Sensibilité électromagnétique

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Introduction

La sensibilité électromagnétique (ou électro-sensibilité, ou électro-hypersensibilité ou HSEM) est un trouble dans lequel une personne déclare connaître des symptômes de maladie qui sont selon elle causés ou aggravés par des champs ou des ondes électromagnétiques.

Les symptômes décrits sont reconnus comme réels (par l'OMS par exemple), mais la recherche scientifique globalement conclut à ce jour que les champs ou ondes électromagnétiques n'en sont pas la cause.
En particulier, des études en double aveugle ont montré que les champs électromagnétiques n'étaient pas à l’origine des symptômes constatés, et que ceux-ci pourraient donc être d'ordre psychologique . De même, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu’il n’y a pas d’éléments scientifiques qui permettraient d'appuyer l’affirmation que la sensibilité électromagnétique soit réellement causée par les champs électromagnétiques, et non par des troubles psychologiques.

Cependant, les personnes concernées et des associations affirment que le phénomène est causé par des expositions électromagnétiques, et mettent en cause les moniteurs d'ordinateur, les antennes-relais de la téléphonie mobile, le WiMAX , les lignes à haute tension, les transformateurs électriques ou encore les téléphones mobiles eux-mêmes. Elles s’appuient entre autres sur le rapport Bioinitiative publié en aout 2007, qui prétend apporter des preuves scientifiques concernant les effets sanitaires des champs électromagnétiques. De grandes institutions sanitaires réfutent toutefois la qualité de ce rapport.

Les proportions de personnes se disant électrosensibles varient de quelques personnes par million à 8 % des personnes interrogées. Dans les cas les plus sévères, les personnes sont tellement affectées qu'elles s'isolent et cessent le travail et changent leur mode de vie, alors que d'autres personnes rapportent des symptômes moins sévères qui entraînent un évitement de certaines sources de champs électromagnétiques . La sensibilité électromagnétique est officiellement considérée comme un handicap (et non une maladie) en Suède.

Description et prévalence de la sensibilité électromagnétique

Définition de l'OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) écrit en 2005 :

« Depuis quelque temps, un certain nombre d'individus signalent divers problèmes de santé qu'ils attribuent à leur exposition aux [champs électro-magnétiques]. Si certains rapportent des symptômes bénins et réagissent en évitant autant qu'ils le peuvent ces champs, d'autres sont si gravement affectés qu'ils cessent de travailler et modifient totalement leur mode de vie. Cette sensibilité présumée aux [champs électro-magnétiques] est généralement appelée « hypersensibilité électromagnétique » ou HSEM). »

Symptômes

Les symptômes rapportés sont divers, sans profil symptomatique spécifique, ce qui signifie qu'ils peuvent s'apparenter à d'autres troubles ou maladies. Ce sont aussi des symptômes fréquemment rencontrés dans la « population générale ».

Selon l’OMS, l’hypersensibilité électromagnétique « est caractérisée par divers symptômes que les individus touchés attribuent à l'exposition aux champs électro-magnétiques (CEM). Parmi les symptômes les plus fréquemment présentés, on peut mentionner des symptômes dermatologiques (rougeurs, picotements et sensations de brûlure), des symptômes neurasthéniques et végétatifs (fatigue, lassitude, difficultés de concentration, étourdissements, nausées, palpitations cardiaques et troubles digestifs). Cet ensemble de symptômes ne fait partie d'aucun syndrome reconnu . »

Plusieurs auteurs ont analysé les symptômes décrits par des électrosensibles. Dans l’étude de Hillert et al. (2002), le symptôme le plus fréquemment cité est la fatigue, suivie de problèmes dermatologiques au visage, de sensations de lourdeur dans la tête, d'irritation des yeux, de nez bouché ou encombré, de maux de tête, de difficultés de concentration, etc. Röösli et al. (2004), quant à eux, décrivent en ordre décroissant des troubles du sommeil, des maux de tête, de la nervosité/angoisse, de la fatigue, des difficultés de concentration, des acouphènes, des vertiges, des douleurs dans les membres... Ces auteurs n'observent pas de différences entre les symptômes cités par les hommes et les femmes. Les résultats de Schüz et al. (2006) rejoignent les résultats précédents : le symptôme cité le plus fréquemment est la fatigue, suivie de difficultés de concentration, de troubles du sommeil, de lassitude, de mauvaise humeur, d'inconscience, de maux de tête, de sensations de faiblesse...

