L'hypoxie, ou manque local d'oxygÚne, qui se développe dans les tumeurs cancéreuses agressives est un des principaux obstacles à l'efficacité des immunothérapies. Elle altÚre profondément la fonction des cellules immunitaires tout en favorisant la survie des cellules cancéreuses.
Des scientifiques sont parvenus à contrer ce phénomÚne en développant un biomatériau innovant capable d'acheminer de l'oxygÚne au sein de la tumeur et y restaurer l'activité antitumorale des cellules immunitaires. Ces résultats, parus dans la revue Cell Biomaterials, ouvrent de nouvelles perspectives en oncologie.

En apportant localement de l'oxygĂšne dans un microenvironnement tumoral hypoxique, les Oââcryogels permettent de restaurer l'activitĂ© des cellules immunitaires (DC: cellules dendritiques, T cell: lymphocytes T).
© Bhatt et al
Pour de nombreux cancers qui se développent par croissance de tumeurs solides, l'hypoxie, ou manque d'oxygÚne dans les tissus, est un frein majeur à l'action des cellules immunitaires. Elle survient lorsque la croissance rapide des cellules cancéreuses dépasse la capacité du tissu à former de nouveaux vaisseaux sanguins. Certaines régions deviennent alors trÚs pauvres en oxygÚne, ce qui perturbe profondément le fonctionnement du systÚme immunitaire et limite l'efficacité de nombreuses immunothérapies.
Parmi les cellules les plus affectées par ce manque d'oxygÚne figurent les cellules dendritiques. Ces sentinelles du systÚme immunitaire détectent les antigÚnes tumoraux et activent les lymphocytes T responsables de la destruction des cellules cancéreuses. Dans un environnement hypoxique, leur capacité à capter les antigÚnes, migrer vers les ganglions lymphatiques et déclencher une réponse immunitaire efficace est fortement altérée. De plus, elles ne sont pas seulement immunosupprimées: elles peuvent également acquérir un phénotype tolérigÚne et protumoral, contribuant ainsi à l'échappement immunitaire.
Les cellules cancéreuses s'adaptent quant à elles facilement à ce manque d'oxygÚne et ne sont donc pas fragilisées par ce phénomÚne qui est à la fois une conséquence de la croissance rapide de la tumeur et un bouclier qu'elle exploite, notamment pour neutraliser les cellules immunitaires.
Pour contrer ce phĂ©nomĂšne, une Ă©quipe franco-amĂ©ricaine du laboratoire PolymĂšres, biopolymĂšres, surfaces (CNRS/UniversitĂ© de Rouen Normandie) et de la Northeastern University (Boston), a mis au point des biomatĂ©riaux polymĂšres injectables appelĂ©s Oâ-cryogels. Ces structures macroporeuses, composĂ©es notamment d'acide hyaluronique, sont comparables Ă des Ă©ponges souples et Ă©lastiques chargĂ©es en peroxyde de calcium (CaO2).
Hautement dĂ©formables et compressibles, elles peuvent ĂȘtre directement injectĂ©es Ă la seringue dans les tissus tumoraux de maniĂšre non invasive. Elles y retrouvent leur forme aprĂšs injection et libĂšrent progressivement de l'oxygĂšne par hydrolyse du peroxyde de calcium au contact de l'eau des tissus.
Cette oxygénation du microenvironnement tumoral permet de restaurer l'activité des cellules immunitaires. Les cellules dendritiques retrouvent leur capacité antitumorale, notamment à capter les antigÚnes tumoraux, à migrer vers les ganglions et à activer les lymphocytes T. Les lymphocytes T cytotoxiques prolifÚrent davantage et la destruction des cellules tumorales est significativement renforcée. En rétablissant un environnement immunitaire actif, cette stratégie pourrait transformer certaines tumeurs dites "froides", peu infiltrées par les cellules immunitaires, en tumeurs "chaudes", plus susceptibles de répondre aux immunothérapies.
AuâdelĂ de cette preuve de concept publiĂ©e dans la revue Cell Biomaterials, ces biomatĂ©riaux pourraient devenir une plateforme thĂ©rapeutique polyvalente pour renforcer l'efficacitĂ© de nombreuses stratĂ©gies d'immunothĂ©rapie existantes, comme les vaccins anticancĂ©reux ou les thĂ©rapies cellulaires actuellement en cours d'investigation.
Rédacteur: Anne-Valerie FOILLARD RUZETTE