COVID-19: Hydroxychloroquine, c'est fini ? Probablement pas

Publié par Adrien le 30/10/2020 à 09:00
Source: ASP
Deux vastes études, menées auprès de plus de 11 000 patients chacune, et publiées début octobre, ont conclu que l'hydroxychloroquine ne diminuait pas le taux de mortalité de la Covid-19, et ne réduisait pas la durée des séjours hospitaliers. Est-ce le mot de la fin, pour ce traitement peu cher mais controversé ?

Rappel des faits

En février et mars derniers, le microbiologiste Didier Raoult (Didier Raoult (né en 1952) est un chercheur biologiste français. Médecin de formation, il se spécialise en maladies infectieuses. Il est...), de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for...) hospitalo-universitaire de Marseille, annonce dans deux vidéos (La vidéo regroupe l'ensemble des techniques, technologie, permettant l'enregistrement ainsi que la restitution d'images animées, accompagnées ou non de son, sur un support adapté à l'électronique et non de type photochimique. Le mot...) qui seront abondamment partagées sur les réseaux, qu'un traitement à l'hydroxychloroquine - un produit peu coûteux utilisé contre la malaria- associé avec un antibiotique (Un antibiotique (du grec anti : « contre », et bios : « la vie ») est une molécule qui détruit ou bloque la croissance des bactéries. Dans le premier cas, on parle d'antibiotique...) et antiviral (Un antiviral désigne une molécule perturbant le cycle de réplication d'un ou de plusieurs virus, permettant ainsi de ralentir mais rarement d'arrêter une...) commun, l'azithromycine (L'azithromycine est le premier antibiotique macrolide du groupe des azalides. L'azithromycine est dérivée de l'érythromycine par addition d'un atome...), aurait fait disparaître, en quelques jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début...) à peine, la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui...) virale détectée chez 100% des patients atteints de la Covid-19. Une information reprise par le président Trump le 17 mars. Les résultats sont publiés le 18 mars.

Mais depuis, la controverse fait rage (La rage est une maladie virale grave touchant les mammifères dont l'Homme. Elle est causée par un virus qui provoque une encéphalite. Zoonose assez commune, elle...). D'une part, l'étude initiale ne portait que sur un petit échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou d'une solution. Le mot est utilisé dans différents domaines :) (26 personnes), et les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) fournies sur les patients étaient incomplètes. Et les publications ultérieures de l'équipe française, sans groupe témoin avec lequel on aurait pu comparer les résultats obtenus, sont demeurées d'autant plus suspectes que les chercheurs de Marseille n'ont pas rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de modélisation 3D comportant à la fois des...) accessibles les dossiers médicaux des patients traités.

Plusieurs recherches avec groupes témoins ont depuis été publiées sur cette association hydroxychloroquine-azithromycine, la plupart avec des résultats négatifs (dont une étude brésilienne et une autre auprès de vétérans de l'armée américaine), mais certaines, plus positives (dont cette étude chinoise, qui n'a pas encore été validée par les pairs).

La publication des résultats définitifs de deux grandes études avec groupes témoins était donc attendue avec impatience. Toutes deux portent sur plusieurs traitements antiviraux jugés prometteurs, avec plus de 11 000 patients chacune. Il s'agit du "Recovery Trial" mené au Royaume-Uni, et du "Projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) Solidarité", une étude internationale coordonnée par l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.), impliquant 405 hôpitaux dans 30 pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui...).

Le verdict de ces études

Le premier verdict est tombé le 5 juin, quand les responsables de l'étude Recovery ont annoncé qu'ils avaient interrompu le traitement à base d'hydroxychloroquine parce qu'il n'avait jusqu'ici procuré aucun bénéfice aux patients ainsi traités. Le bilan a été publié le 8 octobre dans le New England Journal of Medicine: 27% des 1561 patients traités avec ce produit sont morts dans les 28 premiers jours, contre 25% des 3155 patients du groupe témoin, une différence peu significative, selon les chercheurs; mais les patients ayant reçu l'hydroxychloroquine étaient un peu moins nombreux à avoir quitté l'hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités...) après 28 jours (59,6% contre 62,9%).

