De sexe et d'énergie
Publié par Isabelle le 28/02/2019 à 14:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
La longévité des mères ne serait pas affectée par le fait de porter davantage de rejetons mâles

Chez plusieurs espèces de grands mammifères, les coûts énergétiques entraînés par la maternité sont plus élevés lorsque les rejetons sont de sexe (Le mot sexe désigne souvent l'appareil reproducteur, ou l’acte sexuel et la sexualité dans un sens plus global, mais se réfère aussi...) masculin. C'est le cas notamment chez l'humain. Les besoins énergétiques des femmes pendant la grossesse (La grossesse est le processus physiologique au cours duquel la progéniture vivante d'une femme se développe dans son corps, depuis la conception jusqu'à ce qu'elle...) seraient 10% plus élevés lorsqu'elles portent un garçon. À répétition, ces coûts pourraient-ils avoir un effet cumulatif qui se répercuterait sur la longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence de maladie ou d'accident. Elle correspond...) des mères ?


Photo: Édouard Bélanger
Chez la chèvre (La chèvre domestique est un mammifère herbivore et ruminant, appartenant à la famille des bovidés, sous-famille des caprinés ou caprins. La chèvre a été domestiquée depuis...) de montagne (Une montagne est une structure topographique significative en relief positif, située à la surface d'astres de type tellurique (planète tellurique, satellites comme...), le fait d'avoir un petit de sexe masculin réduit la performance reproductrice de la mère l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) suivante, ce qui suggère l'existence d'un coût reproducteur plus élevé pour les chevreaux mâles. Toutefois, le fait de donner naissance à beaucoup de mâles n'affecterait pas la longévité de la mère.

C'est ce qu'a voulu savoir une équipe de chercheurs du Québec, de Norvège et d'Écosse, qui a comparé la longévité des femelles de quatre espèces d'ongulés en fonction du nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de petits mâles qu'elles avaient portés et élevés au cours de leur vie (La vie est le nom donné :). Ces chercheurs, dont Steeve Côté du Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire...) et du Centre d'études nordiques, ont mis en commun des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) obtenues dans le cadre d'études à long terme menées sur des populations sauvages de mouton (Le mouton (Ovis aries) est un mammifère domestique herbivore de la famille des bovidés, de la sous-famille des Caprinés et du genre Ovis. L'homme élève le mouton pour sa viande, son lait, sa laine et sa peau avec laquelle...) de Soay, de mouflon d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à...), de chèvre de montagne et de cerf élaphe, aussi appelé cerf rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.). "Chez les trois dernières espèces, des études antérieures avaient démontré que le fait d'avoir un petit de sexe masculin réduisait la performance reproductrice de la mère l'année suivante, ce qui suggère l'existence d'un coût reproducteur plus élevé pour les petits mâles", commente le professeur Côté.

Les analyses des chercheurs, qui ont porté sur 1 312 femelles et leurs quelque 6 700 rejetons, indiquent que la longévité des mères n'est pas affectée par le nombre de petits mâles qu'elles produisent pendant leur existence. De plus, les résultats présentés dans la revue Proceedings of the Royal Society B révèlent que, pour un nombre donné de rejetons, la plupart des femelles qui ont eu plusieurs petits de sexe masculin vivent plus longtemps que celles qui ont plus de filles. "Cela s'expliquerait, chez la chèvre de montagne du moins, par le fait que seules les femelles qui sont en très bonne condition produisent des mâles à répétition", précise Steeve Côté.

Ces conclusions contrastent avec celles d'une étude publiée dans Science en 2002 qui portait sur les Samis vivant en Finlande entre le 17e et le 19e siècles. Dans cette société préindustrielle, chaque naissance d'enfant de sexe masculin raccourcissait d'environ huit mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) la vie de la mère alors que chaque naissance d'une fille la prolongeait de cinq mois. Ces conclusions n'ont pas été validées par les autres études qui ont exploré la question chez d'autres sociétés humaines. "Les conclusions de l'étude de 2002 sont peut-être l'exception plutôt que la règle. Chose certaine, notre étude ne démontre pas que le fait d'avoir de nombreux petits de sexe masculin affecte la longévité de la mère", conclut le professeur Côté.

Les autres auteurs de l'étude sont Mathieu Douhard, Marco Fiesta-Bianchet et Fanie Pelletier, de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où les...) de Sherbrooke, Sandra Hamel, de l'Arctic University of Norway (Le France, ensuite rebaptisé Norway (1979), puis Blue Lady (2006), est un paquebot transatlantique construit aux Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire...), et Daniel Hussey et Josephine Pemberton, de l'University of Edinburgh.
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