Les bélugas voyagent en famille

Publié par Isabelle le 09/03/2015 à 17:01
Source: Jean Hamann - Université Laval

Chez les humains comme chez les bélugas, les comportements migratoires seraient transmis culturellement par les proches parents.
Chez le béluga, la connaissance des routes migratoires serait transmise aux jeunes par leur mère et par d'autres membres de leur parenté. Cette transmission culturelle pourrait expliquer pourquoi l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type »...) peine à recoloniser des habitats d'où elle a été balayée, avance une équipe de biologistes dans un récent numéro de la revue Proceedings of the Royal Society B.

Gabriel Colbeck, Pierre Duchesne et Julie Turgeon, du Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant....) de l'Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme...), et leurs collègues de Pêches et Océans (Océans stylisé Ωcéans est un documentaire français réalisé par...) Canada, Lianne Postma, Véronique Lesage et Mike Hammill, arrivent à cette conclusion après avoir étudié la génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est...) des trois troupeaux de bélugas qui fréquentent la région de la baie d'Hudson. Ces trois groupes ont des aires (Aires (en espagnol, les airs) est une compagnie aérienne intérieure de Colombie.) de reproduction et d'hivernage communes dans les parages du détroit d'Hudson, de la baie d'Ungava et de la côte du Labrador. Ce chevauchement de leurs aires vitales (Les Vitales sont un ordre de plantes dicotylédones. Cet ordre a été réintroduit...) assurerait un échange de gènes entre les trois populations. Au printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le...), les bélugas retournent à leurs aires d'estivage respectives en empruntant des routes migratoires distinctes.

Les chercheurs ont analysé des échantillons d'ADN provenant de 1524 bélugas des trois populations récoltées par des chasseurs inuits à différents moments de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...). Leurs analyses révèlent que les mères et leurs descendants s'attroupent tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) au long du cycle annuel. "C'est quelque chose qui était prévisible pour les mères qui allaitent leurs petits, mais cette association se poursuit même après le sevrage, qui a lieu vers l'âge de deux ans", souligne Julie Turgeon.

Une chose plus étonnante survient pendant les migrations: les attroupements se font entre proches, mais ils vont au-delà de la famille immédiate. Un réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des...) familial élargi, qui comprend surtout des femelles, se formerait pendant ces périodes. "Les jeunes bélugas apprendraient les routes de migration de leur mère, leurs soeurs, leurs tantes ou leurs cousines, résume la professeure Turgeon. Ce mode d'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus...) des comportements migratoires existe chez l'humain et chez quelques espèces de baleine (La baleine est un mammifère marin de grande taille classé dans l'ordre des...), mais ce n'est pas courant dans le reste du monde (Le mot monde peut désigner :) animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un...)."

Cette caractéristique expliquerait pourquoi les habitats autrefois fréquentés par d'abondantes populations de bélugas restent inoccupés longtemps après que la chasse a décimé celles-ci, même si les conditions sont propices à l'espèce. C'est le cas de la rivière (En hydrographie, une rivière est un cours d'eau qui s'écoule sous l'effet de la...) Mucalic et de la Grande rivière de la Baleine, au Nunavik, et probablement celui de la rivière Manicouagan sur la Côte-Nord. "Le rétablissement de ces populations se fait attendre même si leur disparition est survenue il y a 150 ans", constate Julie Turgeon.

La gestion du béluga doit tenir compte de cette particularité, poursuit la chercheuse. Par exemple, la population de l'est de la baie d'Hudson, qui ne compte que 3300 têtes, est désignée "en voie de disparition" par le Comité sur la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un...) des espèces en péril au Canada. Une étude antérieure réalisée par la professeure Turgeon et ses collaborateurs a démontré que cette population est surreprésentée dans la récolte (La Récolte (Countrycide) est le sixième épisode de la série anglaise de science...) des chasseurs inuits. "Il faut tenir compte de cette vulnérabilité (En gestion des risques, la vulnérabilité d'une organisation ou d'une zone...) dans l'établissement des quotas de chasse pour cette région, estime la chercheuse. Si cette population est éliminée, les bélugas de l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se...) de la baie d'Hudson ne viendront pas prendre leur place. Les aires d'estivage de l'est de la baie pourraient rester vacantes, même si l'habitat est parfait pour l'espèce."
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