Une centaine d'outils paléolithiques en os de cétacés

Identifiées par Jean-Marc Pétillon, chargé de recherche du CNRS, ces pointes de sagaie en os de grands cétacés prouvent l'existence d'un mode de vie littoral chez les chasseurs-cueilleurs de la fin du Paléolithique supérieur. Un scénario jusque-là peu étudié, et pour cause : la hausse du niveau de la mer depuis cette période a recouvert toutes les traces d'une possible occupation littorale.

Jusqu'à présent, on pensait que cette pointe de sagaie trouvée dans la grotte des Espélugues,

Jusqu'à présent, on pensait que cette pointe de sagaie trouvée dans la grotte des Espélugues,
dans les Hautes-Pyrénées, était en bois de renne.
© Jean-Marc Pétillon, collections du Musée d'archéologie national

On les avait, à tort, classés parmi les outils en bois de renne, tant l'homme préhistorique a longtemps été vu comme un homme de l'intérieur des terres - un homme de steppes, de grottes et de cavités. Mais l'examen attentif des pièces d'une quarantaine de collections, provenant de 23 sites occupés dans les Pyrénées entre - 17 500 et - 15 000, ne laisse pas de doutes : il s'agit bien de pièces en os de grands cétacés, baleines et autres cachalots. « J'ai identifié une centaine de ces outils, qui proviennent de sites répartis entre les Pyrénées-Atlantiques et l'Ariège », annonce Jean-Marc Pétillon, chercheur CNRS. La plus grosse collection est constituée d'une soixantaine de pointes de sagaies en os de cétacés provenant de la grotte d'Isturitz, dans les Pyrénées-Atlantiques, et conservées au Musée d'archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye.
« Cette découverte confirme l'existence d'un mode de vie littoral chez les chasseurs-cueilleurs nomades du Paléolithique supérieur, qui ont, selon toute vraisemblance, utilisé les os de cétacés échoués sur la côte », poursuit le chercheur. Quant à savoir comment ces objets sont arrivés jusqu'en Ariège, la question reste entière : ont-il voyagé avec des nomades venus de la côte atlantique ou sont-ils le résultat d'échanges entre groupes voisins ? Une chose est sûre : ces résultats incitent à réexaminer de près d'autres collections d'objets paléolithiques.

Référence:

Circulation of whale-bone artifacts in the northern Pyrenees during the Late Upper Paleolithic, publié online le 5 octobre dans Journal of Human Evolution par Jean-Marc Pétillon