Les glaces du Mont-Blanc ont gardé les traces de la pollution de l'époque Romaine
Publié par Adrien le 12/05/2019 à 08:00
Source: CNRS
Datées au carbone 14, les couches les plus profondes du glacier du col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc, ont archivé l'état de l'atmosphère au cours de l'Antiquité romaine. Publiée dans Geophysical Research Letters, leur analyse, menée par une équipe internationale, et coordonnée par une scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les...) du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute...) des géosciences de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec...) (CNRS/IRD/UGA/Grenoble INP), montre une pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut...) atmosphérique très significative en métaux toxiques: la présence de plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du...) et d'antimoine (dont c'est le premier enregistrement dans la glace (La glace est de l'eau à l'état solide.) alpine ancienne) s'avèrent liées à l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) minière et à la production de plomb et d'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.) des Romains, donc bien avant le début de l'ère industrielle.

Bien que moins bien datée qu'au Groenland (Le Groenland (prononcez /gʁɔɛn.lɑ̃d/, écrit Groënland dans la graphie française d'avant 1850, Grønland en danois (« terre...), l'archive alpine retrace les grandes périodes de prospérité de l'Antiquité romaine (cf. figure 1), avec deux maximums d'émission de plomb bien distincts: durant la République (entre 350 et 100 ans av. J.-C.), puis l'Empire (entre 0 et 200 ans apr. J.-C.). Les Romains extrayaient le minerai de plomb argentifère pour produire le plomb nécessaire à la fabrication des conduites d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), et l'argent pour la monnaie (Le Théâtre de la Monnaie (De Munt en néerlandais) est la salle d'opéra de Bruxelles situé sur la place de la Monnaie.). Le procédé de séparation (D'une manière générale, le mot séparation désigne une action consistant à séparer quelque chose ou son résultat. Plus particulièrement il est...) plomb-argent passait par une fusion (En physique et en métallurgie, la fusion est le passage d'un corps de l'état solide vers l'état liquide. Pour un corps pur, c’est-à-dire pour une substance constituée de...) du minerai à 1200°C, ce qui entraînait d'importantes émissions de plomb dans l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) comme l'avaient déjà montré des archives continentales telles les tourbières, dont il est cependant difficile de déduire une information globale à l'échelle européenne. Cette toute première étude de la pollution durant l'Antiquité à partir de glace alpine permet de mieux évaluer l'impact de ces émissions anciennes sur notre environnement européen et de le comparer notamment à celui de la pollution plus récente liée à l'utilisation de l'essence au plomb dans les années 1950-1985.

Ces recherches ont bénéficié des soutiens du CNRS, de l'Ademe et des programmes européens Alpclim et Carbosol.


Figure 1. (a) Concentrations en plomb dans la glace du Groenland (bleu) et du col du Dôme (CDD, rouge). (b) Concentrations en plomb (rouge) et antimoine (vert) dans la glace du CDD. Sur l'échelle du bas, l'âge est reporté en années à partir de l'an 1 de notre ère commune (CE) (soit l'an 1 après Jésus-Christ). Les phases de croissance des émissions de plomb ont été accompagnées d'une augmentation simultanée des teneurs de la glace alpine en antimoine , un autre métal (Un métal est un élément chimique qui peut perdre des électrons pour former des cations et former des liaisons métalliques ainsi que des liaisons ioniques dans le cas des métaux...) toxique.


Figure 2. Simulations qui évaluent la sensibilité du dépôt de plomb au col du Dôme (étoile jaune) à la localisation géographique de l'émission. Cette carte indique également l'emplacement des principales mines connues de l'Antiquité romaine. Pour la région située ~500 km autour des Alpes, en bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement entre 446 et 520 nm. Elle varie en luminosité du cyan à une teinte plus sombre comme le bleu...) celles supposées actives dès la République romaine et en rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.) celles qui le seront plus tard. En dehors de cette zone, toutes les autres mines sont reportées en rouge, quelle que soit l'époque. La glace alpine est donc représentative de l'atmosphère de haute altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau de base. C'est une des composantes géographique et biogéographique qui...) qui est alimentée par les émissions de France, Espagne, Italie, îles du bassin méditerranéen, et dans une moindre mesure d'Allemagne et Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec...).

Bibliographie

Lead and antimony in basal ice from Col du Dome (French 1 Alps) dated with radiocarbon: A record of pollution during Antiquity. Susanne Preunkert, Joseph R. McConnell, Helene Hoffmann, Michel Legrand, Andrew Wilson, Sabine Eckhardt, Andreas Stohl, Nathan Chellman, Monica Arienzo, Ronny Friedrich, Geophysical Research Letters, 7 mai 2019. https://doi.org/10.1029/2019GL082641.
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