Vaccins COVID-19 vs accidents vs loto...: les probabilités

Publié par Adrien le 06/05/2021 à 09:00
Source: ASP
Accepter le vaccin, voyager en avion, faire de l'alpinisme... Tout cela comporte un risque. Mais quel risque ? On imagine souvent que, si on connaissait le pourcentage exact de risque, on pourrait décider en connaissance de cause. Or, ce n'est pas aussi simple, parce que notre cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite...) est très mauvais avec les probabilités.


Trois exemples:

1) Nous sommes nombreux à acheter des billets de loterie. Bien que nous sachions qu'une chance sur 14 millions (6 numéros sur 49), ce n'est pas beaucoup, nous sommes incapables de visualiser à quel point (Graphie) ce n'est pas beaucoup: 14 millions, c'est un chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) qui n'a aucune résonance (La résonance est un phénomène selon lequel certains systèmes physiques...) dans la vie (La vie est le nom donné :) quotidienne.

2) Plusieurs personnes sont capables d'éviter un voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel...) en avion (Un avion, selon la définition officielle de l'Organisation de l'aviation civile internationale...) parce que la peur d'un accident les tenaille et ce, même lorsqu'on montre des statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle...) à l'effet que le pourcentage (Un pourcentage est une façon d'exprimer une proportion ou une fraction dans un ensemble. Une...) de décès en voiture est plus élevé. La peur est, dans ce cas-ci, une émotion plus forte.

3) Beaucoup de gens craignent le vaccin contre la COVID parce que des cas de thromboses ont été signalés. Quand bien même on souligne qu'il ne s'agit que d'un cas sur un million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf...) ou un sur 100 000, rien n'y fait: ce sont deux chiffres qui ont aussi peu de résonance l'un que l'autre. La crainte, ici aussi, est une émotion plus forte.

Les maths sont contre-intuitives et difficiles, reconnaissait le statisticien David Spiegelhalter lorsqu'on lui demandait pourquoi les gens étaient si mauvais avec les probabilités.

Une des pistes de solution est d'essayer de rapprocher une probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un...) qui nous est étrangère d'une qui aura plus de résonance pour nous.


Une autre piste de solution, connue des publicitaires, est d'inverser le problème "négatif" pour lui donner une connotation "positive": plutôt que de parler du risque de maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...), ils vont préférer parler des chances de guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se...). Plutôt que de pointer le faible pourcentage de chances de gagner à la loterie, les slogans vont pointer "le" cas gagnant.

Pour vendre des billets de loterie, dites 1 chance sur 14 millions et non 0,000007% de chances.

Plutôt que une thrombose sur 100 000 vaccinés essayez 0,001% des vaccinés ou encore 99,999% des vaccinés n'ont pas eu de thrombose

Devinette. Lequel de ces deux traitements est le plus sécuritaire:
- Celui qui tue 10 patients sur 100.
- Celui qui a un taux de survie de 90%

Réponse: c'est la même chose. Mais le deuxième traitement donne l'illusion d'être plus "positif": un plus grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) de gens choisiront spontanément cette réponse.

Devinette. Laquelle de ces deux maladies est la plus inquiétante:
- La maladie qui tue 12,5 personnes sur 50.
- La maladie qui tue 250 personnes sur 1000.

Réponse: ici aussi, c'est la même chose. Mais la première donne l'illusion de faire moins de morts.

Les experts en communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle,...) ou en psychologie qui évoquent cette difficulté de l'esprit humain à jongler avec les probabilités ramènent souvent le problème à notre facilité à prendre des décisions à court terme, mais pas à long terme. Le court terme, c'est le risque immédiat qu'on se donne l'illusion d'éviter -avoir une thrombose, avoir un accident d'avion- ou la récompense instantanée -gagner le gros lot. Le long terme, c'est l'impact indéfinissable qu'aura notre action dans un futur indéterminé -par exemple, notre contribution à la fin de la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et...) ou à la lutte aux changements climatiques.

C'est ainsi que nous sommes mauvais pour prendre des décisions qui nous avantageront dans le futur, surtout si les bénéfices sont intangibles.

Plusieurs experts ramènent même cela à nos ancêtres préhistoriques: pour eux, prendre une décision ultra-rapide était une question de vie ou de mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si...): Ce son, est-ce le vent ou est-ce un lion (Le lion (Panthera leo) est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre...)? Après des millions d'années d'évolution, notre cerveau resterait pour cette raison programmé pour réagir au quart de tour, mais serait singulièrement mal adapté pour soupeser les risques à long terme.

Or, c'est là un problème familier à ceux qui, dans la lutte à la désinformation (La désinformation est un processus, utilisable à tous les niveaux dans toutes les sphères de la...), pointent les biais de confirmation comme une cause de la dissémination des fausses nouvelles: le biais de confirmation, c'est notre réflexe (Le réflexe d'une façon générale fait intervenir des propriétés intégratrices d'un centre...) de lire d'abord ce qui confirme nos opinions ou nos croyances. Ce biais fait partie de ce qu'on appelle les raccourcis mentaux, ces raccourcis que prend notre cerveau pour arriver à une décision en une fraction de seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui...). Résultat: de la même façon qu'on peut choisir spontanément de lire une fausse nouvelle qui confirme nos peurs sur le vaccin ou sur l'avion, on peut choisir spontanément une (mauvaise) solution simple à un problème de probabilités complexe (si j'évite le vaccin, j'évite une thrombose).

Comment déjouer ces tendances de notre cerveau à vouloir aller trop vite ? Ralentir ! Prendre notre temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...), se rappeler que nous avons tous des biais, que nos émotions peuvent nous jouer des tours... et que les maths, c'est souvent difficile et contre-intuitif !

Danger ou risque ?

Cette méconnaissance des probabilités amène souvent à confondre deux concepts différents, le danger et le risque: deux événements nous sembleront tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) aussi "dangereux" l'un que l'autre, alors que l'un est en réalité beaucoup moins risqué.

Exemple classique: au zoo, se tenir devant la cage du lion comporte un risque. Mais si quelqu'un ouvre la cage, c'est dangereux...
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