Eta Carinae: Adieu, belle nébuleuse !
Publié par Adrien le 31/01/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Depuis plus d'un siècle et demi, Eta Carinae est l'une des étoiles les plus lumineuses - et les plus énigmatiques - de la Voie lactée de l'hémisphère sud.

Sa nature si particulière a été découverte, en partie, en 1847, quand l'étoile (Une étoile est un objet céleste émettant de la lumière de façon autonome, semblable à une énorme boule de plasma comme le Soleil, qui est l'étoile la plus proche de...) a subi une éruption géante (Une étoile géante est une étoile de classe de luminosité II ou III. Dans le diagramme de Hertzsprung-Russell, les géantes forment deux branches au-dessus...) qui a éjecté une nébuleuse (Une nébuleuse (du latin nebula, « nuage ») désigne, en astronomie, un objet céleste d’aspect diffus composé de gaz raréfié et/ou de poussières interstellaires. Les...) appelée l'Homoncule (le "petit homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...)"). Eta Carinae est alors devenue la deuxième étoile la plus brillante dans le ciel (Le ciel est l'atmosphère de la Terre telle qu'elle est vue depuis le sol de la planète.), après Sirius (Sirius est l'étoile principale de la constellation du Grand Chien. Vue de la Terre, Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil. Sa magnitude apparente est de -1,46.). Elle est visible même en plein jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...) et facile à distinguer des autres étoiles instables du même type, les "variables lumineuses bleues", dont les nébuleuses ne sont pas plus visibles.


À gauche: une image d'Eta Carinae prise par le télescope spatial Hubble de la NASA (La National Aeronautics and Space Administration (« Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace ») plus connue sous son abréviation NASA, est l'agence gouvernementale responsable du programme spatial des États-Unis...) en 2000 (Crédit: N. Smith et J. A. Morse). À droite: ce à quoi l'étoile pourrait ressembler d'ici 2032, quand elle aura occulté sa nébuleuse. Crédit: NASA/N. Smith/J. A. Morse

En plus de faire d'Eta Carinae l'un des astres les plus majestueux et les plus photographiés du ciel nocturne, la nébuleuse de l'Homoncule renferme de l'information sur son étoile mère, aussi bien sur l'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) responsable de son expansion que sur sa structure bipolaire et sa composition chimique. Pourtant, d'ici moins d'un siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la...), on ne pourra plus observer distinctement la nébuleuse.

Une récente étude suggère que l'Homoncule sera occulté par l'augmentation de la luminosité (La luminosité désigne la caractéristique de ce qui émet ou réfléchit la lumière.) d'Eta Carinae elle-même. En fait, sa croissance est si rapide qu'en 2036 l'étoile sera dix fois plus brillante que sa nébuleuse, ce qui ne permettra plus de la distinguer des autres étoiles variables lumineuses bleues.

Il y a un bon côté à ce changement. Une équipe de 17 chercheurs dirigée par l'astronome (Un astronome est un scientifique spécialisé dans l'étude de l'astronomie.) brésilien Augusto Damineli et appuyée par le professeur Anthony Moffatt de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires...) pense que l'augmentation de la luminosité d'Eta Carinae n'est pas intrinsèque à l'étoile elle-même, contrairement à ce que l'on avait cru. En fait, elle est probablement causée par la dissipation d'un nuage (Un nuage est une grande quantité de gouttelettes d’eau (ou de cristaux de glace) en suspension dans l’atmosphère. L’aspect d'un nuage dépend de la lumière qu’il...) de poussière qui se trouverait dans notre champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de vision depuis la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse...).

Ce nuage, explique les chercheurs dans une nouvelle étude parue dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, voile complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à l'utilisateur de limiter la...) l'étoile et ses vents, masquant ainsi en grande partie sa lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm...) qui émane vers la Terre. En revanche, l'Homoncule voisin peut être observé directement, car il est 200 fois plus grand que le nuage occultant. Son éclat n'est donc presque pas affecté par le nuage.

D'ici 2032 (à plus ou moins quatre ans près), le nuage de poussière se sera dissipé de sorte que la luminosité de l'étoile centrale n'augmentera plus et que l'Homoncule ne sera plus visible, car il sera submergé par l'éclat de l'étoile, croit l'équipe de chercheurs.

Cela permettra de réaliser des études plus approfondies sur Eta Carinae elle-même, et même de montrer qu'il ne s'agit pas d'une, mais de deux étoiles. "Cet astre unique a récemment fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette verbale. Il est défini par les...) de plusieurs révélations, mais il s'agit là d'une des découvertes les plus importantes, explique Anthony Moffat. Cela pourrait enfin nous permettre d'étudier la véritable nature de la région centrale de l'étoile et de démontrer qu'il s'agit d'un système binaire (Le système binaire est un système de numération utilisant la base 2. On nomme couramment bit (de l'anglais binary digit, soit « chiffre binaire ») les chiffres...) dans lequel deux étoiles gigantesques interagissent."

À propos de cette étude

L'article "Distinguishing circumstellar from stellar photometric variability in Eta Carinae", rédigé par Augusto Damineli et ses collaborateurs, est paru le 22 janvier 2019 dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. Vous pouvez visionner ici une animation (L'animation consiste à donner l'illusion du mouvement à l'aide d'une suite d'images. Ces images peuvent être dessinées, peintes, photographiées, numériques, etc.) de l'étoile et une entrevue d'Augusto Damineli.
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