Chez certaines personnes se jugeant électrosensibles, les symptômes passagers évoluent vers la chronicité, avec des conséquences diverses :

  • Souffrances physiques (sensation de décharges électriques dans le corps, picotements, oreilles qui chauffent, maux de tête, palpitations cardiaques, sensation de brûlure, ...) et psychologiques (préoccupation, anxiété, état dépressif, stress, spasmophilie)
  • Comportements d'évitement de l'exposition
  • Organisation de la vie du patient autour de ce problème
  • Absentéisme, incapacité de travail
  • Isolement social, divorce
  • Difficultés financières dues aux déménagements et aménagements électriques de la maison

Parfois, l'incompréhension de l'entourage professionnel ou familial, et la non reconnaissance du monde médical aggravent l'isolement de la personne électrosensible. Plusieurs auteurs parlent d'un cercle vicieux où symptômes, associations de ces derniers à une (des) source(s) électromagnétique(s) et comportements d'évitement se succèdent, s'amplifient et s’auto-entretiennent.

Prévalence de l’électro-sensibilité

Les estimations de prévalence de l’électro-sensibilité dans la population varient ; de quelques individus par million, à des taux bien plus élevés. Pour l'OMS, environ 10 % des cas signalés d’électro-sensibilité ont été considérés comme graves.

Une étude européenne (Bergqvist et al., 1997) décrivait davantage de cas en Suède, au Danemark et en Allemagne et moins de cas en France, en Autriche et au Royaume-Uni (gradient Nord-Sud). Dans cette même étude, les sources d'exposition étaient intérieures (par ex. : écrans d'ordinateur) dans les pays scandinaves et extérieures (par ex.: lignes à haute tension et antenne GSM) dans d'autres régions.

Sur simples sondages, les proportions de personnes électrosensibles varient de quelques personnes par million à 8 % des personnes interrogées :

  • 3,2 % de personnes électrosensibles parmi les personnes interrogées par Levallois et al. (2002) en Californie.
  • 1,5 % des répondants se disent électrosensibles dans l'étude de Hillert et al. (2002) en Suède.
  • 6 % de la population allemande se dit électrosensible dans l'étude de Schroeder (2002).
  • 4,2 % des femmes et 1,7 % des hommes dans la population étudiée est "electromagnetic sensible" dans l'étude de Leitgeb & Schröttner (2003). Cette sensibilité est définie à partir d'un seuil de perception du courant.
  • 3,5 % des répondants se disent électrosensibles dans l'étude de Schrottner & Leitgeb (2008) en Autriche.
  • 2,7 % de la population étudiée (en Suisse) par Schreier et al. (2006) rapportent des effets négatifs sur la santé attribués aux champs électriques et magnétiques. 2,2 % rapportent avoir subi de tels effets dans le passé.
  • Dans l'enquête de la Commission Européenne (Bergqvist et al, 1997), les questionnaires ont été envoyés dans 138 centres de médecine du travail et 15 groupes d'entraide (taux de réponse de respectivement 49 et 67 %). La fréquence varie de quelques personnes par million (en Angleterre, Italie et France, selon les médecins du travail) à quelques dixièmes de pourcent (au Danemark, en Irlande et Suède, selon les groupes d'entraide).

Étiologie, diagnostic et preuves scientifiques

La question de l'impact sur la santé de l'exposition à des champs électromagnétiques ne fait pas unanimité.
En raison des déclarations de personnes déclarant être électrosensibles, des études étiologiques ont été menées pour rechercher les causes de cette maladie. En particulier, des études en double aveugle ont été réalisées et ont montré que les champs électromagnétiques n'étaient pas à l’origine des symptômes constatés, et que ceux-ci devaient donc être d'ordre psychologique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu’il n’y a pas d’éléments scientifiques qui permettraient d'appuyer l’affirmation que la sensibilité électromagnétique soit réellement causée par les champs électromagnétiques, et non par des troubles psychologiques.

Tests en double aveugle

En 2005, une étude exhaustive de la littérature scientifique a analysé les résultats de trente-et-une expériences qui testaient si les champs électromagnétiques causaient l’électrosensibilité. Chaque expérience exposait en laboratoire des personnes qui se déclaraient atteintes d’électrosensibilité à des champs électriques et/ou magnétiques fictifs ou réels, à de multiples fréquences, dans des études en double aveugle (le sujet et l’agent expérimentateur à ses côtés ne savent pas si le champ est fictif ou réel ; le sujet doit déterminer s'il a été exposé (détection du champ) et rapporter d'éventuels symptômes, il est parfois soumis également à différents tests de mémoire et d'attention.). Cette étude concluait que :

