Métissages biologiques entre migrants néolithiques et chasseurs-cueilleurs locaux en Europe de l'Ouest

Publié par Isabelle le 12/06/2020 à 13:00
Source: CNRS INEE
Une équipe franco-allemande publie les premières données paléogénomiques documentant les processus de métissage entre premiers fermiers néolithiques arrivant dans l'ouest de l'Europe et chasseurs-cueilleurs locaux. En utilisant la structure génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) des chasseurs-cueilleurs européens, différents schémas ont pu être définis au sein des groupes néolithiques. Une variabilité régionale importante caractérise ces processus, liée aux deux courants de Néolithisation identifiés, montrant notamment des échanges biologiques précoces et durables dans le sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de la France, phénomène unique en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme...). L'étude, parue dans la revue Science Advances, documente de façon nuancée l'impact biologique de la Néolithisation.


Cartes montrant la proportion des composantes génétiques caractéristiques des populations de chasseurs-cueilleurs (bleu) et des groupes néolithiques d'Anatolie (orange) au cours du temps. L'expansion de la composante anatolienne transportée par les migrants néolithiques et les différences de proportions observées régionalement et chronologiquement illustrent la diversité des processus en oeuvre pendant la Néolithisation de l'Europe.
© Maïté Rivollat.

La culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) Néolithique fait son apparition au Proche-Orient (Le Proche-Orient est une région d'Asie et d'Afrique comprenant les pays du sud-est du bassin Levantin (mer Méditerranée). On l'englobe souvent dans le Moyen-Orient. Un synonyme plus ancien est le...) il y a environ 12000 ans, modifiant en profondeur le mode de vie (La vie est le nom donné :) des populations humaines. L'avènement de la sédentarisation, de la domestication végétale et animale, puis l'apparition de la céramique (Premier « art du feu » à apparaître (avant la métallurgie et le travail du verre), la céramique désigne l’ensemble des objets fabriqués en terre qui ont subi...): tous ces éléments participent à la construction des sociétés modernes. Ce mode de vie se diffuse rapidement dans toute l'Europe, notamment vers l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).) en suivant deux voies distinctes (vallée du Danube et côtes méditerranéennes) pour atteindre la façade atlantique vers 5000-4500 BC. Si les processus de diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de...) du mode de vie néolithique sont, depuis longtemps, bien documentés du point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) archéologique, les interactions culturelles avec les populations locales mésolithiques, des chasseurs-cueilleurs nomades, sont en revanche plus difficiles à appréhender. Depuis une dizaine d'années, les études paléogénétiques puis paléogénomiques ont apporté de nouvelles informations quant aux processus biologiques associés à la diffusion néolithique en Europe. Ces données ont ainsi permis de démontrer l'impact majeur des nouveaux groupes fermiers originaires d'Anatolie, se métissant peu ou pas avec les groupes autochtones chasseurs-cueilleurs.

Jusqu'à aujourd'hui, aucune donnée (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) paléogénomique permettant de documenter ces phénomènes n'était cependant disponible pour le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept...) français. Dans cette région, les données archéologiques suggéraient pourtant une complexification des interactions entre groupes humains, liée à la fois à la convergence (Le terme de convergence est utilisé dans de nombreux domaines :) de groupes fermiers issus des deux courants de diffusion du Néolithique et à la rencontre avec les groupes Mésolithiques autochtones. Ces interactions semblaient extrêmement variables d'une région à l'autre, créant une mosaïque culturelle diversifiée. Afin de documenter les interactions biologiques au cours de ce processus évolutif clé, une étude pluridisciplinaire a été menée par des chercheurs du laboratoire PACEA (de la Préhistoire à l'Actuel: Culture, Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques...) et Anthropologie, UMR5199 - CNRS/Université de Bordeaux/MC) et de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) Max Planck (Max Planck (né Max Karl Ernst Ludwig Planck le 23 avril 1858 à Kiel, Allemagne - 4 octobre 1947 à Göttingen, Allemagne)...) pour la Science de l'Histoire de l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un...) (MPI-SHH, Iéna, Allemagne), ainsi que du laboratoire CEPAM (Cultures et environnements. Préhistoire, Antiquité Moyen Âge, UMR7264 - CNRS/Université Côte d'Azur) et du RGMZ (Roemisch-Germanisches Zentralmuseum / Leibniz Research Institute for Archaeology, Mayence, Allemagne), associés également à de nombreux collaborateurs archéologues. Cette étude propose des données génomiques inédites pour 101 vestiges humains provenant de 12 sites archéologiques, répartis en France et en Allemagne actuelles et datés du Mésolithique (N=3) au Néolithique (N=98) (7000-3000 BC).

