plusieurs modifications fonctionnelles diminuant progressivement l'aptitude d'un objet, d'une information ou d'un organisme à assurer ses fonctions.).

Dans son mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.), M. Singh compare l'effet économique global du recours à la classe de médicaments la plus prescrite chez les aînés souffrant d'insomnie, les benzodiazépines, avec celui de la thérapie (Une thérapie est un ensemble de mesures appliquées par un thérapeute à une personne souffrant d'un problème de santé, dans le...) cognitivo-comportementale (TCC).

Deux approches à l'efficacité similaire

La classe de somnifères et la psychothérapie analysées par M. Singh sont d'une efficacité similaire pour traiter l'insomnie, selon la littérature scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) qu'il a consultée.

En effet, des études indiquent que les benzodiazépines augmentent jusqu'à une heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il...), en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous identiques sans...), la durée du sommeil (Le sommeil est un état naturel récurrent de perte de conscience (mais sans perte de la réception sensitive) du monde extérieur, accompagnée d'une diminution...) chez les aînés. De même, ils réduisent d'environ 15 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au crayon, levée sur le terrain. ...) la période d'endormissement lorsqu'ils se mettent au lit.

La TCC a eu des résultats analogues dans d'autres études. Plus encore, celles-ci ont mis en lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La...) que les bienfaits de cette psychothérapie sur le sommeil sont observables de six mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) à deux ans après le début de la thérapie.

Effets indésirables des somnifères

Si la TCC n'a entraîné aucun effet indésirable notable chez les participants aux études, il en va tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) autrement des benzodiazépines.

En effet, l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) de ces somnifères est associé à différentes conséquences psychologiques et physiques tels la dépendance et le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la norme...) du sevrage (lorsqu'on cesse la médication), la diminution des fonctions cognitives, l'augmentation du risque d'accidents de la route et, surtout, les chutes découlant de l'endormissement et les fractures liées à ces chutes.

À cet égard, dans la population en général, le taux de blessures résultant d'une chute est neuf fois plus haut parmi les 65 ans et plus que chez ceux qui sont moins âgés.

Or, chez les aînés qui prennent des benzodiazépines pour traiter l'insomnie chronique, le risque de chute est 57 % plus élevé que parmi ceux qui n'y ont pas recours. Et, d'après une méta-analyse citée par Dharmender Singh, le risque de fracture (En traumatologie, le terme de fracture désigne par définition une solution de continuité osseuse ("rupture" des os).) est 34 % plus grand chez les aînés qui consomment des benzodiazépines, comparativement à ceux qui n'en prennent pas.

Des économies avec la psychothérapie

Selon M. Singh, lorsque les coûts associés à l'accroissement du risque de chute avec les benzodiazépines ne sont pas pris en compte, le traitement par ces médicaments revient annuellement à 231 $, contre 335 $ pour une psychothérapie. Une différence de 30 % en faveur des somnifères.

Toutefois, les consommateurs de benzodiazépines ont plus tendance à chuter que ceux qui n'en prennent pas et les coûts liés aux chutes, aux fractures et aux hospitalisations qui s'ensuivent ne sont pas négligeables. Ainsi, en tenant compte de ces coûts, la prise de benzodiazépines s'élève à 1357 $ par année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) en moyenne pour chaque usager, tandis que la TCC requiert une dépense de 1180 $ chez ceux qui la suivent. Il en résulte une économie de 177 $ par année par personne - sans égard aux autres effets indésirables que peut provoquer la prise de somnifères.

Considérant le vieillissement de la population, l'auteur a évalué que la hausse annuelle de l'incidence de l'insomnie chronique est de 7,4 % par année au Canada, de 2012 à 2016 inclusivement. " Si l'on avait remplacé graduellement le recours aux somnifères par une psychothérapie, on aurait obtenu une économie de 713 M$ à l'échelle du pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus souvent sous forme...) au cours de ces cinq années de référence ", illustre-t-il.

Selon lui, dans une population âgée à risque de chuter, le recours à une thérapie cognitivo-comportementale s'avère presque toujours supérieur à la prise d'un somnifère d'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) du rapport coût-efficacité.

Mais, au-delà du coût, les blessures causées par les chutes entraînent surtout une baisse significative de la qualité de vie (La qualité de vie d’une population est un enjeu majeur en sciences économiques et en science politique. On utilise les notions proches d’utilité et de bien-être. Elle est mesurée par de nombreux indicateurs...) de ceux qui en sont victimes.

" C'est pourquoi nous croyons que le remboursement d'une thérapie cognitivo-comportementale pour traiter l'insomnie est autant, sinon plus important pour les aînés à risque de déclin fonctionnel plus tard dans leur vie ", conclut Dharmender Singh.
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