Taux d'acides gras polyinsaturés et troubles mentaux: une première piste à explorer

Publié par Isabelle le 15/04/2020 à 14:00
Source: INRA
Le circuit cérébral de la récompense est mis à mal dans de nombreux troubles mentaux tels que la dépression, la schizophrénie ou les désordres bipolaires. Le dénominateur commun à ces trois maladies ? Une diminution des taux d'acides gras polyinsaturés n-3 (AGPI n-3) qui pourrait participer aux déficits motivationnels typiques de ces pathologies. Des chercheurs d'INRAE, de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) d'Harvard et de l'université de Guelph ont montré le lien entre le taux d'AGPI n-3 dans un sous-type de neurones du circuit de la récompense et la motivation (La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement dans une action ou expérience. Elle en détermine le déclenchement dans une certaine direction avec l'intensité souhaitée et en assure...). Ces résultats sont parus le 7 avril dans la revue Cell Metabolism (Cell Metabolism (abrégé en Cell Metab.) est une revue scientifique à comité de lecture spécialisée dans la recherche sur la...).


Taux d'acides gras polyinsaturés et troubles mentaux: une première piste à explorer.
© INRAE

Les troubles mentaux tels que la dépression, la schizophrénie (Le terme de schizophrénie regroupe de manière générique un ensemble d'affections psychiatriques présentant un noyau commun, mais dites...) et les troubles bipolaires sont des maladies classiquement considérées comme distinctes. Pour autant, elles présentent des symptômes communs, suggérant qu'il pourrait exister un continuum entre ces pathologies. Un de ces symptômes est une diminution de la motivation, qui perturbe fortement les capacités des patients dans leur vie (La vie est le nom donné :) de tous les jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport...) (retrait social, perte d'intérêt pour les activités journalières, etc.). Un autre point (Graphie) commun décrit dans la littérature est que les malades atteints par ces troubles ont souvent des taux d'acides gras polyinsaturés n-3 (AGPI n-3) anormalement bas par rapport à des personnes saines. En revanche, l'implication directe d'une telle caractéristique dans le développement des pathologies reste à démontrer.

Les AGPI n-3 sont des constituants essentiels de toutes les membranes cellulaires. Dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions...) - très riche en AGPI - ceux-ci s'accumulent majoritairement pendant le développement utérin et proviennent essentiellement de l'alimentation de la mère puisque les mammifères ne sont pas capables de synthétiser de novo ces AGPI n-3. Les chercheurs ont investigué le lien potentiel entre la déficience en AGPI n-3 et la baisse motivationnelle constatée chez les malades atteints de troubles psychiatriques. Pour mimer cette déficience, ils ont nourri des souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue...) gestantes avec une alimentation fortement carencée en AGPI n-3, puis maintenu la descendance avec la même alimentation carencée. Une fois que les souris ont atteint l'âge adulte, elles sont soumises à des tests de comportements: ces souris présentent un trouble motivationnel très spécifique. L'étape suivante est de comprendre l'origine de ces troubles motivationnels.


Au sein d'une région précise du circuit cérébral de la récompense, les chercheurs ont mis en évidence des connexions entre neurones différentes chez les individus déficients en AGPI n-3. Par des techniques de transgénèse chez des animaux déficients, ils ont fait produire des AGPI n-3 à une sous population de neurones de cette zone du cerveau, pendant leur développement embryonnaire. Ces neurones ont alors un taux d'AGPI n-3 normal, alors que toutes les autres cellules du corps sont déficientes. Les tests sont sans appel: cette manipulation permet de restaurer les connexions entre neurones, et le trouble motivationnel a disparu. La diminution des taux d'AGPI n-3 joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à...) donc un rôle direct dans les troubles de la motivation en modifiant la fonctionnalité de certains types neuronaux.

En parallèle, le test a été mené en complémentant l'alimentation avec des AGPI n-3 chez des individus carencés pendant le développement. L'effet bénéfique sur la motivation ne se fait que si la supplémentation (La supplémentation est le fait d'utiliser un supplément (ou complément alimentaire) pour pallier une carence. Elle peut avoir un intérêt prophylactique ou thérapeutique. Il existe notamment des...) a lieu juste après la naissance. Ces résultats ne permettent pour autant aucunement d'établir de lien direct entre l'apport en AGPI n-3 chez la mère et les troubles du comportement dans la descendance. En effet, dans le cas des pathologies concernées, il est probable que, plutôt qu'un déséquilibre alimentaire, ce soit les mécanismes impliqués dans le métabolisme (Le métabolisme est l'ensemble des transformations moléculaires et énergétiques qui se déroulent de manière ininterrompue dans la cellule ou l'organisme vivant. C'est un processus ordonné, qui fait...) des AGPI qui sont perturbés à cause de gènes potentiellement défectueux chez les patients.

Cette étude constitue un premier pas vers la compréhension des mécanismes et la physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le rôle, le fonctionnement et l'organisation mécanique,...) des troubles mentaux tels que la dépression, la schizophrénie et la bipolarité, qui présentent des symptômes communs. Il s'agit d'une étude préclinique qui ne montre pas le lien entre ces troubles et l'alimentation, mais ouvre une piste à explorer afin de prévenir au moins en partie ces troubles.

Référence

Durocq et al., Causal Link between n-3 Polyunsaturated Fatty Acid Déficiency and Motivation Deficits, Cell Metabolism (2020), https://doi.org/10.1016/j.cmet.2020.02.012
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