Dengue: les personnes asymptomatiques transmettent le virus aux moustiques

Publié par Isabelle le 23/11/2015 à 12:00
Source: CNRS
Des chercheurs de l'Institut Pasteur du Cambodge, de l'Institut Pasteur à Paris et du CNRS apportent la preuve que les personnes infectées par le virus de la dengue, mais ne présentant aucun symptôme clinique, peuvent infecter les moustiques qui les piquent. Ces cas asymptomatiques qui, avec ceux faiblement symptomatiques, représentent pourtant trois quarts des infections, seraient donc impliqués dans la chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :) de transmission du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...). Ces résultats publiés dans la revue PNAS le 9 novembre 2015 remettent en cause un dogme de l'épidémiologie de la dengue (La dengue (prononcer /dɛ̃g/, « dingue »), anciennement appelée...).


Image: Une infirmière d'une équipe mobile de l'Unité d'Epidémiologie et de Santé Publique de l'Institut Pasteur (L’Institut Pasteur est une fondation française privée à but non lucratif qui...) du Cambodge sur le terrain. © Arnaud Tarantola - Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est...) Pasteur du Cambodge

Le virus de la dengue infecterait 390 millions de personnes par an dans le monde (Le mot monde peut désigner :) suite à la piqûre infectieuse d'un moustique du genre Aedes (Aedes Meigen, 1818 est un genre cosmopolite de moustiques (Culicidae) de la sous famille des...). Parmi les personnes infectées on estime que 300 millions ne présentent pas de symptômes cliniques suffisamment sévères pour être détectés par les systèmes de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) (1) . Jusqu'à présent, on supposait que ces infections asymptomatiques ou faiblement symptomatiques n'atteignaient pas des niveaux de virémie (concentration de virus dans le sang) suffisamment élevés pour infecter les moustiques.

Dans cette étude publiée dans PNAS, les chercheurs de l'Institut Pasteur du Cambodge, de l'Institut Pasteur à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...) et du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...) se sont intéressés à la partie immergée de l'iceberg, c'est-à-dire aux cas peu ou pas symptomatiques qui représentent 75% des infections, et ont vérifié expérimentalement si ces cas pouvaient à leur tour contaminer les moustiques. Pour cela, ils ont mené une étude auprès des populations exposées à la dengue, à Kampong Cham, ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour...) du Cambodge située à une centaine de kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système...) au nord-est (Le nord-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux nord et est. Le nord-est...) de Phnom Penh. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) l'enjeu du protocole était de parvenir à détecter ces cas qui ne sont pas recensés par les réseaux de santé classiques puisqu'ils ne présentent quasiment aucun signe de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...).

Les chercheurs ont alors analysé par test sanguin tous les cas proches géographiquement – vivant dans la même maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille,...) et dans les maisons voisines – des personnes ayant déclaré les symptômes de la dengue. Les personnes chez qui le virus de la dengue a été détecté dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le...) mais en l'absence totale de symptômes ont été mises en contact avec des moustiques sains, élevés en laboratoire. Puis, l'analyse des moustiques a permis de vérifier qu'ils étaient infectés et capables de transmettre le virus à un humain lors d'une prochaine piqûre. Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) de l'étude confirment également que le niveau de virémie est l'un des déterminants les plus importants à prendre en considération dans l'infection des moustiques par les humains.

"Cette découverte soulève la possibilité que les personnes qui ne présentent que peu ou pas de symptômes, c'est-à-dire la majorité des infections, contribuent à perpétuer la transmission du virus de façon silencieuse" explique Louis Lambrechts, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) CNRS, responsable du groupe Interactions Virus-Insectes à l'Institut Pasteur à Paris. De plus, les personnes qui sont peu ou pas affectées par le virus vont potentiellement être exposées à plus de moustiques au cours de leur routine quotidienne que les personnes sévèrement malades, alitées ou hospitalisées.

"Ces données devront permettre de reconsidérer la prise en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement...) précoce des épidémies de dengue. Les estimations du taux de transmission devront également être réajustées pour calculer la couverture vaccinale adéquate des vaccins en cours d'élaboration" commente Veasna Duong, chercheur au sein de l'unité de Virologie (La virologie est l'étude des virus et des agents infectieux associés. Elle cherche à...), dirigée par Philippe Buchy, à l'Institut Pasteur du Cambodge, lorsque ces recherches ont été réalisées. Par ailleurs, le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a...) européen DENFREE, coordonné par Anavaj Sakuntabhai à l'Institut Pasteur à Paris, étudie quelles sont les caractéristiques biologiques spécifiques de ces personnes asymptomatiques.

Cette étude a reçu le soutien financier du 7e programme-cadre de l'Union européenne et du laboratoire d'excellence "Integrative Biology of Emerging Infectious Diseases" (IBEID).

Note
(1) Bhatt S, et al. (2013) The global distribution and burden of dengue. Nature 496(7446):504-507.

Pour plus d'information voir :
Asymptomatic humans transmit dengue virus to mosquitoes, PNAS, 9 novembre 2015
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