Un robinet pour couper l'alimentation des tumeurs
Publié par Adrien le 04/02/2019 à 08:00
Source: Université de Genève
Un groupe international de chercheurs parvient à contrôler la vascularisation des tumeurs en agissant sur un gène surexprimé dans les cellules cancéreuses. Leurs travaux ouvrent la voie à une nouvelle approche thérapeutique.

Au lieu de s'attaquer frontalement aux tumeurs, une équipe internationale de chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Genève (UNIGE) et du Amsterdam UMC, location VUmc à Amsterdam a choisi d'en réguler la vascularisation en intervenant sur un récepteur cellulaire surexprimé dans les cellules cancéreuses. En agissant sur le développement des vaisseaux sanguins au sein même de la tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de volume d'un tissu, clairement délimitée sans précision de cause.), les scientifiques espèrent pouvoir délivrer les traitements de façon extrêmement précise, et même au besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins...) "couper les vivres" à la tumeur, un peu comme on fermerait un robinet. Une recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le...) à découvrir dans le British Journal of Cancer.


Coloration immunohistochimique du récepteur de l'insuline (INSR) dans une section microscopique du cancer de l'estomac (L’estomac (en grec ancien στόμαχος) est la portion du tube digestif en forme de poche, située entre l’œsophage et le duodénum. L’estomac reçoit les...) humain. Une surexpression claire de ce récepteur (brun) est observée dans les tissus tumoraux, alors qu'elle est absente dans les tissus non cancéreux de l'estomac. (DR)

Les chercheurs genevois et hollandais ont étudié le mécanisme qui permet la croissance des nouveaux vaisseaux sanguins à l'intérieur des tumeurs. Ils ont ainsi constaté qu'un récepteur de l'insuline était surexprimé dans la vascularisation de la tumeur, ouvrant la voie au développement d'un traitement très ciblé du cancer. "Sur la base d'une étude génomique (La génomique est une discipline de la biologie moderne. Elle étudie le fonctionnement d'un organisme, d'un organe, d'un cancer, etc. à l'échelle du génome, et non...), nous avons découvert le rôle joué par le récepteur de l'insuline INSR-A dans le processus de formation des vaisseaux sanguins. Une molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente la plus petite...) ciblant précisément ce récepteur nous permet donc de moduler la croissance tumorale, voire de la bloquer complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à l'utilisateur de limiter la quantité...)", s'enthousiasme Patrycja Nowak-Sliwinska, professeure assistante à la section des sciences pharmaceutiques de la Faculté des sciences de l'UNIGE et première auteure de l'étude.

Au terme de plusieurs années de recherche, les chercheurs ont pu confirmer cette découverte par des expériences menées tant in vitro (In vitro (en latin : « dans le verre ») signifie un test en tube, ou, plus généralement, en dehors de l'organisme vivant ou de la cellule. Un exemple est la fécondation in vitro (FIV)....) qu'in vivo (In vivo (en latin : « au sein du vivant ») est une expression latine qualifiant des recherches ou des examens pratiqués sur un organisme vivant, par opposition à in vitro ou ex vivo. Les essais cliniques...). Ils espèrent désormais développer une molécule spécifique avec l'aide d'un partenaire industriel.

Des comparaisons sur onze types de tumeurs

L'un des points forts de cette recherche est donc bien sa capacité à cibler précisément l'endothélium des tumeurs, soit la couche la plus interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital ou en cabinet pendant une durée variable selon...) des vaisseaux sanguins en contact avec le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain...), tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en épargnant les cellules saines. Pour s'en assurer, les chercheurs ont en effet comparé des coupes de tissus sains et malades pour onze différents types de tumeurs localisées dans des zones du corps ou des organes distincts, tels que reins, colon ou seins. En recourant à des techniques de colorisation, ils ont pu confirmer in vitro que le groupe de gènes considéré intervient dans le développement des vaisseaux à l'intérieur des tumeurs, mais pas dans les tissus sains. En ciblant le récepteur INSR-A qui en permet l'expression, ils se dotent donc d'un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des actions entreprises, par une plus grande rentabilisation de ces...) qui leur permet de réguler avec précision la vascularisation des tumeurs, sans déclencher les mêmes mécanismes dans les cellules saines.

Pas d'attaque frontale

L'importance des récepteur d'insuline INSR-A comme cible pour le traitement du cancer soulignée par cette recherche réside aussi dans l'approche indirecte de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) qu'elle permet. "Lorsqu'on s'attaque directement aux cellules cancéreuses, l'échec est fréquemment au rendez-vous, car chaque intervention peut entraîner un changement de comportement de la tumeur ; ces dernières sont génétiquement instables, elles peuvent muter et devenir résistantes aux traitements" ,explique Arjan W. Griffioen, directeur du laboratoire d'angiogenèse du Amsterdam UMC, location VUmc. En intervenant sur les cellules endothéliales et en ciblant la vascularisation dont elles sont responsables, les chercheurs évitent d'attaquer frontalement la tumeur. "On n'agit pas directement sur le cancer, mais on a trouvé le robinet qui régule (Les régules sont des alliages d'étain ou de plomb et d'antimoine.) la vascularisation des cellules cancéreuses", concluent les chercheurs.
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