Les résultats publiés démontrent un métissage plus important entre agro-pasteurs et chasseurs-cueilleurs sur le territoire français, inédit à l'échelle du continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une...). En effet, la composante génétique héritée des chasseurs-cueilleurs mesurée chez les premiers fermiers néolithiques du territoire français s'avère nettement plus importante chez les individus du sud de la France (31% en moyenne) que chez les groupes néolithiques d'Europe centrale (3%) ou de la Péninsule ibérique (13%). Elle atteint ainsi jusqu'à 55% chez un individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).) du site de Pendimoun en Provence. En outre, les données génomiques permettent d'estimer un métissage récent dans la région, mais pas d'individus issus d'un métissage de première génération. Une rencontre située quatre générations en arrière a été estimée pour ce sujet provençal de Pendimoun, soit plusieurs générations après que les premiers colons néolithiques se soient implantés sur le littoral, impliquant des contacts continus entre les deux communautés pendant au moins un siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut...). Cette importante proportion reste visible longtemps et caractérise le Néolithique moyen sur l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut...) du territoire français et dans l'ouest de l'Europe.

En parallèle, la différenciation génétique des groupes chasseurs-cueilleurs à travers l'Europe a permis de retracer des dynamiques de métissages diverses selon les régions européennes. Ainsi, les fermiers néolithiques d'Europe centrale (jusqu'en Allemagne actuelle) portent une composante génétique chasseur-cueilleur très faible, elle-même héritée des Mésolithiques du sud-est (Le sud-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et est. Le sud-est est opposé au nord-ouest.) européen. Les rares métissages associés au courant danubien semblent donc avoir eu lieu précédemment, lors des premières implantations fermières dans le Sud-Est de l'Europe, pour s'atténuer, voire disparaitre au cours des premiers temps de l'expansion des communautés fermières en Europe Centrale. Au contraire, tous les groupes néolithiques situés à l'ouest du Rhin (Le Rhin (Rhein en allemand, Rijn en néerlandais, Rhenus en latin, Rein en romanche) est un fleuve d'Europe long de 1 230 kilomètres et drainant un bassin de 185 000 km2.) (en France, Espagne, Grande-Bretagne) présentent une composante génétique héritée des groupes mésolithiques locaux, impliquant un métissage tardif et local.

Ces nouvelles données soulignent ainsi la complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par exemple par Anthony Wilden ou Edgar Morin), en physique, en biologie (par exemple par Henri Atlan), en sociologie, en informatique...) et la variabilité des interactions biologiques et culturelles entre communautés humaines au cours de l'expansion néolithique. En Europe de l'Ouest une complexification des interactions biologiques fait clairement écho à la complexification des interactions culturelles. Les prochaines études ciblant des échelles plus locales chercheront à mieux comprendre comment ces différents types d'interactions ont impacté le fonctionnement social des communautés impliquées.


Sépulture F2 de Pendimoun, sujet féminin dont la composante génétique héritée des chasseurs-cueilleurs atteint plus de 55%.
© Henri Duday.

Référence:
Rivollat M., Jeong C., Schiffels S., Küçükkalipçi I., Pemonge M.-H., Rohrlach A. B., Alt K. W., Binder D., Friederich S., Ghesquière E., Gronenborn D., Laporte L., Lefranc P., Meller H., Réveillas H., Rosenstock E., Rottier S., Scarre C., Soler L., Wahl J., Krause J., Deguilloux M.-F., Haak W. (2020) Ancient genome-wide DNA from France highlights the complexity of interactions between Mesolithic hunter-gatherers and Neolithic farmers, Science Advances.

Contacts:
- Maïté Rivollat - De la Préhistoire à l'Actuel: Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA - CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture)
- Anne Cecile Jouvin - Communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles...) - Fédération des Sciences Archéologiques de bordeaux (FSAB - Univ Bordeaux/CNRS/Univ Bordeaux Montaigne/MC)
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