đŸŒĄïž Il y a 304 millions d’annĂ©es, le rĂ©chauffement a franchi un important seuil climatique

Il y a environ 304 millions d’annĂ©es, un rĂ©chauffement rapide a bouleversĂ© une Terre pourtant installĂ©e dans une longue pĂ©riode glaciaire.

À cette Ă©poque, de vastes calottes de glace occupaient une partie de l’hĂ©misphĂšre Sud. Le climat n’était toutefois pas complĂštement stable. Les archives gĂ©ologiques montrent des alternances entre phases plus froides et pĂ©riodes plus chaudes, liĂ©es notamment aux variations du dioxyde de carbone atmosphĂ©rique.

L’épisode Ă©tudiĂ© se distingue par sa rapiditĂ© Ă  l’échelle gĂ©ologique. Des travaux antĂ©rieurs ont estimĂ© que la concentration de CO₂ Ă©tait passĂ©e d’environ 350 Ă  700 parties par million. Cette hausse se serait produite sur environ 300 000 ans, aprĂšs une phase de glaciation marquĂ©e.

Le changement apparaĂźt aussi dans les anciennes tempĂ©ratures ocĂ©aniques. Des coquilles fossilisĂ©es indiquent que les eaux de surface sont passĂ©es d’environ 25 °C Ă  29 °C. Cette hausse de 4 °C accompagne un recul des glaces continentales et une montĂ©e du niveau marin.

Pour comprendre l’intĂ©rĂȘt de cet Ă©pisode, il faut regarder les rĂ©actions qui suivent ce rĂ©chauffement. Une hausse de tempĂ©rature peut modifier les ocĂ©ans, les glaces et le cycle du carbone. Ces changements peuvent ensuite renforcer le rĂ©chauffement, au lieu de simplement l’accompagner.

La nouvelle étude publiée dans PNAS examine cet ancien épisode comme un possible franchissement de seuil climatique. Dans ce type de situation, une perturbation relativement limitée peut entraßner des changements bien plus importants. Le systÚme climatique ne répond alors plus de façon strictement proportionnelle à la cause de départ.

Les ocĂ©ans ont Ă©galement subi une forte perte d’oxygĂšne. Les estimations issues de travaux prĂ©cĂ©dents indiquent qu’environ 20 % des fonds marins auraient alors connu des conditions sans oxygĂšne. Cette Ă©volution coĂŻncide avec une baisse de la biodiversitĂ© marine enregistrĂ©e dans les roches de cette pĂ©riode.

Autrement dit, ce rĂ©chauffement ancien ne correspond pas seulement Ă  quelques degrĂ©s supplĂ©mentaires. Il montre comment plusieurs mĂ©canismes peuvent agir ensemble : hausse du CO₂, recul des glaces, rĂ©chauffement des eaux et diminution de leur oxygĂ©nation. L’ensemble peut amplifier une perturbation climatique initiale sur une durĂ©e relativement courte.

Cette pĂ©riode ancienne ne reproduit pas le monde actuel, dont les continents, les ocĂ©ans et les Ă©cosystĂšmes sont diffĂ©rents. Elle offre nĂ©anmoins un cas rĂ©el permettant d’étudier la rĂ©action d’une planĂšte glaciaire Ă  une hausse rapide du carbone. Les chercheurs peuvent dĂ©sormais prĂ©ciser quels mĂ©canismes ont dĂ©clenchĂ© l’amplification observĂ©e et jusqu’oĂč elle a modifiĂ© le climat.