« Les symptômes décrits par les personnes souffrant de « électro-hypersensibilité » peuvent être sévères et parfois handicapants. Cependant, il s’est révélé difficile de montrer que, dans des études en aveugle, l’exposition à des champs magnétiques pouvaient être à l’origine de ces symptômes. Ceci suggère que l’électro-hypersensibilité n’est pas reliée à la présence de champs magnétiques, bien que des recherches supplémentaires sur ce phénomène soient nécessaires . »

Cette revue de littérature a étudié 31 études scientifiques ; elle a montré que sept études scientifiques trouvaient une association entre exposition et symptômes, alors que vingt-quatre études n'en trouvaient aucune. Cependant, sur les sept études, deux n'ont pas pu être reproduites même par leur auteurs initiaux, trois ont des biais méthodologiques importants, et les deux derniers présentaient des résultats contradictoires.

Depuis, d'autres expériences en double aveugle ont été publiées, chacune montrant que les personnes qui se déclarent atteintes de sensibilité électromagnétique sont incapables de détecter la présence de champs électromagnétiques et la probabilité qu’elles ressentent des symptômes de maladie est la même en présence d’une exposition fictive ou d’une exposition réelle.

Plusieurs personnes ont critiqué cette étude, mais des réponses ont été apportées aux objections, et les nombreuses études montrent que les champs électromagnétiques « ne causent pas les symptômes ressentis ».

Un rapport de 2005 de l’Agence de protection sanitaire du Royaume-Uni concluait que l’électrosensibilité devait être prise en considération par d’autres voies que son étiologie : les souffrances sont réelles, même si les causes de ces souffrances ne sont pas définies. Selon le groupe d'experts de la Commission européenne (Bergqvist et al, 1997) et le groupe de travail de l’OMS, le terme « électrosensibilité » n'implique pas une relation entre les champs électromagnétiques et des symptômes sanitaires.

Rapport Bioinitiative

Un rapport isolé, le rapport Bioinitiative publié en 2007 prétend apporter des preuves scientifiques concernant les effets sanitaires (Stress cellulaire, génotoxicité, risques de tumeurs au cerveau ou de leucémies) des champs électromagnétiques ; il estime que les normes sont inadaptées et définit des valeurs-seuil qui protégeraient mieux la santé.

Toutefois, l’analyse faite par diverses grandes institutions sur ce rapport (réseau EMF-Net, programme européen de recherche et de développement technologique, le Danish National Board of Health, l’Office Fédéral Allemand de Radioprotection, le Conseil de Santé des Pays-Pays) en réfute la qualité. Le rapport d’octobre 2009 de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) en analyse ainsi le contenu : « les différents chapitres du rapport sont de rédaction et de qualité inégales. Certains articles ne présentent pas les données scientifiques disponibles de manière équilibrée, n’analysent pas la qualité des articles cités ou reflètent les opinions ou convictions personnelles de leurs auteurs (…), il revêt des conflits d’intérêts dans plusieurs chapitres, ne correspond pas à une expertise collective et est écrit sur un registre militant. » Ce rapport BioInitiative très médiatisé et est à l’origine de quelques décisions judiciaires récentes, contre lesquelles l’Académie de médecine française s'est insurgée en mars 2009.

La Bioelectromagnetics Society n’approuve pas non plus cette étude, et selon elle, « des recherches par des spécialistes de physique théorique suggèrent que l’exposition [à des champs de radiofréquence non-thermiques] ne provoquera rien d’autre sur les être vivants, que, s’ils sont suffisamment puissants, une élévation locale de la température. Mais les physiciens ne peuvent pas tout connaître, aussi ils se tournent vers les biologistes, et découvrent que les bases de données ne contiennent aucune démonstration scientifiquement reproductible d’un effet néfaste sur la santé, même après 50 ou 60 ans de recherche scientifique. » Le chercheur Jean-Paul Krivine dénonce aussi l'apparence de sérieux scientifique et le conflit d'intérêt d'une des co-auteurs, Cindy Sage, propriétaire d'un cabinet homonyme proposant « des solutions pour « caractériser ou atténuer » les impacts des champs électromagnétiques. »

Attention, le mot anglais « radiofrequencies » désigne la partie du spectre électromagnétique, comprise entre 9 kHz et 3000 Ghz et contenant entre autres les « micro-ondes » et les « hyperfréquences » ; Il devrait être traduit en français par « radioélectriques ».

L'Agence Européenne pour l'environnement a contribué au Rapport BioInitiative avec un chapitre tiré de l'étude de l'Agence : "Signaux précoces et leçons tardives : le principe de précaution 1896–2000" publié en 2001.

