Déterminer la nature du neutrino avec le paladium 110 ?

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En mesurant avec précision les masses des noyaux de 110Pd (paladium-110) et de 110Cd (cadmium-110), les physiciens de la collaboration Isoltrap au Cern, qui implique l’IN2P3/CNRS (1), ont pu déterminer l’énergie qui correspondrait à la désintégration double bêta du 110Pd sans émission de neutrino. Ce mode de décroissance a priori rarissime serait décisif pour déterminer si le neutrino est une particule dite "de Majorana", à savoir qu’il est sa propre antiparticule. De nouvelles générations de détecteurs constitués de 110Pd pourraient alors voir le jour dans les expériences dédiées à l’étude du neutrino. Ces résultats ont fait l’objet d’une publication dans la revue Physical Review Letters.

Le neutrino peut être traqué lors d’événements extrêmement rares : c’est le cas de la double désintégration bêta, où au lieu d’un seul électron et d’un antineutrino comme dans la désintégration bêta classique, ce sont simultanément deux électrons et deux antineutrinos qui sont émis. Cette désintégration, spécifique seulement d’une trentaine de noyaux atomiques, survient si rarement qu’il faut attendre de l’ordre de 10 milliards de milliards d’années pour que la moitié d’un échantillon de matériau (susceptible de subir cette désintégration) se soit désintégré de cette manière. Mais les physiciens, par exemple ceux de l’expérience Nemo au LSM (2), essaient de détecter des événements encore plus rares où seuls deux électrons seraient émis : il s’agit de la double désintégration bêta sans émission de neutrino qui, si ce processus existe, prouverait que le neutrino serait identique à son antiparticule, contrairement à toutes les autres particules élémentaires.

Tout comme le molybdène-100 ou le sélénium-82 utilisés dans certaines expériences actuelles dédiées à l’étude du neutrino, le paladium-110 est propice à la désintégration double bêta mais son atout réside en sa durée de vie, qui s’avère plus courte. Utiliser du 110Pd dans les détecteurs augmenterait alors les chances de détecter des événements issus de la double désintégration bêta sans émission de neutrino. Autre avantage : l’isotope 110Pd est relativement abondant dans la nature.

La signature de la décroissance double bêta du 110Pd sans émission de neutrino se traduirait par une accumulation de désintégrations à une énergie (valeur Q) correspondant à la différence de masse entre le 110Pd et le 110Cd produit lors de cette désintégration.

Les chercheurs de la collaboration Isoltrap ont pesé avec une grande précision les noyaux de 110Pd et de 110Cd. Les masses de ces deux isotopes ont été mesurées dans le piège de Penning d'Isoltrap à l’aide d’une nouvelle technique basée sur l’utilisation d’un laser pour désorber (3) des atomes de Pd et de Cd déposés sur une feuille. Les mesures de masses obtenues ont ainsi permis de déterminer la valeur de l'énergie Q, soit 2017,85 (64) keV.

La collaboration a également sollicité l'aide de théoriciens de l'Université de Yale (États-Unis), de l’Universidad de Concepcion (Chili) et de l'Université Comenius (Bratislava).

Les résultats théoriques couplés aux mesures de masses permettent d’envisager la conception de nouvelles générations de bolomètres pour la détection double bêta.

Isoltrap est une collaboration entre le Max Planck Institut fuer Kernfysik de Heidelberg, l'Université de Dresde, le GSI, le Cern, l'Université de Greifswald et l’IN2P3/CNRS (CSNSM).

Notes:

(1) Laboratoire impliqué : Centre de spectrométrie nucléaire et de spectrométrie de masse - CSNSM (CNRS / Université Paris Sud).

(2) Laboratoire souterrain de Modane (CNRS / CEA).

(3) La désorption est le processus inverse de l'adsorption. L'adsorption correspond à une interaction entre un ion ou une molécule et une surface solide. La désorption met en jeu la rupture des liaisons entre ion ou molécule et surface adsorbante.

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buck

?? pas tout compris sur ce coup
une emmission beta libere un neutrino, donc double beta= 2 neutrinos non ?

KA
kace

buck
?? pas tout compris sur ce coup
une emmission beta libere un neutrino, donc double beta= 2 neutrinos non ?

De ce que j'ai compris, les 2 neutrinos pourraient se neutraliser (matière + antimatière = énergie) et passer ce surcroît d'énergie aux 2 noyaux ... Et ça ne peut arriver que si le neutrino est sa propre antiparticule : donc si on détecte cette réaction, on sait que le neutrino est sa propre antiparticule.

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buck

ahhh oui en effet je n'avais pas vu ca dans ce sens
Mais ils ont jamais essaye d'envoyer un flux de neutrino l'un contre l'autre (ou electron positron) ??

KA
kace

buck
ahhh oui en effet je n'avais pas vu ca dans ce sens
Mais ils ont jamais essaye d'envoyer un flux de neutrino l'un contre l'autre (ou electron positron) ??

Bonne question pour les flux de neutrino l'un contre l'autre : je n'en sais rien mais j'ai un doute sur le fait qu'ils puissent réagir entre eux sans rien autour ... En effet, en quoi serait transformée l'énergie (les neutrinos ne réagissant qu'à l'interaction faible, pas sûr qu'ils puissent créer un photon qui est lié à la force électromagnétique ...) ? Alors que dans un noyau, ça peut se transformer en énergie cinétique, d'où l'expérience.
Mais je spécule sur qqch que je ne maîtrise pas : si nos spécialistes du Modèle Standard pouvaient nous éclairer, ce serait top ;-)

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kaliscot

En parlant de neutrino, que devient cette histoire de neutrino plus rapide que la lumière ? C'est toujours d'actualité ?

