
Vincent Larivière et Stephanie Haustein estiment qu'à l'heure actuelle les mentions d'articles sur le réseau Twitter ne sont pas un bon indicateur d'impact des articles.
S'il faut se fier aux messages de 140 caractères ou moins diffusés sur le réseau social Twitter entre 2010 et 2012, deux articles scientifiques sur les répercussions des radiations sur l'être humain auraient obtenu le plus de citations dans le monde.
Sur les 15 articles les plus microblogués, un traite de l'acné chez les adolescents athlètes, un autre aborde la fracture du pénis et un troisième a pour sujet les liens entre l'activité physique et le taux de mortalité.
Voilà le palmarès révélé par Stefanie Haustein, postdoctorante à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, au terme de l'analyse de 1,4 million de documents puisés dans les répertoires PubMed et Web of Science. C'est la plus vaste étude sur le sujet réalisée à ce jour. Pour rédiger son article qui vient de paraitre dans le Journal of th**e Association for Information Science and Technology, Mme Haustein a retenu l'information permettant de retracer les articles figurant dans les messages transmis sur le réseau créé en 2006 et comptant aujourd'hui 500 millions d'abonnés. Elle travaille sous la direction du professeur Vincent Larivière, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante à l'EBSI,
«Les articles scientifiques les plus populaires sur le réseau Twitter soulignent des implications sur la santé ou ont un volet humoristique ou étonnant. Cela laisse entendre que ce ne sont pas les articles ayant la plus grande portée intellectuelle qui font l'objet de la plus large diffusion», explique Mme Haustein en reprenant la conclusion de l'article.
L'analyse révèle en effet qu'un grand nombre de micromessages ne correspond pas à un nombre élevé de citations dans les revues savantes - une méthode de mesure de l'impact qui est généralement acceptée par la communauté scientifique. Ainsi, le premier article sur la liste des chercheurs, relatif à un gène altéré durant l'exposition à des radiations, n'a récolté que neuf citations dans les revues savantes... et 963 microbillets. Un article sur un sujet similaire à la suite de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, a obtenu 30 citations, pour 639 microtextes.
Revues prestigieuses
Fait intéressant, la plupart des articles les plus cités sur Twitter proviennent de revues réputées «prestigieuses» telles que PNAS, Science, Nature, Lance**t, New England Journal of Medicine... La revue qui suscite le plus de micromessages est Nature avec 13 430 mentions, écrivent les auteurs. Et, pour une publication savante, le fait de posséder ou non un compte Twitter officiel ne modifie pas la quantité des communications.
«Considérant les corrélations révélées à partir de notre échantillon [...], nous posons que les mentions sur le réseau Twitter ne sont pas un bon indicateur de l'impact des articles. Cela pourrait être dû à de nombreux facteurs, dont le fait que Twitter n'est pas encore très populaire chez les chercheurs et le fait que la viabilité de Twitter comme outil pour la communication scientifique demeure sous-estimée», écrivent les auteurs.
Les chercheurs tiennent à préciser que l'évolution récente des réseaux sociaux laisse apparaitre de nouvelles perspectives pour la communication de la science. «Le fait que de plus en plus d'articles sont relayés est une bonne nouvelle, car cela sert la communication scientifique. Peu importe si ce sont des non-scientifiques qui relaient ces informations; c'est la preuve que la science est un élément de la culture générale», déclare M. Larivière.
À peine 15 % des diplômés universitaires au Québec sont actifs sur le réseau Twitter. Il faudrait explorer les raisons pour lesquelles les scientifiques demeurent réfractaires à l'adoption de ce réseau, concluent les chercheurs. Il demeure que Twitter est actuellement à la mode; le sera-t-il dans 10 ou 15 ans? Rien n'est moins sûr. «C'est un monde qui change très vite», observe Mme Haustein.
