Comment la sérotonine freine l'addiction à la cocaïne

Publié par Adrien le 14/09/2021 à 09:00
Source: Université de Genève
En identifiant le rôle de la sérotonine lors de la consommation de cocaïne, des scientifiques de l'UNIGE expliquent pourquoi l'addiction à cette drogue ne guette qu'une personne sur cinq.

L'addiction à la prise de cocaïne concerne une personne sur cinq. © UNIGE

Contrairement à ce que l'on imagine souvent, la cocaïne ne déclenche une addiction (La dépendance est, au sens phénoménologique, une conduite qui repose sur une envie...) que chez une minorité des personnes consommatrices de cette drogue (Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d'altérer une ou...). Mais que se passe-t-il dans leur cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite...), au moment où elles perdent le contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de...) de leur consommation ? Grâce à une méthode expérimentale (Une des bases de la démarche scientifique est l'expérimentation, c'est-à-dire le recueil de...) récente, des neuroscientifiques de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE) ont levé le voile sur un mécanisme cérébral spécifique à la cocaïne: cette substance a en effet la particularité de déclencher une augmentation massive (Le mot massif peut être employé comme :) de sérotonine en plus de l'augmentation de la dopamine (La dopamine est un neurotransmetteur appartenant aux catécholamines et donc issue de l'acide...) commune à toutes les drogues. La sérotonine agit comme frein (Un frein est un système permettant de ralentir, voire d'immobiliser, les pièces en mouvement...) intrinsèque à l'emballement du système de la récompense que déclenche la dopamine, le neurotransmetteur (Les neurotransmetteurs, ou neuromédiateurs, sont des composés chimiques...) à l'origine de l'addiction. Des résultats à découvrir dans la revue Science.

L'addiction est définie comme la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) compulsive d'une substance en dépit des conséquences négatives. La dépendance est, elle, caractérisée comme la survenue d'un symptôme (Un symptôme représente une des manifestations subjectives d'une maladie ou d'un processus...) de sevrage - dont les effets physiques varient beaucoup d'une substance à l'autre - à l'arrêt brusque d'une consommation. Elle touche ainsi tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) le monde (Le mot monde peut désigner :), tandis que l'addiction n'affecte qu'une minorité de consommatrices et de consommateurs, même après une exposition prolongée. On estime par exemple le taux d'addicts à 20% pour la cocaïne et à 30% pour les opiacés. "Le même principe s'applique à tous les produits potentiellement addictifs", indique Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et...) fondamentales de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) de l'UNIGE, qui a dirigé ces travaux. "En Suisse, quasiment tous les adultes consomment de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) à autre de l'alcool, qui est un fort stimulateur du système de récompense (Le système de récompense / renforcement est un système fonctionnel fondamental des...). Or, seule une petite partie d'entre eux deviendra alcoolique."

Une addiction triplée sans sérotonine

Afin d'évaluer comment l'addiction à la cocaïne apparaît dans le cerveau, l'équipe de recherche a mis au point (Graphie) une série d'expériences. "La plupart du temps, les expériences scientifiques visent à reproduire un mécanisme systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour...). Ici, la difficulté réside dans le fait d'observer un phénomène aléatoire, qui ne se déclenche qu'une fois sur cinq", explique Yue Li, chercheuse dans le laboratoire de Christian Lüscher et première auteure de l'étude.

Les scientifiques ont d'abord appris à un large groupe de souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant...) à s'administrer de la cocaïne de manière volontaire, puis ont ajouté une contrainte: à chaque auto-administration de cocaïne, les souris recevaient un léger stimulus désagréable (choc électrique ou jet d'air). Deux groupes ont alors émergé: 80% d'entre elles ont cessé leur consommation, tandis que 20% ont continué, en dépit du désagrément causé par le jet d'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et...). "Or, ce comportement compulsif est précisément ce qui définit l'addiction, qui affecte 20% des individus, chez les souris comme chez les êtres humains", souligne Vincent Pascoli, collaborateur scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) dans le groupe genevois et co-auteur de cette étude.

L'expérience a ensuite été renouvelée avec des souris chez qui la cocaïne n'est plus liée au transporteur (Un transporteur dirige une entreprise commerciale spécialisée dans le transport de...) de la sérotonine, afin que seule la dopamine augmente lors de la prise de substance. 60% des animaux développent alors une addiction. Même constat chez d'autres animaux avec un protocole de stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs...) du système de récompense qui n'affecte pas la sérotonine. "Si l'on administre de la sérotonine à ce dernier groupe, le taux d'addiction retombe à 20%", indique Christian Lüscher. "La cocaïne dispose donc bien d'une sorte de frein naturel efficace quatre fois sur cinq."

Un délicat équilibre synaptique

Lors de la consommation de cocaïne, deux forces s'opposent dans le cerveau: la dopamine d'une part, dont l'augmentation brusque pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) vers la compulsion, et la sérotonine d'autre part, qui agit comme un frein à la compulsion. L'addiction apparaît lorsqu'un déséquilibre se crée entre ces deux neurorégulateurs et que la dopamine supplante la sérotonine.

"Concrètement, la dopamine déclenche un phénomène de plasticité synaptique, au travers du renforcement des connexions entre les synapses du cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou...) et celles du striatum dorsal. Cette stimulation intense du système de la récompense déclenche la compulsion. La sérotonine a l'effet inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de...) en inhibant le renforcement induit (L'induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de...) par la dopamine pour garder le système de la récompense sous contrôle", détaille Christian Lüscher.

Et les autres drogues?

Outre l'augmentation de la dopamine, chaque substance a ses spécificités et son effet sur le cerveau. Si l'effet addictif de la cocaïne est naturellement diminué par la sérotonine, qu'en est-il des autres drogues ? Les neuroscientifiques genevois vont maintenant se pencher sur les opiacés - plus addictifs que la cocaïne - et sur la kétamine (Le chlorhydrate de kétamine est une molécule utilisée comme anesthésique...), qui l'est beaucoup moins. Il s'agira (Agira est une commune italienne de la province d'Enna dans la région Sicile en Italie.) en effet de comprendre en détails comment le cerveau réagit à ces drogues et pourquoi certaines personnes sont beaucoup plus vulnérables à leurs effets néfastes que d'autres.
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