Diagnostic

Il est difficile d'établir un diagnostic d'électrosensibilité car il n'existe pas de signes cliniques spécifiques objectivés ou de marqueurs pathophysiologiques spécifiques ou sensibles permettant de caractériser cette maladie.

Sources incriminées

Mats et antennes GSM.

Les sources incriminées sont toujours plus répandues dans nos sociétés modernes. Une étude par questionnaire de Röösli et al. (2004) ont analysé les causes des symptômes que les personnes touchées suspectent.

Dans l'étude de Röösli et al. (2004), les causes suspectées citées par les 167 électrosensibles interrogés étaient, par ordre décroissant ; les antennes de téléphonie mobile, suivies des GSM, des téléphones sans fil (type DECT), des lignes à haute tension, des transmetteurs de radiodiffusion, des écrans d'ordinateur, des lignes de train/tram, des transformateurs, des écrans de TV, des appareils électriques et de l'éclairage.

Il n'existe pas de réelle spécificité des symptômes en fonction de la source. Schreier et coll. (2006) notent que des inquiétudes sont plus souvent exprimées à l'égard des antennes de téléphonie mobile et des lignes à haute tension par rapport au GSM, appareils électriques et téléphone sans fil. Des résultats similaires ont été obtenus dans une autre étude (Siegrist et coll., 2005) et en Autriche (Hutter et coll., 2004).

Des associations pensent que le phénomène est causé par des expositions électromagnétiques, et mettent en cause les moniteurs d'ordinateur, les antennes-relais de la téléphonie mobile, les lignes à haute tension, les transformateurs électriques ou encore les téléphones mobiles eux-mêmes. Elles s’appuient entre autres sur le rapport Bioinitiative rédigé par des scientifiques membres de la Bioelectromagnetics Society qui ont compilé des études cliniques concernant les effets sanitaires des champs électromagnétiques. Une étude d’un membre de ce groupe allait dans ce sens, sans rien démontrer. La Bioelectromagnetics Society n’approuve pas les résultats de ces membres.

Traitement

En l'absence de démonstration d'un lien de cause à effet et de critères diagnostiques définis, la première étape consiste par un diagnostic différentiel à vérifier l'absence d'autre pathologie médicale connue pouvant expliquer les symptômes. À partir de l'identification des conditions médicales, psychosociales et environnementales de la personne électrosensible, une prise en charge individualisée, multidisciplinaire et globale est recommandée.

Le choix d'une thérapie doit se baser sur la présentation clinique, ainsi que sur la réponse au traitement. De nombreuses techniques thérapeutiques ont fait l'objet de publications et parmi celles-ci, les thérapies cognitivo-comportementales s'avèrent les plus efficaces (Rubin et al., 2006; Irvine, 2005; Hillert et al., 2002).

Hillert et al. (2002) indiquent que le pronostic est meilleur lorsque la prise en charge est réalisée précocement et lorsque les symptômes sont associés au travail sur écran de visualisation. Soulignons encore qu'une rémission spontanée est observée dans un certain nombre de cas.

Röösli et al. (2004) ont analysé les moyens mis en œuvre pour éviter les symptômes. Réduire l'exposition est souvent considérée comme un moyen momentanément ou partiellement efficace dans l'amélioration de la symptomatologie par les personnes qui s'en plaignent. Mais la réduction de l'exposition semble entraîner la personne électrosensible dans une spirale d'évitements et d'aménagements qui ont des conséquences parfois importantes en termes de coûts, d'isolement social et professionnel et de qualité de vie.

Étant donné que les plaintes rapportées le sont généralement pour des niveaux d'exposition habituellement rencontrés dans notre vie quotidienne, cette solution devrait, au préalable, être mûrement réfléchie à la lumière des évaluations de l'exposition et des données scientifiques dans le domaine.

Perspectives de recherche

Des recherches sont encore nécessaires, pour mieux comprendre les causes et d'autres aspects de la symptomatologie, et pour tester l'efficacité des méthodes thérapeutiques destinées à aider les personnes se plaignant d'électrosensibilité.

L'hypothèse selon laquelle les électrosensibles auraient une plus grande réactivité du système nerveux central (Wang et coll., 1994; Sandström, 1997; Lyskov et coll., 2001) est également à suivre. Il s'agirait d'une prédisposition physiologique qui entraînerait une sensibilité plus grande aux facteurs environnementaux de stress.

L'Association de Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, dirigée par le Professeur Dominique Belpomme, prétend par ailleurs travailler sur le sujet.