Comment les ingrédients nécessaires à la vie pourraient-ils atteindre l'océan caché sous la glace d'Europe, cette lune de Jupiter ? Cette interrogation anime les scientifiques depuis des années, car en l'absence d'un vecteur efficace, cet
environnement prometteur resterait stérile malgré son abondance en eau.
Autour de Jupiter, Europe se distingue par sa surface glacĂ©e et craquelĂ©e. Sous cette carapace se trouve un vaste ocĂ©an d'eau salĂ©e, contenant peut-ĂȘtre le double de toute l'eau terrestre. Cet ocĂ©an est privĂ© de
lumiĂšre et d'
oxygĂšne, ce qui signifie que toute forme de vie devrait tirer son
énergie de réactions chimiques. Les radiations intenses de Jupiter génÚrent à la surface des substances oxydantes, potentiellement catalyseuses de vie, mais leur traversée de l'épaisse couche de glace constitue un obstacle.
Illustration de la sonde Europa Clipper de la NASA survolant la lune glacée Europe. Lancée le 14 octobre 2024, elle atteindra Europe en avril 2030.
Crédit: NASA/JPL-Caltech
La glace en surface d'Europe est perçue comme rigide et peu mobile, formant une couche stagnante qui bloque le passage des matériaux. Les mouvements géologiques visibles sont principalement horizontaux, comme des fractures, offrant peu d'opportunités pour un
déplacement vertical. Cette configuration limite la descente des produits chimiques vers l'océan, et donc son ensemencement, sauf lors d'événements majeurs.
Une Ă©tude rĂ©cente propose cependant un mĂ©canisme nouveau: des poches de glace riche en sel, plus denses et plus fragiles, pourraient se dĂ©tacher et couler lentement Ă travers la coquille de glace. Ce processus, appelĂ© foundering lithosphĂ©rique, rappelle un phĂ©nomĂšne terrestre oĂč des portions de la croĂ»te s'enfoncent dans le manteau. Sur Europe, il autoriserait un transport constant sur des Ă©chelles de temps gĂ©ologiques.
Des simulations informatiques ont évalué cette idée avec une coquille de glace d'environ 30 kilomÚtres d'épaisseur. Dans différents scénarios, la glace de surface, légÚrement fragilisée, peu descendre en quelques dizaines de milliers à quelques millions d'années. Dans les cas les plus favorables, elle atteint l'océan en 30 000 ans.
Ces résultats ouvrent des perspectives inédites pour l'habitabilité d'Europe. Si ce mécanisme fonctionne, il apporterait réguliÚrement des oxydants et autres composés essentiels à l'océan souterrain, soutenant potentiellement des formes de vie microbiennes. Ce phénomÚne rend donc cette lune encore plus intéressante pour la recherche de vie extraterrestre dans notre
SystĂšme solaire.
Pour en savoir plus, la mission Europa Clipper de la NASA, lancée en 2024, arrivera autour de Jupiter en 2030. Elle effectuera des survols rapprochés pour étudier la profondeur de l'océan et évaluer les conditions à l'intérieur. Cette mission pourrait confirmer si ce processus de transport est effectif.
La glace salée et ses propriétés
Sur Europe, la glace n'est pas pure ; elle contient des sels et d'autres impuretés provenant de l'océan sous-jacent ou des interactions de surface. Ces inclusions modifient considérablement ses caractéristiques physiques.
La présence de sel abaisse le point de fusion de la glace, générant des zones plus molles et plus mobiles. Cela facilite la déformation et le déplacement sous l'effet des forces gravitationnelles de Jupiter, qui étirent et compressent continuellement la lune.
Ces propriétés permettent à la glace salée de jouer un rÎle actif dans le transport des matériaux. En devenant plus lourde, elle peut initier des mouvements de descente à travers la coquille glacée, agissant comme un convoyeur naturel vers les profondeurs.
Comprendre la composition de la glace est donc fondamental pour modéliser les processus géologiques sur Europe. Les futures missions spatiales chercheront à analyser ces impuretés pour mieux prédire la dynamique interne et les chances d'y trouver des environnements propices à la vie.