Reprise de l'augmentation des émissions mondiales de CO2 d'origine fossile en 2017
Publié par Isabelle le 09/12/2018 à 14:00
Source: CEA
Après un court ralentissement entre 2014 et 2016, les émissions mondiales de CO2 d'origine fossile ont à nouveau augmenté de 1,6% en 2017 d'après le Global Carbon Project. Les données publiées avec la participation d'une trentaine de laboratoires du monde (Le mot monde peut désigner :) entier sont rendues publiques sur le site web (Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une adresse Web. On dit aussi site Internet par métonymie, le World Wide Web reposant sur Internet.) du Global Carbon Atlas qui a été conçu par les équipes du Laboratoire des sciences du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps...) et de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels,...) (CEA/CNRS/UVSQ, Paris-Saclay) avec le soutien financier de la Fondation BNP Paribas

Contexte

Les émissions mondiales de CO2 ont connu une croissance moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous identiques...) de 3,2 % par an dans les années 2000 et de 1,5 % par an de 2010 à 2017. Cette tendance mène à un réchauffement de 3 °C en 2100 si la tendance à la hausse ne s'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y = y·x = 1, si 1 désigne...) pas et si des politiques de réduction d'émissions très significatives dès 2030 ne sont pas mise en place d'après le UN Gap report, 2018. 

Le rapport spécial du GIEC publié récemment (IPCC, 2018) indique que pour avoir 66% de chance de contenir le réchauffement climatique (Le réchauffement climatique, également appelé réchauffement planétaire, ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température...) en deçà de 1,5 °C, le " budget de CO2" restant est de l'ordre de 420 milliards de tonnes de CO2. Les émissions de carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.) atteignent aujourd'hui 37,1 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (Le dioxyde de carbone, communément appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, est un composé chimique composé d'un atome de carbone et de deux atomes d'oxygène et dont la formule brute est : CO2....) (CO2) par an pour les émissions de CO2 fossile (Un fossile (dérivé du substantif du verbe latin fodere : fossile, littéralement « qui est fouillé ») est le reste (coquille, os, dent, graine, feuilles...) ou le simple moulage d'un animal ou d'un...) et environ 5 milliards de tonnes par an pour celles qui sont causées par la déforestation. Il reste donc environ une dizaine années d'émissions de CO2 au rythme actuel (sans compter les possibles efforts faits sur la diminution des émissions de gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre : un gaz...) autre que le CO2) avant d'avoir épuisé le " budget de CO2" alloué aux générations futures jusqu'en 2100.  Il n'est pas encore trop tard pour contenir le réchauffement sous 1,5 °C mais chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) compte.

Les résultats du Global Carbon Project

Dans le monde

Après trois ans de stagnation, les émissions mondiales de CO2 fossile ont repris leur croissance avec une hausse de 1,6 % entre 2016 et 2017. Les projections indiquent que cette augmentation continuera avec plus de 2 % en 2018 (fourchette d'incertitude : 1,8 % à 3,7  %).

En 2018, une forte augmentation des émissions est attendue avec :
+4,7% [entre + 2,0 % et + 7,4 %] en Chine,
+2,5% [entre + 0,5 % et + 4,5 %] aux États-Unis et
+6,5% [entre + 4,3 % et + 8,3 %] en Inde, principalement due à une remontée de l'utilisation de charbon d'après la publication de Jackson et al. dans le journal Environmental Research Letters.

L'augmentation prévue des émissions aux États-Unis est probablement liée à un hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) 2017-2018 rigoureux et à un été 2018 très chaud.

L'augmentation des émissions en 2018 ne concerne donc pas uniquement les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de...) en développement.

La consommation mondiale d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) basée sur le gaz naturel (Le gaz naturel est un combustible fossile, il s'agit d'un mélange d'hydrocarbures présent naturellement dans des roches poreuses sous forme...) a augmenté de +2,0% par an entre 2000 et 2017 au niveau global, et de 8,4% en Chine. Cette croissance rapide du gaz naturel en Chine est probablement liée à des politiques nationales de réduction de la pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on...) atmosphérique.

Plus surprenante est la tendance à la hausse de 1,4 % de l'utilisation mondiale du pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de cette énergie fossile est l’un des piliers de l’économie industrielle...) entre 2013 et 2017, alors que le pic de consommation semblait atteint. D'après l'article de Jackson et al., cette augmentation est principalement liée à une croissance des émissions du transport (Le transport, du latin trans, au-delà, et portare, porter, est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre.) avec une augmentation de + 4 % par an du nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de véhicules, dont une très faible part est électrique. Et à une hausse de + 27 % de la consommation de fuel par l'aviation (L'aviation est une activité aérienne définie par l'ensemble des acteurs, technologies et règlements qui permettent d'utiliser un aéronef dans un but particulier. Ces diverses activités peuvent...) commerciale depuis 10 ans.

" Jusqu'à présent, la demande en énergie globale continue de surpasser les efforts de décarbonation ", commente Corinne Le Quéré, Professeur à l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis,...) d'East Anglia, qui a dirigé l'analyse. " En revanche, on observe l'émergence de changements, comme la montée en puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) des énergies renouvelables avec la chute de leur coût, et la décroissance rapide de l'utilisation du charbon dans certaines régions. Les efforts pour réduire les émissions doivent maintenant pénétrer tous les secteurs de l'économie, y compris les transports, les bâtiments, et les industries. Cette transition énergétique doit se faire rapidement afin de minimiser  les changements climatiques et les risques d'impacts sérieux. "

En Europe

Les émissions ont augmenté (+ 1,4 %) dans l'Union européenne entre 2016 et 2017 et devraient décroître légèrement de -0,7% en 2018 (fourchette d'incertitude comprise entre - 2,6 % et + 1,3 %).

