Aînés et somnifères: des patients informés font des choix sensés
Publié par Isabelle le 22/04/2014 à 00:00
Source: Université de Montréal

(image: iStock)
Au Québec, quelque 30 % des femmes âgées sont accrocs aux somnifères, un enjeu de santé publique de taille. " Bien des gens croient que les patients ne sont pas capables de prendre des décisions pour réduire leur propre prise de médicaments, " explique la Dre Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) et vieillissement (La notion de vieillissement décrit une ou plusieurs modifications fonctionnelles diminuant progressivement l'aptitude d'un objet, d'une information ou d'un organisme à assurer ses fonctions.), et gériatre à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) universitaire de gériatrie de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires internationales....), affilié à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Montréal. " Et pourtant, c'est le contraire : nous avons des preuves que ce sont les patients les mieux informés qui font les meilleurs choix. "

L'étude de la Dre Tannenbaum, publiée dans JAMA Internal Medicine, regroupait 303 utilisateurs chroniques de somnifères âgés de 65 à 95 ans choisis au hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause à effet d'un événement.). Les participants ont été recrutés dans des pharmacies de la région de Québec. En moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous identiques sans...), les participants utilisaient des somnifères depuis 10 ans et prenaient environ 10 médicaments différents par jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à...). Ils ont accepté de participer à une intervention de responsabilisation visant la cessation de la médication. Les participants ont reçu un document (Dans son acception courante un document est généralement défini comme le support physique d'une information.) de sept pages décrivant les risques des somnifères et ont été invités à discuter avec leur médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies,...) ou leur pharmacien (Le pharmacien est en France un professionnel de la santé, successeur de l'apothicaire et titulaire du diplôme de docteur en pharmacie, après soutenance d'une thèse...) d'un protocole de cessation graduelle de la prise de somnifères.


Cara Tannenbaum
Parmi les personnes âgées visées par l'intervention, 62 % ont eu une discussion avec leur intervenant en soins de santé (Les soins de santé relèvent des sciences appliquées. Ils se centrent sur la santé de l'Homme ou de l'animal. Ils impliquent non seulement la recherche, l'étude et la...) sur la réduction de leur consommation de somnifères. Six mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) plus tard, 27 % avaient réussi à se défaire de leur dépendance, et 11 % étaient en processus de sevrage. " Ces résultats sont extraordinaires, affirme la Dre Tannenbaum. Un grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'aînés vivent une dépendance aux somnifères qui peut durer des années. Le simple fait de leur fournir les dernières informations scientifiques leur a donné le pouvoir de se réapproprier leur sécurité au regard de ce médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrée en vue d'établir un diagnostic. Un médicament est...). Ils en ont discuté avec leur intervenant en soins de santé et enclenché le processus de réduction des ordonnances. Le fait de prendre un médicament depuis longtemps ne signifie pas qu'on doit le prendre pour le reste de ses jours. " L'étude conclut que l'on ne fait pas suffisamment confiance en la capacité des aînés à participer activement et avec compétence aux décisions concernant leurs soins de santé et leur médication.

Les travaux de la Dre Tannenbaum constituent un plan d'action concret pour mettre en oeuvre la recommandation (Les industries ne fonctionnent pas correctement sans normes garantissant l'interopérabilité, des organismes crées pour, promulguent des recommandations, qui si elles sont...) formulée dans les critères de Beers 2012 de l'American Geriatrics Society selon laquelle les somnifères - et 53 autres médications - devraient être évités chez les personnes âgées. " Fait intéressant, les femmes sont plus enclines à prendre des somnifères que les hommes, précise la Dre Tannenbaum. L'efficacité de l'intervention de responsabilisation a été la même pour les deux sexes. L'an dernier, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux a réduit de moitié la dose recommandée d'un somnifère, le zolpidem, pour les femmes. On constate de plus en plus que l'action de certains médicaments est plus puissante chez les femmes, en raison de leur taille plus petite et de leur morphologie. Il faut poursuivre les recherches pour s'assurer que les femmes soient informées de ces risques d'une manière efficace, opportune et valide scientifiquement. " Il est possible de consulter l'intervention de responsabilisation dans le site Web (Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une adresse Web. On dit aussi site Internet par...) du journal JAMA Internal Medicine.

À propos de l'auteure

Cara Tannenbaum, M.D., M.Sc., est gériatre et chercheuse en promotion de la santé à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM). Elle est également titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement de la Faculté de pharmacie (La pharmacie (du grec φάρμακον/pharmakôn signifiant drogue, venin ou poison) est la science...) de l'Université de Montréal et professeure de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et...) à l'Université de Montréal. Elle est à la tête d'un programme de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) en épidémiologie et en soins cliniques gériatriques. Sa pratique médicale vise à améliorer les soins de santé pour les personnes âgées. Elle est la récipiendaire du prix Betty Havens 2013 de l'application des connaissances de l'Institut du vieillissement des IRSC.
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