🧬 BactĂ©ries et archĂ©es auraient complĂ©tĂ© leur chimie vitale chacune de son cĂŽtĂ©

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Avant que bactĂ©ries et archĂ©es ne deviennent deux grandes branches du vivant, leur ancĂȘtre commun possĂ©dait dĂ©jĂ  une partie de la chimie nĂ©cessaire Ă  la vie. Mais il lui manquait encore de nombreuses enzymes. Selon une nouvelle Ă©tude, chacune des deux lignĂ©es aurait ensuite complĂ©tĂ© ce systĂšme de son cĂŽtĂ©.

Ce systĂšme est le mĂ©tabolisme : un rĂ©seau de rĂ©actions qui permet aux cellules de fabriquer leurs constituants et de transformer l’énergie. Les enzymes sont les protĂ©ines qui accĂ©lĂšrent et contrĂŽlent aujourd’hui la plupart de ces rĂ©actions. Les archĂ©es, elles, sont des microbes distincts des bactĂ©ries, mĂȘme si les deux groupes peuvent se ressembler.

Image d'illustration Pixabay

Pour remonter aussi loin dans le passĂ©, il n’existe Ă©videmment aucun fossile de protĂ©ine. Les auteurs ont donc comparĂ© les enzymes prĂ©sentes dans 552 gĂ©nomes bactĂ©riens et 401 gĂ©nomes d’archĂ©es. Ils ont reliĂ© ces protĂ©ines Ă  361 rĂ©actions nĂ©cessaires pour fabriquer notamment des acides aminĂ©s, des bases de l’ADN et divers auxiliaires chimiques des cellules.

Cette comparaison permet de rechercher les enzymes hĂ©ritĂ©es d’un ancĂȘtre trĂšs ancien. Les chercheurs en attribuent 166 Ă  LUCA, nom donnĂ© au dernier ancĂȘtre commun aux bactĂ©ries et aux archĂ©es. En revanche, 89 autres seraient apparues plus tard sur la branche menant aux bactĂ©ries, et 38 sur celle menant aux archĂ©es. Pour 37 enzymes, les donnĂ©es restent trop dispersĂ©es pour trancher.

Un point change fortement la maniĂšre de lire ce rĂ©sultat : l’absence d’une enzyme chez LUCA ne signifie pas forcĂ©ment que la rĂ©action correspondante Ă©tait impossible. Elle pouvait ĂȘtre rĂ©alisĂ©e autrement, avant l’apparition de la protĂ©ine moderne.

Les auteurs proposent que des mĂ©taux prĂ©sents dans l’environnement aient assurĂ© une partie de ce travail. Du fer, du nickel ou du cobalt peuvent accĂ©lĂ©rer des rĂ©actions chimiques sans enzyme. Plusieurs expĂ©riences antĂ©rieures ont dĂ©jĂ  reproduit, avec de tels mĂ©taux et dans des conditions hydrothermales, des rĂ©actions correspondant Ă  plus de la moitiĂ© du mĂ©tabolisme central actuel.

Ce scĂ©nario renvoie aux sources hydrothermales, oĂč de l’eau circule dans des roches chaudes et dĂ©clenche de nombreuses rĂ©actions chimiques. Certaines de ces rĂ©actions produisent de l’hydrogĂšne et exposent des mĂ©taux capables de transformer de petites molĂ©cules. La chimie du milieu aurait ainsi pu fournir une partie de ce que les cellules assurent aujourd’hui elles-mĂȘmes.

L’étude apporte aussi un test sur le phosphite, un composĂ© du phosphore prĂ©sent dans certains milieux hydrothermaux. En prĂ©sence de mĂ©taux, il peut participer Ă  l’ajout d’un groupe phosphate sur l’AMP pour former de l’ADP. Cette molĂ©cule appartient au systĂšme ATP-ADP utilisĂ© aujourd’hui par les cellules pour leurs Ă©changes d’énergie. Les auteurs relient Ă©galement 17 auxiliaires chimiques modernes Ă  des fonctions que des mĂ©taux peuvent remplacer dans des expĂ©riences de laboratoire.

Le scĂ©nario proposĂ© n’implique donc pas deux origines indĂ©pendantes de la vie. BactĂ©ries et archĂ©es auraient hĂ©ritĂ© d’un mĂȘme rĂ©seau chimique dĂ©jĂ  bien avancĂ©, puis remplacĂ© certaines aides minĂ©rales par des enzymes diffĂ©rentes. Reste Ă  dĂ©terminer jusqu’oĂč ces rĂ©actions sans enzymes peuvent fonctionner ensemble dans un mĂȘme environnement et alimenter durablement un rĂ©seau comparable Ă  celui des premiĂšres cellules.