À noter : les tendances récentes des émissions de l'Union européenne suggèrent que l'Union est sur la limite haute de la trajectoire (La trajectoire est la ligne décrite par n'importe quel point d'un objet en mouvement, et notamment par son centre de gravité.) prévue pour atteindre ses objectifs de l'accord de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du...) sur le climat. Pour atteindre ces objectifs une diminution des émissions de 40% est nécessaire d'ici 2030 par rapport à 1990 (voir aussi UN-Gap Report).

Les principaux pays européens émetteurs qui ont vu leurs émissions augmenter en 2017 sont l'Espagne (+ 8 %), la France (+ 2 %), l'Italie (+ 1 ,7 %), la Pologne (+ 1,6 %). Les principaux émetteurs qui ont vu leurs émissions diminuer sont le Royaume Uni (- 3,2 %) et les Pays-Bas (- 0,6 %). En Allemagne, les émissions sont équivalentes en 2017 par rapport à 2016, d'après les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) publiées dans le journal Earth System Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris,...) Data et mises à jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent...) sur le Global Carbon Atlas.
 

En France

Les émissions ont diminué entre 2000 et 2017 (principalement pour le charbon, le ciment (Le ciment (du latin caementum, signifiant moellon, pierre de construction) est une matière pulvérulente, formant avec l’eau ou avec une solution saline une pâte plastique liante, capable...) (1) et le pétrole, l'utilisation du gaz quant à elle était stable). Les émissions ont diminué de 12,5% sur la dernière décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.) entre 2008 et 2017, mais elles ont augmenté de 2% entre 2016 et 2017 et représentent 350 millions de tonnes de CO2 en 2017.
 

Les puits de carbone naturels

Depuis 60 ans, les puits de carbone naturels dans l'océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en permanence renouvelée par des courants marins. Approximativement 71% de...), la végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle...) et les sols absorbent en moyenne la moitié des émissions, malgré la forte augmentation des émissions au cours de cette période.  De ce fait, le taux de croissance CO2 dans l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) est passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le...) de 6,2 milliards de tonnes de CO2 par an dans les années 1960 à 17 milliards de tonnes de CO2 par an sur la période 2008-2017. L'efficacité des puits de carbone fluctue fortement d'une année sur l'autre.  

Ainsi, pendant les années sèches et chaudes dues à la perturbation El Niño (El Niño (littéralement « courant de l’Enfant Jésus », car il apparaît peu après noël), désigne à l'origine un courant côtier saisonnier au large du Pérou...), l'absorption ( En optique, l'absorption se réfère au processus par lequel l'énergie d'un photon est prise par une autre entité, par exemple, un atome qui fait une transition entre deux niveaux d'énergie électronique. Le photon est détruit lors de ce...) du CO2 atmosphérique est beaucoup plus faible. Cela a été notamment observé en 2015 et 2016, période durant laquelle le phénomène El Niño a été particulièrement intense, ce qui a engendré une augmentation rapide du CO2 dans l'atmosphère.
 
" En 2017, les puits de carbone naturels semblent avoir récupéré leurs fonctions, mentionne Philippe Ciais, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont...) au LSCE  (2) et co-auteur de l'article publié dans Earth System Science Data, avec un taux de croissance du CO2 de 16,9 milliards de tonnes de CO2 par an, soit une augmentation de 2,16 ppm par an de plus dans l'atmosphère, ce qui est proche de la moyenne de la dernière décennie. Cette " récupération " globale des puits de carbone naturels en 2017 par rapport à 2015-2016 semble avoir eu lieu principalement sur les continents tropicaux là où les pertes de carbone avaient été les plus fortes lors de l'évènement El Niño. "

Notes:

(1) La production de ciment produit du CO2 à partir de la calcite, c'est du CO2 fossile mais ce n'est pas un " fuel "

(2) Le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement fait partie de l'IPSL (Institut Pierre-Simon Laplace) qui regroupe neuf laboratoires franciliens dont les thématiques de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également...) concernent l'environnement global et le changement climatique.

Références

- Le Quéré et coll. (2018) Global Carbon Budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.) 2018. Earth System Science Data. https://doi.org/10.5194/essd-10-2141-2018

- Figueres, C., C. Le Quéré, A. Mahindra, O. Baete, G. Whiteman, G. P. Peters, D. Guan (2018). Emissions are still rising: ramp up the cuts. Nature, 564, 27-30. https://www.nature.com/articles/d41586-018-07585-6

- Jackson, R.B., C. Le Quéré, R. M. Andrew, J.G. Canadell, J.I. Korsbakken, Z. Liu (Liu (chinois : 柳宿, pinyin : liǔ xiù) est une loge lunaire de l'astronomie chinoise. Son étoile référente...), G.P. Peters, and B. Zheng (2018). Global Energy Growth Is Outpacing Decarbonization, Environmental Research Letters.

https://doi.org/10.1088/1748-9326/af303

Autres références citées

- Emission Gap report 2018 United Nations Environment Programme, Novembre 2018
(https://www.unenvironment.org/resources/emissions-gap-report-2018 )

- IPCC, 2018: Summary for Policymakers. In: Global warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context (ConTEXT est un éditeur de texte plein écran et un outil de développement.) of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development (Development est une revue scientifique bimensuelle à comité de lecture couvrant tous les champs de la génétique évolutive du...), and efforts to eradicate poverty [V. Masson-Delmotte, P. Zhai, H. O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P. R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J. B. R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M. I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, T. Waterfield (eds.)]. World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland, 32 pp.
(https://www.ipcc.ch/pdf/special-reports/sr15/sr15_spm_final.pdf
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