Une semaine plus tard, le 15 octobre, les résultats préliminaires du projet Solidarité ont été publiés dans MedRxiv, un site de prépublication d'articles qui n'ont pas encore été révisés par les pairs. Même conclusion négative. Le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de décès parmi les 954 patients traités à l'hydroxychloroquine a été, ici encore, légèrement supérieur à celui du groupe témoin de 907 patients, traités selon les approches standard. Et le traitement n'a pas permis, là non plus, de raccourcir la durée du séjour hospitalier.

Mais dans le cas de cette seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du...) étude, la douche est encore plus froide. Les chercheurs ont en effet conclu à l'inefficacité de TOUS les traitements antiviraux mis à l'essai dans le cadre du projet Solidarité. Ainsi, le Remdesivir, de l'entreprise pharmaceutique Gilead, le Lopinavir (un antiviral utilisé dans le traitement du sida) ou l'interféron (avec ou sans Lopinavir) se sont tous révélés inutiles. Dans le cas du Remdesivir, la déception est d'autant plus grande que le rapport final d'une étude antérieure ayant au contraire démontré une diminution significative du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) d'hospitalisation (avec 541 patients traités) venait tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) juste d'être publié dans le New England Journal of Medicine, le 8 octobre.

Vers l'abandon du "protocole de Marseille" ?

Ce double verdict négatif mettra-t-il fin à la controverse, en écartant définitivement l'hydroxychloroquine des nombreux traitements proposés contre la Covid-19 ? C'est peu probable. Tout d'abord, ces deux études ont mis à l'essai l'hydroxychloroquine, sans l'associer à l'azithromycine (les deux molécules ont été testées séparément dans le cas de Recovery), et elles ne reproduisent donc pas le protocole préconisé par l'équipe de Didier Raoult.

En second lieu, quand le groupe Recovery a annoncé en juin l'interruption des essais portant sur l'hydroxychloroquine, plusieurs critiques s'étaient étonnés du haut taux de mortalité (La mortalité, ou taux de mortalité est le nombre de décès annuels rapporté au nombre d'habitants d’un territoire donné. Elle se distingue de la morbidité : nombre de malades annuels rapporté à...) rapporté: 13% parmi les gens qui n'ont pas souffert de détresse respiratoire, 25% parmi ceux qui ont eu besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins...) d'oxygène (L’oxygène est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de symbole O et de numéro atomique 8.), et 41% chez les malades intubés. C'est beaucoup plus que ce qu'on rapporte en général en milieu hospitalier, ou que les taux de décès rapportés par le Projet Solidarité (10% de décès pour l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) des deux premiers sous-groupes, et 39% pour les patients intubés). Pour l'infectiologue Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat), cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes sédentarisés libres (pouvant avoir des...) dans le quotidien Le Monde du 5 juin dernier, "cela suggère que les patients traités étaient, au départ, dans un état plus grave, et que leur prise en charge a pu être plus tardive."

Du reste, il est peu probable que ces deux études mettent fin au débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions...), pour des raisons plus économiques ou politiques que scientifiques. D'une part, malgré les résultats négatifs publiés en octobre, les quelques pays qui recommandaient le traitement à base d'hydroxychloroquine pour les cas légers ou modérés (la Chine, le Maroc, la Grèce et l'Inde, notamment) ont annoncé, depuis, qu'ils ne changeraient pas leur recommandation (Les industries ne fonctionnent pas correctement sans normes garantissant l'interopérabilité, des organismes crées pour, promulguent des recommandations, qui si elles sont suivies...). D'autre part, plusieurs milliers de médecins prescrivent l'hydroxychloroquine même dans les pays où il n'est pas recommandé (au nom de leur droit de prescrire tout médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou...) dont la vente est autorisée), parce que ce médicament est peu cher et disponible facilement. Il est par ailleurs relativement exempt d'effets secondaires nocifs, contrairement à son "rival", le Remdesivir, plus cher et plus toxique. Enfin, la "bataille hydroxychloroquine" est devenue un symbole de la guerre qu'une industrie pharmaceutique (L'industrie pharmaceutique est le secteur économique qui regroupe les activités de recherche, de fabrication et de commercialisation des...) en quête de gros profits mènerait soi-disant contre un médicament pas cher.
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