Le ventre, cette fontaine de Jouvence
Publié par Isabelle le 05/06/2018 à 12:00
Source: Université McGill

©McGill
Une association de probiotiques et d'extraits de plantes a allongé considérablement la vie de drosophiles

"Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es." Brillat-Savarin avait vu juste. Aujourd'hui, les scientifiques affirment que nous sommes ce que mangent les bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries possèdent une paroi cellulaire glucidique, le peptidoglycane. Les...) de notre intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des mammifères, il est divisé en deux parties appelées...) et que leur pitance pourrait nous aider à vieillir en beauté. En offrant à des drosophiles (communément appelées "mouches à fruits") une association de probiotiques et d'un complément à base de plantes appelé "Triphala", des scientifiques de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment...) McGill ont réussi à prolonger de 60 % leur durée de vie (La vie est le nom donné :) et à les mettre à l'abri de maladies chroniques liées au vieillissement (La notion de vieillissement décrit une ou plusieurs modifications fonctionnelles diminuant progressivement l'aptitude d'un objet, d'une information ou d'un organisme à assurer ses fonctions.).

Publiée dans Scientific Reports, leur étude s'ajoute à des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) probantes de plus en plus nombreuses témoignant de la possible influence de la flore intestinale (La flore intestinale est l'ensemble des micro-organismes qui se trouvent dans le tube digestif. Le terme de flore intestinale n'est guère correct, puisqu'il s'agit surtout de bactéries alors que le terme...) sur la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.). Les chercheurs de McGill ont ajouté un symbiotique – fait de probiotiques et d'un complément riche en polyphénols – à l'alimentation de drosophiles.

Les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur environnement (association loi de 1901), elle...) ayant reçu le symbiotique ont vécu jusqu'à 66 jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil...), soit 26 jours de plus que leurs congénères ne l'ayant pas reçu. De plus, les manifestations du vieillissement – notamment l'insulinorésistance, l'inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure, allergie…) et le stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans...) oxydatif – étaient moins marquées dans ce groupe.

"Les probiotiques changent du tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au tout l'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) du microbiote (Le microbiote est une nouvelle dénomination de la microflore.) intestinal, non seulement sa composition, mais aussi le métabolisme (Le métabolisme est l'ensemble des transformations moléculaires et énergétiques qui se déroulent de manière ininterrompue dans la cellule ou l'organisme vivant. C'est un processus ordonné, qui fait...) des aliments que nous ingérons, souligne Satya Prakash, professeur de génie biomédical (Le génie biomédical est une branche de l’ingénierie visant au contrôle des systèmes biologiques ou au développement d’appareils servant au diagnostic et au traitement des patients. Ce...) à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) de l'Université McGill et auteur en chef de l'étude. Ainsi, une seule préparation probiotique peut agir simultanément sur plusieurs voies de signalisation biochimiques et procurer une panoplie de bienfaits physiologiques, d'où l'effet spectaculaire de notre préparation sur des marqueurs nombreux et divers."

La drosophile est remarquablement proche des mammifères, le degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines suivants :) de similitude des voies biochimiques atteignant environ 70 %. On a donc une idée assez claire des effets attendus chez l'être humain, précise le professeur.

"Chez l'humain, les effets ne seraient probablement pas aussi spectaculaires, mais il y a tout lieu de penser que l'ajout de Triphala et de ces probiotiques à l'alimentation est un gage de longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence de...) et de santé."

Les résultats obtenus tiennent à l'"axe intestin-cerveau", poursuivent les auteurs. Il s'agit d'une voie de communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter-...) bidirectionnelle entre les microorganismes du tractus gastro-intestinal – le microbiote – et le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions...). Au cours des dernières années, des études ont révélé que l'axe intestin-cerveau était en cause dans l'apparition d'altérations neuropathologiques et de diverses maladies, telles que le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la norme pas nécessairement...) de l'intestin irritable, la neurodégénérescence et même la dépression. Cependant, rares sont les études qui ont porté sur des modulateurs du microbiote aux effets aussi puissants ou étendus que la présentation administrée lors de l'étude qui nous intéresse.

Les enseignements de la médecine traditionnelle

Le complément à base de plantes qu'ont administré les chercheurs, Triphala, est une association de trois fruits utilisés comme plantes médicinales en ayurvéda (médecine traditionnelle indienne): l'amalaki, le bibhitaki et le haritaki.

Susan Westfall, auteure principale de l'étude et ancienne doctorante à McGill, a eu l'idée d'associer Triphala à des probiotiques, parce qu'elle étudie depuis longtemps les produits naturels de la pharmacopée traditionnelle indienne et leurs effets sur les maladies neurodégénératives.

"Au début de l'étude, nous espérions que l'association Triphala-probiotiques serait au moins légèrement plus efficace que chacune de ses composantes prises individuellement, mais jamais nous n'aurions pensé obtenir une telle efficacité, s'exclame la chercheuse, aujourd'hui boursière postdoctorale à l'École de médecine Icahn du réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets »,...) Mount Sinai, à New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des...).

La nouvelle étude, à l'origine d'une demande de brevet provisoire déposée aux États‑Unis par une entreprise qu'ont cofondée les auteurs, pourrait avoir des retombées dans le domaine du microbiome, des probiotiques et de la santé humaine.

Étant donné les effets physiologiques étendus observés chez la drosophile, Satya Prakash pense que la préparation pourrait se révéler utile contre plusieurs problèmes chez l'être humain, notamment le diabète (Le diabète présente plusieurs formes, qui ont toutes en commun des urines abondantes (polyurie). Le mot « diabète » vient du grec ancien dia-baïno, qui signifie « passer au...), l'obésité (L'obésité est l'état d'une personne, ou d'un animal, souffrant d'une hypertrophie de la masse adipeuse, qui se traduit par un excès de poids, réparti de façon généralisée...), la neurodégénérescence, l'inflammation chronique, la dépression, le syndrome de l'intestin irritable et même le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la...).

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et les Instituts de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) en santé du Canada.

L'article " Longevity extension in Drosophila through gut-brain communication ", par Susan Westfall, Nikita Lomis et Satya Prakash, a été publié dans la revue Scientific Reports.
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