Lumière bleue et cigarette ne font pas bon ménage
Publié par Adrien le 18/12/2018 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval

Photo: D. Sinclair Terrasidius
La lumière bleue représente jusqu'à 35% de la lumière émise par les appareils électroniques rétroéclairés. Les fumeurs auraient tout intérêt à s'en protéger étant donné qu'elle augmente jusqu'à 3 000 fois la toxicité (La toxicité (du grec τοξικότητα toxikótêta) est la mesure de la capacité d’une substance à provoquer des effets néfastes et...) pour la rétine (La rétine est l'organe sensible de la vision. D'origine diencéphalique, elle est une mince membrane pluri-stratifiée d'environ 0,5 mm d'épaisseur couvrant...) d'un composé retrouvé dans la fumée (La fumée, parfois appelée boucane en Amérique du Nord, est un nuage de particules solides émis par un feu ou un échauffement mécanique. Ces particules sont...) de cigarette.
La lumière bleue amplifie la toxicité pour l'oeil d'un composé chimique présent dans la fumée de cigarette

Il vous arrive régulièrement de griller une cigarette devant votre ordinateur (Un ordinateur est une machine dotée d'une unité de traitement lui permettant d'exécuter des programmes enregistrés. C'est un ensemble de circuits électroniques permettant...), votre tablette ou à proximité d'autres sources de lumière bleue ? Mauvaise nouvelle pour vous, cette habitude pourrait endommager des cellules de votre rétine et conduire à la dégénérescence maculaire liée à l'âge. C'est ce que suggère une étude publiée dans la revue Archives of Toxicology par Corinne Zinflou et Patrick Rochette, de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) du CHU de Québec - Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) Laval.

Dans le monde (Le mot monde peut désigner :) occidental, la dégénérescence maculaire liée à l'âge est la principale cause de la perte de la vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) modérée ou sévère et de la cécité (La cécité est l'état d'une personne privée de la vue. Le terme cécité vient du mot latin cæcus, aveugle. La cécité est une maladie de l'oeil qui touche un grand nombre d'êtres humains dans...) chez les personnes de 50 ans et plus. Il n'existe pas de traitement pour cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) de sorte que la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se dégrade, ou qu'un accident, une épidémie ou une...) est la seule façon de contrer sa progression dans les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine....) où la population est vieillissante.

On savait que la lumière bleue et la fumée de cigarette augmentaient, de façon indépendante, le risque de dégénérescence maculaire. On ignorait toutefois si la combinaison (Une combinaison peut être :) de ces deux facteurs avait un effet multiplicateur sur ce risque. Pour explorer la question, Corinne Zinflou et Patrick Rochette ont utilisé des cellules de l'épithélium pigmentaire rétinien. "Ces cellules sont touchées par la dégénérescence maculaire et comme elles assurent l'entretien des photorécepteurs de l'oeil, les dommages qu'elles subissent se répercutent sur la vue", précise le professeur Rochette.

Les chercheurs ont cultivé ces cellules dans des milieux contenant différentes nanodoses d'un composé toxique abondant dans la fumée de cigarette, l'IcdP (indeno[1,2,3-cd]pyrène). "Chez les fumeurs, ce composé circule dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté...) et il se concentre dans certaines cellules, notamment celles de l'épithélium pigmentaire rétinien. Il est difficile de préciser à combien de cigarettes correspondent les doses que nous avons utilisées dans nos tests, mais elles sont réalistes sur le plan physiologique", assure Patrick Rochette.

Par la suite, ces cultures ont été exposées à une source de lumière bleue. Ce type de lumière est présent dans le rayonnement solaire (En plus des rayons cosmiques (particules animées d'une vitesse et d'une énergie extrêmement élevées), le Soleil rayonne des ondes électromagnétiques dont le spectre s'étend des ondes...), dans la lumière fluorescente ainsi que dans la lumière des appareils électroniques rétroéclairés, où elle constitue 35% de la lumière émise, précise le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont...). La dose de lumière bleue utilisée dans l'étude correspond à environ quatre heures (L'heure est une unité de mesure  :) d'exposition au soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une...).

Les résultats indiquent que, pris isolément, ni le composé toxique ni la lumière bleue n'affectent la survie des cellules aux doses testées. Par contre, lorsqu'on les combine, la toxicité de l'IcdP augmente de plus de 3 000 fois. Les chercheurs rapportent l'apparition de lésions caractéristiques de la dégénérescence maculaire liée à l'âge et un taux d'apoptose pouvant atteindre jusqu'à 70% dans certaines cultures.

"Les interactions entre la lumière bleue et l'IcdP pourraient être l'un des mécanismes qui enclenchent la dégénérescence maculaire", avance le professeur Rochette. Le chercheur admet que la lumière bleue émise par appareils électroniques est nettement moins intense que celle utilisée lors des tests et qu'elle est probablement insuffisante pour tuer directement les cellules. "Par contre, il est possible que l'exposition répétée à ces stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle...) induise des dommages cumulatifs conduisant à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par...) cellulaire."

Mis à part qu'il s'agit là d'une autre bonne raison de ne pas fumer (Fumer est une pratique consistant à brûler une substance pour en inhaler la fumée par la bouche ou le nez.), que faut-il retenir de cette étude ? "Les fumeurs auraient tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) intérêt à se protéger de la lumière bleue, répond Patrick Rochette. À l'extérieur, ils devraient porter des lunettes avec des verres ambrés ou gris qui bloquent environ 90% de cette lumière. À l'intérieur, les appareils qu'on utilise à proximité des yeux, comme les ordinateurs et les tablettes, sont plus problématiques que les autres sources de lumière bleue. Il existe maintenant des filtres pour la lumière bleue émise par ces appareils et il serait prudent de s'en procurer."
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