L'aspirine pendant la grossesse
Publié par Adrien le 22/02/2019 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
La prise quotidienne d'aspirine pendant les 16 premières semaines de grossesse réduit de 60% les risques de prééclampsie. Cette efficacité est encore plus élevée pour les formes sévères de cette maladie. Le vénérable médicament pourrait être salutaire pour certaines femmes enceintes, mais encore faut-il savoir lesquelles

La prééclampsie est un problème d'hypertension de grossesse (La grossesse est le processus physiologique au cours duquel la progéniture vivante d'une femme se développe dans son corps, depuis la conception jusqu'à...) qui augmente le risque de prématurité et qui entraîne chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les...) d'environ 76 000 femmes et 500 000 enfants dans le monde (Le mot monde peut désigner :). Par bonheur, le risque de prééclampsie peut être réduit de 60% par la prise quotidienne d'aspirine pendant les 16 premières semaines de grossesse. Toutefois, en raison des propriétés anti-plaquettaires de ce médicament, il n'est pas question d'en recommander à toutes les femmes enceintes. Y a-t-il moyen de reconnaître dès le début de la grossesse celles pour qui la prise d'aspirine apporterait plus de bienfaits que de risques ?

C'est la question à laquelle se sont attaqués des chercheurs de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) du CHU de Québec - Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) Laval. Cette équipe, dirigée par le professeur Emmanuel Bujold, a étudié les liens entre différentes formes d'hypertension de grossesse et les caractéristiques de 4 683 femmes qui étaient enceintes pour une première fois.

Les conclusions des chercheurs, qui viennent de paraître dans le Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine, suggèrent que le fait que la mère soit obèse - indice de masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et l'autre la contribution du corps à la force de gravitation (la...) corporelle (IMC) d'au moins 30 - augmente de 2,6 fois le risque d'hypertension de grossesse, de 2,4 fois le risque de prééclampsie et de 2,7 fois le risque de prééclampsie survenant avant la 37e semaine de grossesse. "Cette dernière forme d'hypertension est la plus sévère et elle force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale...) l'accouchement prématuré du bébé (L'onomatopée bébé désigne l'être humain en bas-âge. En puériculture on distingue plutôt le nouveau-né (le premier mois), le nourrisson (d'un mois à deux ans)...). C'est aussi celle pour laquelle l'aspirine est la plus efficace", souligne Emmanuel Bujold.

Les chercheurs ont aussi montré que le risque d'hypertension de grossesse augmente en fonction directe de l'indice de masse corporelle, ce qui permet d'établir avec plus de précision le risque de chaque femme. Présentement, la Société des obstétriciens et des gynécologues du Canada, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) comme son pendant américain, recommande la prise quotidienne d'aspirine à toutes les femmes qui ont un IMC d'au moins 30 et qui entament une première grossesse.

Cette approche binaire a deux conséquences néfastes, analyse le professeur Bujold. D'une part, les femmes qui ont plusieurs facteurs de risque de prééclampsie, mais dont l'IMC est de 29, ne reçoivent pas d'aspirine, alors qu'il faudrait peut-être leur en prescrire. D'autre part, on prescrit de l'aspirine à des femmes qui n'en ont pas besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes...). "Dans notre échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou d'une solution. Le mot est utilisé dans différents domaines :), 14% des femmes étaient obèses, mais seulement le quart ont fait de l'hypertension de grossesse. La valeur prédictive de la variable (En mathématiques et en logique, une variable est représentée par un symbole. Elle est utilisée pour marquer un rôle dans une formule, un prédicat ou un algorithme. ...) obèse/non obèse est faible", constate-t-il.

Les travaux menés au cours des dernières années par le professeur Bujold et ses collaborateurs ont conduit à l'élaboration d'un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des actions...) dont la valeur prédictive est d'au moins 70%. "Il intègre plusieurs facteurs de risque qui sont facilement mesurables, de sorte qu'il peut être utilisé partout, même dans les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la...) en développement. Notre outil est gratuit et l'aspirine ne coûte à peu près rien, précise le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent d'importantes...). Dans les pays qui ont plus de ressources, on pourrait ajouter quelques biomarqueurs de prééclampsie et la valeur prédictive dépasserait 80%."

Son équipe termine présentement les analyses d'une recherche qui visait à valider l'outil auprès de 12 000 femmes de Québec. La publication des résultats aura lieu sous peu. Si tout va bien, l'outil sera offert en clinique dès cet automne (L'automne est l'une des quatre saisons des zones tempérées. Elle se place entre l'été et l'hiver.) à plus de 5 000 femmes enceintes de la région de Québec.

Les auteurs de l'étude parue dans le Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine sont Cédric Gasse, Amélie Boutin, Suzanne Demers, Nils Chaillet et Emmanuel Bujold.

La prise quotidienne d'aspirine pendant les 16 premières semaines de grossesse réduit de 60% les risques de prééclampsie. Cette efficacité est encore plus élevée pour les formes sévères de cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.).
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