Les irréductibles algues rouges de Bretagne résistent encore au réchauffement des eaux

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Les irréductibles algues rouges de Bretagne résistent encore au réchauffement des eaux

Des chercheurs du laboratoire Biologie des Organismes et Ecosystèmes Aquatiques (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS/IRD/UPMC/UNICAEN), de l’Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS/EPHE/UPMC), de la station biologique de Roscoff (CNRS/UPMC) et de l’équipe Biodiversité et gestion des territoires de l’Université de Rennes1, ont caractérisé les réponses des communautés d’algues rouges aux changements des conditions environnementales sur les côtes bretonnes au cours des 20 dernières années. Cette étude est publiée dans le Journal of Biogeography.

Algues rouges (Plocamium spp. au premier plan et Palmaria Palmata en arrière plan) en formation herbacée sous les forêts de laminaires. Illustration: E. Feunteun / MNHN

Les travaux des chercheurs se sont fondés sur une approche de terrain et un travail de modélisation considérable. Les équipes de plongeurs scientifiques des stations marines de Dinard et de Roscoff ont réalisé des inventaires sur 65 sites, du Golfe Normand Breton à la Baie de Vilaine, entre 2010 et 2012. Ils ont porté sur la variabilité des assemblages d’algues rouges présents sous les « forêts de laminaires », habitats sous marins emblématiques de la côte de Bretagne. Les patrons d’organisation récents ont été comparés à des données collectées sur 163 sites, localisés dans la même zone, entre 1992 et 1998. Couvrant ainsi au total une vingtaine d’années, les chercheurs ont pu analyser l’évolution de la diversité des assemblages d’algues rouges entre les deux périodes.

L’équipe de chercheurs a montré que la température des eaux de surface de Bretagne s’est élevée de plus de 0,7°C en 20 ans, sensiblement plus que ce qui es t observé au niveau mondial. Par ailleurs, les écarts saisonniers de températures se sont amplifiés, notamment dans le Golfe Normand Breton, avec un réchauffement estival et un refroidissement hivernal plus marqué en 2010-2012 qu’en 1992-1998.

Les chercheurs ont observé un changement significatif de la composition spécifique des assemblages d’algues rouges au cours des 20 dernières années, qui peut être corrélé à l’augmentation de la température. De plus, l’amplitude saisonnière des températures est le principal facteur gouvernant l’aire de distribution des espèces. Les modèles des chercheurs ont mis en avant des changements significatifs de l’aire de distribution de 7 sur 10 espèces les plus fréquentes.

Les modifications observées concernent le plus souvent une restriction de la zone occupée par les espèces avec un déplacement vers le nord ouest de la Bretagne ou un resserrement autour de la mer d’Iroise où les eaux sont restées plus fraîches. Ces résultats montrent que le schéma habituellement accepté de remontée des espèces vers le nord en réponse au réchauffement climatique se décline d’une manière particulière en milieu marin de la Bretagne. En effet, si la température des eaux de surface a plus fortement augmenté en Bretagne qu’en moyenne dans l’Océan mondial au cours des vingt dernières années, le réchauffement est hétérogène à l’échelle de la Bretagne.

Ainsi, bien que les chercheurs constatent un déplacement des communautés algales vers le nord ouest de la Bretagne, les eaux de la mer d’Iroise, restées plus froides, pourraient fonctionner comme un refuge pour les espèces non tolérantes au réchauffement.

Enfin, ces changements soulèvent également la question de l’effet de ces déplacements d’algues sur la faune et la flore environnantes. Ainsi, la communauté scientifique travaille aujourd’hui sur l’impact de ces modifications sur le fonctionnement écologique des milieux marins côtiers.

HU
hubble

j'ai fait de la plongee dans la mer d'Oman (sud-est de l'Arabie) ou la temperature de l'eau est beaucoup plus elevee qu'en Bretagne.
Parfois on ressent des courants d'eau chaude de plus 30degres qui n'effraie en aucune maniere les poissons et autres formes de vies qui y habitent. Alors votre augmentation de 0.7 degre ferait sourire les poissons qui j'ai rencontre.
Les especes marines ont vecu des dizaines de millions d'annes avant nous et subit des variations climatiques bien plus significatives que la petite variation des 20 dernieres annees. Comparativement a la moyenne des temperatures sur des millions d'annees , notre climat est plutot froid et les glaciers asssez recents !

avatar
Yougo

Certes... sur des échelles géologiques les espèces ont le temps de bouger, généralement, et de s'habituer.

Bon, j'ai bien vu des plantes et d'animaux qui s'habituent en quelques générations, mais je sais aussi que toutes les espèces ne s'adaptent pas (je ne parle pas d'évoluer) à la même vitesse, d'où une perte de la biodiversité.
Et cela sans parler des noeuds centraux des écosystèmes que sont généralement les espèces rares qui sautent à la moindre petite catastrophe. Or elles soutiennent la biodiversité (pas par leur existence, hein).

Alors après il reste la répartition spatiale ("l’aire de distribution" des espèces, dans l'étude) qui est correlée à l'augmentation de la température. Comment ne pas interpréter la correlation comme cause dans ce cas-ci ?

Bon, note d'optimisme : Il y a déjà un parc naturel sur la mer d'Iroise, si ça doit servir de refuge :)