L'urbanisation entraîne un printemps précoce pour les plantes mais pas pour leurs pollinisateurs

Publié par Isabelle le 17/11/2020 à 13:00
Source: CNRS INEE

Crédit: Alessandro Fisogni
Les effets de l'urbanisation sont multiples sur la biodiversité, pouvant parfois générer de véritables menaces pour la survie des espèces. Une meilleure compréhension de cet écosystème et un travail sur la gestion des espaces verts sont indispensables pour assurer un équilibre écologique.

Une équipe scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) a estimé pour la première fois l'effet de l'urbanisation conjointement sur la phénologie des plantes à fleurs et de leurs communautés de pollinisateurs. Dans les zones plus fortement urbanisées, les plantes fleurissent plus tôt alors que les pollinisateurs ne décalent pas leurs dates d'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.), conduisant à une perturbation potentielle de leurs interactions. Ces résultats ont été publiés dans Oikos (août 2020), et ont fait l'objet d'une dépêche dans Frontiers in the Ecology and the Environment (septembre 2020). L'étude a été réalisée au sein du laboratoire Evolution, Ecologie et Paléontologie (La paléontologie est la science qui étudie les restes fossiles des êtres vivants du passé et les implications évolutives de ces études.) (EVO-ECO-PALEO - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) / Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Lille) en collaboration avec la Métropole (Une métropole (du grec mêtêr, mère, et polis, ville) est la ville principale d'une région géographique ou d'un pays, qui à la tête d'une aire urbaine...) européenne de Lille (MEL) et la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux...) de Lille dans le cadre du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) CPER-Climibio.

L'urbanisation est l'une des principales menaces pour les plantes et les pollinisateurs sauvages en raison, entre autres, de la destruction des habitats, de l'effet "îlot de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) urbain" et de l'altération des conditions environnementales locales. L'adéquation des phénologies d'espèces en interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action réciproque qui suppose l'entrée en contact de sujets.), soit le "calendrier (Un calendrier est un système de repérage des dates en fonction du temps. Ces systèmes ont été inventés par les hommes pour mesurer, diviser et organiser le temps sur de longues durées. Initialement...)" des cycles de ces espèces, telles que les dates de floraison (La floraison est le processus biologique de développement des fleurs. Elle est contrôlée par l'environnement (lumière, humidité, température) et les phytohormones.) pour les plantes ou d'activité pour les pollinisateurs, est cruciale pour permettre leur interaction. Des études antérieures ont montré que la phénologie des plantes tend à avancer au printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le début de l'année) est l'une des quatre saisons des zones tempérées, précédant l'été et suivant l'hiver. Il se...) dans les zones urbaines par rapport aux zones plus rurales, mais les effets de l'urbanisation sur la phénologie des pollinisateurs sont mal connus.

Pour comprendre comment l'urbanisation affecte les deux partenaires de cet important mutualisme, des chercheuses et chercheurs ont simultanément évalué la réponse du moment de floraison des plantes locales et de la période de vol des pollinisateurs sauvages face à l'urbanisation croissante. Ils ont ainsi étudié les communautés de plantes et d'insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur environnement (association loi de 1901), elle...) pollinisateurs (abeilles sauvages et syrphes1) à travers un gradient d'urbanisation dans le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres...) de la Métropole Européenne de Lille, en choisissant des sites gérés de manière similaire et en collaboration avec les services des parcs et jardins.


Prairie fleurie avec marguerites et centaurées sur un îlot de circulation dans une zone fortement urbanisée. Credit: Alessandro Fisogni

Menée par des scientifiques du laboratoire Evolution, Ecologie et Paléontologie (EVO-ECO-PALEO - CNRS / Université de Lille), cette étude révèle des réponses différentielles chez les plantes et chez les pollinisateurs. La floraison des plantes a montré une forte réponse à l'urbanisation avec une nette (Le terme Nette est un nom vernaculaire attribué en français à plusieurs espèces de canards reconnaissablent à leurs calottes. Le terme est un emprunt au grec ancien...) avancée du pic de floraison dans les sites à forte urbanisation, jusqu'à quatre semaines plus précoce que sur les zones rurales. Au contraire, les pollinisateurs n'ont pas montré de déplacement ( En géométrie, un déplacement est une similitude qui conserve les distances et les angles orientés. En psychanalyse, le déplacement est mécanisme de défense déplaçant la valeur, et...) clair de leur phénologie d'activité le long du gradient.

Ces résultats suggèrent qu'un écart se forme entre les cycles saisonniers des plantes et des pollinisateurs dans les villes, ce qui pourrait entraîner des modifications de la structure des réseaux plantes-pollinisateurs et avoir des conséquences négatives sur la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru en...) et la survie des espèces. Si les plantes sont confrontées à une pénurie de pollinisateurs, cela peut entraîner une diminution de la production de graines. De même, bien que les pollinisateurs puissent compter sur une mobilité plus importante pour trouver des plantes utiles à proximité des sites étudiés, ce décalage par rapport au moment de floraison peut être particulièrement problématique pour eux. Ils perdent leur habitat et, contrairement à de nombreuses plantes en ville, les pollinisateurs ne sont pas ou peu entretenus par l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...) (sauf pour l'abeille (Abeille est un nom vernaculaire ambigu désignant en français certains insectes hyménoptères de la super-famille des Apoidea. En Europe,...) domestique).

Ces résultats publiés dans Oikos soulignent également l'importance de la gestion écologique des espaces verts afin de garantir la présence de plantes à fleurs tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois...) pour soutenir les pollinisateurs en zone urbaine.


Bourdon des champs (Bombus pascuorum) à la recherche de nectar sur une centaurée dans une prairie fleurie en zone urbaine. Credit: Alessandro Fisogni

Note:
1- Les syrphes sont des Diptères, c'est-à-dire des mouches, ressemblant généralement à des abeilles et dont les adultes utilisent les ressources florales pour se nourrir.


Référence:
Fisogni A, Hautekèete N, Piquot Y, Brun M, Vanappelghem C, Michez D, Massol F. Urbanization drives an early spring for plants but not for pollinators. Oikos. 2020 Aug 27 ; 129(11):1681-691.

Contacts:
- Nina Hautekèete - Evolution, Ecologie et Paléontologie (EVO-ECO-PALEO - Université de Lille (Cette page est consacrée à l’université de Lille qui a existé entre 1896 et 1970. Pour les pages sur les universités actuelles, voir Université Lille...), CNRS) - nina.hautekeete at univ-lille.fr
- Alessandro Fisogni - Evolution, Ecologie et Paléontologie (EVO-ECO-PALEO - Université de Lille, CNRS) - a.fisogni at gmail (Gmail est un service de messagerie gratuit proposé par Google. Les messages reçus sur un compte Gmail peuvent aussi bien être lus via un client de...).com
- François Massol - Evolution, Ecologie et Paléontologie (EVO-ECO-PALEO - Université de Lille, CNRS) ; Centre d'Infection et d'Immunité de Lille (Univ. Lille / CNRS / Inserm / CHU Lille / Institut Pasteur (L’Institut Pasteur est une fondation française privée à but non lucratif qui se consacre à l'étude de la biologie, des...) de Lille) - francois.massol at univ-lille.fr
- Jessie Cuvelier - Communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles...) - Evolution, Ecologie et Paléontologie (EVO-ECO-PALEO - CNRS/Univ de Lille) - jessie.cuvelier at univ.lille.fr
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