Des huiles essentielles pour le porc ?
Publié par Adrien le 02/05/2019 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
Les huiles essentielles pourraient être intégrées à la moulée ou être diffusées dans l'air des porcheries pour contrecarrer les bactéries qui causent des maladies respiratoires chez le porc. Des extraits de cannelle, de thym et de sarriette pour lutter contre les bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries...) causant des maladies respiratoires porcines

Tout comme nous, les porcs peuvent contracter des infections respiratoires qui leur rendent la vie (La vie est le nom donné :) misérable. Comme l'efficacité des antibiotiques servant à combattre ces infections est en baisse en raison de l'apparition de souches bactériennes résistantes et comme ces médicaments n'ont pas la cote auprès des consommateurs, la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également...) de nouvelles stratégies pour combattre ces pathogènes bat son plein. Dans une étude publiée récemment dans la revue Archives of Microbiology, des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) Laval proposent d'attaquer le problème à coups d'huiles essentielles.

"Il existe plus de 3 000 huiles essentielles et plusieurs d'entre elles possèdent une activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) antimicrobienne", rappelle le responsable de l'étude, Daniel Grenier (Le grenier (latin granarium) est un local hors-sol destiné au stockage du grain. Il peut être intégré à un bâtiment, ou constituer une petite...), professeur à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du...) dentaire et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de...) au Groupe de recherche en écologie buccale et au Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole. Des travaux menés antérieurement par son équipe avaient d'ailleurs démontré l'efficacité de certaines huiles essentielles contre les bactéries buccales causant la mauvaise haleine (L'haleine est l'air qui est chassé des poumons d'un sujet au moment de l'expiration, et qui s'exhale par la bouche.) chez l'humain. "Des collègues m'ont suggéré d'appliquer notre expertise sur les huiles essentielles au domaine de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) animale", souligne le chercheur.

Daniel Grenier et ses collaborateurs ont donc testé, in vitro, des huiles essentielles de sapin (Les sapins sont des arbres conifères du genre Abies originaires des régions tempérées de l'hémisphère nord. Ils font...) baumier, de cannelle, de coriandre, de thé du Labrador, de menthe (Les menthes sont un genre (Mentha) de plantes herbacées vivaces de la famille des Lamiacées (Labiées), sous-famille des Nepetoïdeae, tribu...) poivrée, de sauge, de marjolaine, de thym et de sarriette contre les principales bactéries causant des maladies respiratoires chez le porc (Le porc (du latin porcus) qui se dit aussi cochon domestique (Sus scrofa domesticus) ou cochon des villes est un mammifère domestique omnivore de la famille des...). "Comme il s'agit de composés volatils, ça sentait très bon dans notre laboratoire, signale-t-il. On aurait pu croire qu'on tentait de développer de nouveaux parfums."

Les chercheurs ont constaté que les huiles de cannelle, de thym et de sarriette sont les plus efficaces pour inhiber la croissance ou pour détruire ces bactéries ou les biofilms qu'elles forment. "C'est avec ces trois huiles qu'on obtient les meilleurs résultats à des doses relativement faibles. Les tests in vitro montrent que ces concentrations n'affectent pas la viabilité des cellules épithéliales de trachée du porc, ce qui suggère que le traitement serait bien toléré par les animaux", résume le professeur Grenier.

Reste à trouver la meilleure façon de faire passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) les huiles essentielles du labo à la porcherie. "On envisage deux façons de les administrer aux porcs, poursuit le chercheur. Elles pourraient être intégrées à la moulée, ce qui permettrait un contact direct avec la partie commune des voies digestives et des voies respiratoires au moment de l'ingestion. L'autre possibilité consiste à diffuser les huiles essentielles dans l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec...) des porcheries."

Le chercheur rappelle qu'il existe plusieurs raisons pour lesquelles il faut se préoccuper des bactéries qui causent des maladies respiratoires chez le porc. "C'est d'abord une question de bien-être (Le bien-être ou bienêtre est un état qui touche à la santé, au plaisir, à la réalisation de soi, à l'harmonie avec soi et les autres. René Dubos présente la santé comme la convergence des...) animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances organiques. On réserve...). Si les premiers animaux malades ne sont pas mis en quarantaine (La quarantaine (venant de l'italien : quaranta giorni, qui signifie 40 jours, ou bien du français : quarantaine de jours) est le fait de mettre à l'écart des...) et traités rapidement, certaines infections se propagent très rapidement et provoquer la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus...) de 25% des animaux d'un élevage en moins d'une semaine. Ces maladies peuvent donc causer des pertes financières importantes aux éleveurs. Enfin, certains pathogènes respiratoires du porc peuvent être transmis aux humains et les rendre malades. C'est le cas de Streptococcus suis, qui cause des méningites. De plus, comme les bactéries de différentes espèces s'échangent des gènes de résistance, certains pathogènes humains pourraient devenir résistants à des antibiotiques grâce à des gènes provenant de bactéries porcines. Grâce aux huiles essentielles, on pourrait réduire le recours aux antibiotiques chez le porc et diminuer le risque qu'un tel transfert de résistance se produise."

Les auteurs de l'étude publiée dans Archives of Microbiology sont Genevière LeBel, Katy Vaillancourt, Philippe Bercier et Daniel Grenier.

Les huiles essentielles pourraient être intégrées à la moulée ou être diffusées dans l'air des porcheries pour contrecarrer les bactéries qui causent des maladies respiratoires chez le porc.
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