KA
kace

kaliscot
En parlant de neutrino, que devient cette histoire de neutrino plus rapide que la lumière ? C'est toujours d'actualité ?

Des contre-expertises et d'autres études par d'autres labos sont en cours, il faut laisser le temps au temps : patience ...
Mais une chose est sûre : l'étude était "sérieuse" et faite par des professionnels reconnus. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas une erreur qque part, mais c'est relativement crédible et ne peut être balayé d'un revers de main. Maintenant, ce serait tellement choquant si ça se confirmait qu'il faut garder tout cela au conditionnel (comme l'ont très bien fait les responsables de l'étude).

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buck

Merci Kace ;) Y a pu ka attendre Bongo ;)

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cisou9

buck
ahhh oui en effet je n'avais pas vu ca dans ce sens
Mais ils ont jamais essaye d'envoyer un flux de neutrino l'un contre l'autre (ou électron positron) ??

:_salut: Ça c'est du travail pour le LHC, j'aimerais avoir l'avis de Bongo ! :jap:

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franckpiton

Lancer un flux de neutrino contre un autre; la probabilité que un neutrino interagisse de cette manière avec un autre doit être désespérément faible.

KA
kace

franckpiton
Lancer un flux de neutrino contre un autre; la probabilité que un neutrino interagisse de cette manière avec un autre doit être désespérément faible.

En effet, la proba doit friser avec 0, voire être égale à 0 (en effet, je doute du fait qu'un photon puisse en résulter), auquel cas ça ne risque pas de marcher ... Ceci dit, dans l'atome de Palladium, ça semble envisageable manifestement !?!
Bongo, peut-être en sais-tu plus à ce sujet ?

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bongo1981

Lorsqu'un neutrino rencontre un antineutrino de la même saveur, il en résulte un boson Z (neutre) virtuel (puisqu'il a une masse de 91 GeV, et que les neutrinos ont probablement une énergie bien plus faible). Ce boson se déintègre ensuite très rapidement en électron positron ou quark anti quark etc...

Pour ce qui est de la probabilité de réaction, elle dépend de l'énergie, la probabilité augmentation avec l'énergie.

En terminologie de la physique des particules, on parle plutôt de section efficace, dont l'unité est le barn (1e-28 m², c'est le carré de 10 fermi plus adapté à la physique nucléaire).

http://thesesups.ups-tlse.fr/202/1/Gillard_William.pdf

Par exemple pour un électron et un positron, la section efficace d'annihilation en photons est de l'ordre de 1 barn.

La section efficace de réaction impliquant un neutrino et un lepton est plutôt autour de 1e-20 barn, et donc avec 2 neutrinos ça doit être pas loin de 1e-40 barn... (là j'extrapole sans modèle, c'est un ordre de grandeur).

De plus il est très difficile de focaliser un flux de neutrinos. Il faut bien garder en tête, que les faisceaux manipuler par le LHC sont refocaliser plusieurs fois avec des aimants bipolaires/quadripolaires/octupolaires, alors que pour le neutrino, c'est impossible.

KA
kace

Merci Bongo1981 !
Si l'ordre de grandeur de 10^-40 se confirme, j'imagine qu'on peut en déduire que c'est "quasi-jamais", donc totalement inobservable, non ? Et ce d'autant plus qu'on ne peut pas bien focaliser le faisceau, comme tu l'expliques clairement.
Restent donc qques conditions exceptionnelles où ce type d'annihilation neutrino-antineutrino pourrait arriver : lors du big bang (difficilement reproductible ;-), lors de l'implosion d'une étoile en étoile à neutron (supernova : idem, pas facile en labo ...) ou peut-être lors de la désintégration double beta du palladium ! D'où les expériences, si j'ai bien compris.
Ca me fait penser que si l'on a de la chance, une supernova pas trop loin dans notre Galaxie (et tant qu'à faire, pas trop près non plus, sinon tous aux abris) pourrait générer un paquet de neutrino dont l'observation pourrait éclairer sur les conditions à l'intérieur de l'étoile (pi, lors de la formation de l'étoile à neutron, les neutrinos restent en quasi-équilibre thermique avec la matière ultra-dense pendant une dizaine de secondes, ce qui est énorme car à la vitesse de la lumière, un neutrino devrait sortir de l'étoile en moins de 0,01 milli-seconde !) : indirectement, on serait peut-être capable d'en déduire si de telles interactions ont lieu ou pas. Mais c'est peu probable (supernova très rares, ~1 par siècle dans notre galaxie), l'interprétation serait difficile (on connait mal la matière dans ces conditions !) et ça reste une méthode très indirecte, donc discutable ...
Bref, surveillons le palladium, c'est plus facile !
Merci encore Bongo pour ta réponse (et je regarderai le doc que tu indiques + qques recherches sur Arxiv pour voir la littérature sur le sujet).

DR
drericsimon

si ça peut aider à la compréhension de la décroissance double béta sans neutrinos, voilà son diagramme :

Et si le neutrino est de Dirac :

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Aldebaran

kaliscot
En parlant de neutrino, que devient cette histoire de neutrino plus rapide que la lumière ? C'est toujours d'actualité ?

A priori c'était une erreur, voir cet article :

Un GPS mal branché aurait faussé l'observation de neutrinos plus rapides que la lumière

https://www.lemonde.fr/planete/article/ ... -neutrinos_1647070_3244.html