COVID-19: la qualité de l'air influence la pandémie

Publié par Isabelle le 25/11/2020 à 13:00
Source: Université de Genève
L'inversion des températures en présence de brouillard ou les poussières sahariennes favorisent la présence de particules fines dans l'air. Leur haute concentration peut aggraver les conséquences de la maladie COVID-19.


D'octobre à mars, une grande partie du Plateau suisse et de la plaine du (Le Pô (en italien Po, en latin Padus) est le plus important fleuve italien tant par sa...) peut être recouverte de brouillard (Le brouillard est le phénomène météorologique constitué d’un amas...) ou de brume. Ces inversions thermiques agissent comme un chapeau et emprisonnent les particules fines qui atteignent des valeurs excessives sous la couche d'inversion et aggravent les conséquences de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...) COVID-19. © NASA-OB-DAAC, AQUA - MODIS-Satellite

La corrélation entre la concentration élevée en particules fines et la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) des vagues de grippe (La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par...) est bien connue des épidémiologistes. Une équipe interdisciplinaire (Un travail interdisciplinaire intègre des concepts provenant de différentes disciplines.) de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE) et de Meteodat, spin-off de l'École polytechnique fédérale de Zurich, a étudié les interactions possibles entre des niveaux très élevés de particules fines et la virulence (La virulence désigne le caractère pathogène, nocif et violent d'un micro-organisme...) de la maladie COVID-19. Leurs résultats, publiés dans la revue Earth Systems and Environment, suggèrent que les fortes concentrations de particules fines de moins de 2,5 micromètres peuvent moduler, voire amplifier, les vagues de contamination du SARS-CoV-2 et expliquer en partie le profil particulier de la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et...) de la maladie COVID-19. L'augmentation en particules fines est généralement favorisée par les inversions de température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et...) de l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et...), caractérisées par les situations de brouillard, ou par les intrusions de poussières sahariennes. L'étude donne des pistes préventives liées à la pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le...) de l'air pour limiter les futures flambées de morbidité et de mortalité dues au coronavirus.

Les épidémiologistes s'accordent largement à dire qu'il existe une corrélation entre les concentrations aiguës et localement élevées de particules fines et la gravité des vagues de grippe. "Nous avons cherché à savoir si un tel lien existait également avec la virulence de la maladie de la COVID-19", indique Mario Rohrer, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est...) des sciences de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...) de la Faculté des sciences de l'UNIGE et directeur de Meteodat.

Un surprenant décalage temporel

Les études sur la COVID-19 menées en Italie et en France suggèrent que le SARS-CoV-2 était déjà présent en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...) à la fin de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...) 2019, alors que la forte augmentation de la morbidité et de la mortalité n'a été enregistrée qu'au printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le...) 2020 à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...) et à Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville...). "Ce décalage dans le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) est surprenant. Il laisse penser qu'en plus du contact entre les personnes, un autre facteur favoriserait la transmission et surtout la gravité de l'infection", précise Mario Rohrer. Son équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) a pu montrer que ces augmentations de cas suivent des phases où les niveaux de particules fines dans l'air sont plus élevés.

L'équipe a fait des observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les...) similaires dans le canton du Tessin où la pollution liée aux particules fines avait très fortement augmenté pendant une période de brume peu profonde sur la plaine de Magadino et le Sotto Ceneri, observée à la fin du mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps...) de février 2020. "Peu de temps après, une augmentation explosive des admissions hospitalières dues à la COVID-19 a été enregistrée au Tessin. Le fait qu'une grande manifestation de carnaval avec quelque 150 000 visiteurs ait eu lieu au même moment a probablement eu un impact supplémentaire sur la propagation du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...)", raconte Mario Rohrer.

L'information est importante pour la Suisse puisque l'augmentation des concentrations de particules fines est particulièrement fréquente lors des inversions thermiques, c'est-à-dire lorsque du brouillard se forme sur le Plateau suisse, limitant ainsi l'échange de masses d'air de sorte que les émissions s'accumulent dans la couche d'air située sous le brouillard. La Suisse est également fréquemment balayée par des poussières issues des tempêtes de sable (Le sable, ou arène, est une roche sédimentaire meuble, constituée de petites...) du Sahara, également pointées du doigt dans dette étude.

Facteur aggravant

L'équipe de recherche helvétique montre que les concentrations aiguës de particules fines, particulièrement celles plus petites que 2,5 micromètres, entraînent une inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du...) des voies respiratoires, pulmonaires et cardiovasculaires, et épaississent le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le...). "En combinaison (Une combinaison peut être :) avec une infection virale, ces inflammations peuvent donc entraîner une grave progression de la maladie. L'inflammation favorise également l'arrimage (L’arrimage, dans le domaine de l’astronautique, est la fixation d’une charge...) du virus à nos cellules", précise le chercheur. De plus, il n'est pas impossible que le coronavirus soit également transporté par les particules fines. "Cela a déjà été démontré pour la grippe et une étude italienne (Italienne est le nom communément utilisé pour le cordage servant a manœuvrer un enrouleur....) a trouvé la présence d'ARN de coronavirus sur les particules fines. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) cela reste bien évidemment à démontrer, mais c'est une possibilité", rajoute-t-il.

Une pandémie multifactorielle

Bien que la pollution par les particules fines influence la virulence du coronavirus et l'évolution vers une forme grave de la maladie COVID-19, les chercheurs indiquent clairement que des facteurs physiologiques, sociaux ou économiques influencent également la pandémie. Mario Rohrer conclut en déclarant: "Les résultats de cette étude offrent la possibilité de prendre des mesures préventives en cas d'augmentation future des concentrations de particules fines. Nous pourrions ainsi agir pour tenter de limiter une nouvelle flambée de morbidité et de mortalité due à la Covid-19".

Publication:
Cette recherche est publiée dans Earth Systems and Environment - DOI: 10.1007/s41748-020-00184-4

Contacts:
- Mario B. Rohrer - Collaborateur scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) - Institut des sciences environnementales - Faculté des sciences, UNIGE - Mario.Rohrer at unige.ch
- Antoine Flahault - Professeur ordinaire - Institut de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) globale - Faculté de Médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...), UNIGE - Antoine.Flahault at unige.ch
Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 0.962 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique